Après une bonne nuit de sommeil bien récupératrice, je me réveille en forme pour attaquer ce nouveau monde. Je me prépare et comme prévu, je vais prendre le petit-déjeuner avec Henry chez lui. J’y découvre le petit-déjeuner typique, thé ou café, ça ne change pas si ce n’est le parfum cannelle trop bon dans le thé. Mais ici, c’est des petits pains plats frais, qu’on agrémente de beurre, de fromage d’ici ou de confiture maison. Oui, c’est comme en France, si ce n’est le style de pains que je trouve très bons. Une fois, mon petit-déjeuner pris, je retrouve mon taxi devant la maison comme convenu. Et on est parti pour l’école.
Alors, là je suis obligé, je parle en espagnol avec le chauffeur de taxi. Très sympa, il sera très conciliant avec mon accent et mon peu de vocabulaire, et on arrivera à discuter pendant tout le voyage. J’arrive à lui expliquer mon projet, et il devient très intéressé quand il m’annonce qu’avant d’être chauffeur de taxi, il était enseignant dans le primaire. Coïncidence ? Ça m’étonnerait ! Par contre, il s’emporte un peu quand il donne son avis sur le système qu’il ne trouve pas bon du tout. Je le rassure quand je lui dis que dans chaque pays, il y a toujours des aspects positifs et des éléments intéressants. En tout cas, ça fait du bien de commencer la journée en lien avec le projet, tout en travaillant mon espagnol. On arrive. Comme convenu, il me fait le tarif normal, mais on sera tous les deux contents de ce voyage. On espère se revoir, ce qui est rare avec un chauffeur de taxi. La journée commence bien.
Ayant reconnu l’école, je rentre, je sonne et une personne avec un tablier rouge vient m’ouvrir, c’est la directrice. Ici, tout le personnel (prof et directeur compris) ont un tablier (ou une blouse), un peu comme un uniforme. On se fait la bise, très accueillante, elle aura du mal avec mon prénom, elle me demande quel est mon prénom en espagnol, je lui demande de m’en trouver un (parce que j’aime bien être rebaptisé le temps d’un pays). On croise une volontaire française installée ici depuis deux ans, elle passe régulière pour donner un coup de main. Elle doit repartir rapidement mais elle prend le temps de me donner un nom faisant le lien entre la France et le Pérou, et donc pour ce pays ce sera : « Lance » prononcé à l’espagnol, « L’âne-cé ».
Puis, elle commence directement par me faire visiter l’école et chacune des classes. D’abord, les petits de 2 ans de la crèche, qui sont biens installés et pris en mains par les responsables. Puis les 3 ans et on monte voir à l’étage la classe des 4 ans. Là, les enfants sont plus parlants, l’enseignante leur demande de me dire « Bonjour ! » et oui, je ne suis pas le premier français qu’ils voient. Puis, ils me chantent une chanson, me demande mon nom, et m’invite « à faire partie de leur famille », et pour clôturer l’enseignante me les envoie un par un me faire un câlin de bienvenue. Même si on sent que c’est un peu préparé et qu’ils ont l’air de faire ça à chaque fois, le câlin des enfants est sincère, touchant et apprécié. On redescend, on passe voir les cuisines, puis on va dans la deuxième partie de l’école : les primaires.
Dans la classe des 5 ans, après un grand bonjour et une chanson, j’y aperçois une petite qui a plutôt l’air française, la directrice me dit que c’est la fille d’une autre bénévole française qui reste le temps de la mission avec sa maman. On rencontre les premières années, les deuxièmes, troisièmes, quatrièmes, cinquièmes et sixièmes années. A chaque fois, une bise de la prof, une chanson de bienvenue, un peu de français pour certains, des câlins pour d’autres, je mime et répond en chansons pour les derniers. On est vraiment très bien accueilli dans cette école. Si j’avais pu avoir ça dans toutes les écoles rencontrées, ça aurait été super.
Une fois, connu de tous, la directrice me demande si je veux commencer à observer dans une classe. Je ne refuse surtout pas l’offre. Je choisi la classe des premières années pour voir l’écriture et commencer par les bases de leur apprentissage. Mais c’est là que je sais que je m’en sortirai le mieux avec le vocabulaire espagnol. La directrice me laisse dans cette classe.
A peine rentré, je suscite beaucoup de curiosités, tous les enfants veulent que je m’asseye à côté eux. Je prendrai une petite chaise à une table de trois sur le côté. Je m’installe, j’observe : des uniformes pour certains, un petit groupe de 18 élèves, une classe très bien décorée par des créations très réussies du professeur, pas mal de mouvements et de libertés même si l’enseignante garde le cadre. Les classes étant très ouvertes, il y a pas mal de mouvements aussi avec l’extérieur. C’est comme ça que je rencontrerai les deux autres bénévoles qui passent pour voir certains points pour leur projet.
Je passe dans les rangs, je vois le travail demandé, j’aide déjà certains, plus lents, à écrire. Je me rends compte de la différence de niveau dans la classe. Mais très vite, l’enseignante me demande de les surveiller puisqu’ elle a une réunion. Ayant eu l’habitude de ne plus être surpris et ayant bien développé ma capacité d’adaptabilité, j’accepte volontiers. Mais elle revient pour me dire que moi aussi, je suis convié. Je ne sais pas qui s’occupe des enfants mais je la suis.
Je retrouve tous les professeurs, la directrice et les bénévoles dont deux autres que je n’avais pas encore vus. On se réuni justement pour fêter l’anniversaire d’une des bénévoles arrivée. Elle a ramené un gros gâteau d’ici, comme c’est la tradition, et une fois tout le monde installé sur les petites chaises, la directrice fait un petit mot pour remercier le travail déjà accompli par les deux bénévoles, pour lui souhaiter un joyeux anniversaire et elle en profite pour me présenter. Cette française a l’honneur d’avoir un anniversaire en espagnol : chant, bougie (une symbolique ici), et puis la tradition est de croquer un petit bout directement avec la bouche. Elle a le droit à la vraie tradition avec une enseignante qui lui donne en même temps un petit coup sur la tête pour qu’elle en ait plein la bouche. Je n’y vois qu’une belle famille ! On prend le temps de discuter, de manger ce bon gâteau, de partager des chips, et un verre. J’en profite pour découvrir ces deux nouveaux bénévoles, un projet danse en primaire et un spectacle de marionnettes avec les maternelles, ils ne leur reste plus qu’une semaine pour finir. On range puis chacun retourne à son travail.
Je continue de regarder les cours, j’aide un petit bonhomme à se concentrer pour écrire, et je constate qu’un autre, plus désemparé, ne sais pas écrire. Au moins si je reste dans cette classe, je sens qu’il va y avoir du défi. Etant arrivé en cours de matinée, il est déjà l’heure du repas, cette classe mange dans sa salle. Je les quitte pour aller manger à mon tour dans la cuisine avec deux bénévoles. Une d’elle est venue avec sa fille de 4 ans, et elles sont là pour un projet défilé de mode avec des objets et vêtements de récupération que les enfants doivent réaliser ou du moins y contribuer en fonction de l’âge. Même si je suis dans un monde très espagnol, ça fait du bien de manger avec des françaises, et elles m’expliquent un peu mieux comment ça se passe. Le repas est très nourrissant, les enfants n’ont pas tous la chance de manger un repas le soir, c’est pour ça que l’école les rassasie et les pousse à finir leur repas. Une soupe de légume, du riz avec une préparation de légumes, patates, viande, pour finir avec une banane, moi aussi je suis rassasié.
Après le repas, je vais voir dans la cour comment ça se passe, très curieux, les enfants ne demandent qu’à jouer, je leur apprends le fameux combat de pouce, et un jeu de reflexe de mains. Très vite, je développe une complicité en quelques mots, mais c’est l’heure pour eux de partir, certains restent à l’étude ou au travail scolaire. Mais ce n’est pas une majorité. Je comprends que mon temps d’observation s’arrêtera à cette heure ci, il est 14h30.
Je suis venu en taxi, mais si je veux venir ici tous les jours, mieux vaut que je prenne les combis, (un genre de système de minibus privés qui quadrille toute la ville même s’il n’y a aucune carte pour savoir quel trajet leur est associé). La directrice me montre le bus que je dois prendre pour retourner à la maison de Henry. Pas très compliqué, il passe juste devant l’école, il faut juste prendre le bon. Il arrive, je dis « à jeudi » à la directrice puisque demain aussi chez eux, c’est la fête du travail. Je monte et je retrouve le contact de la population locale. Ici, tant qu’il y a de la place, tant il y a des gens qui rentrent, les minibus sont aménagés pour proposer des sièges plus qu’il n’en faut. Les règles de sécurité ne sont pas les mêmes, mais j’aime bien cette ambiance où l’on se prend pas la tête. Je réussi à me retrouver à mon arrivée, et à rentrer dans mes appartements. Le trajet n’est pas très long 25-30 minutes, c’est moins pire que ce que je croyais.
A peine rentré que je me fais un contact Skype avec ma famille et ma douce. Je leur raconte cette riche première journée, et les rassure sur la mise en place du projet. Je travaille un peu puis je mange. A peine fini de manger que Henry rentré du travail vient me voir et me demande si j’ai vraiment très faim. En effet, sa mère m’invite à venir manger et il me dit que je ne peux pas refuser bien qu’il ait vu que j’ai déjà mangé. Ainsi, je l’accompagne, ça me permet de découvrir un autre repas d’ici, un sauté de riz avec légumes et poulet. Après mon sandwich au thon, je suis vraiment calé. Je refuse un dessert mais Henry m’invite à aller au cinéma. Demain, il n’y a pas d’école, ça me permettra d’améliorer mon espagnol tout en découvrant la culture cinématographique du Pérou.
On part en taxi avec sa femme, je découvre au passage leur Mol, grand regroupement de magasins plutôt respectable. Le cinéma est pas mal non plus, beaucoup de monde pour l’heure tardive, on va voir « Asu Maré ! ». Un film typiquement péruvien reprenant la vie d’un humoriste du pays. C’est drôle, et très frais même si je ne comprends pas tout. Ça me fait voir du pays et des époques différentes, j’apprécie la découverte même si un peu de fatigue se fait sentir sur la fin.
Pour ce soir, je ne tarderai pas à me coucher, après une telle journée si bien remplie. L’aventure péruvienne commence bien, ça me plaît. A demain.









