Bilan personnel

Bilan de l’observation du système éducatif indien
A partir des observations de l’école Holy Cross.

 Voici le bilan de mes observations et mon analyse.

Il est préférable de lire d’abord « Inde – bilan de l’école » consultable en cliquant ici. Dans ce premier document, on trouve notamment les informations sur le rythme, la correspondance des classes et plusieurs autres points importants.

Je rappelle que le but de ce tour du monde est de rencontrer les différences dans les écoles, la pédagogie et la façon d’enseigner, et non de comprendre tout le système éducatif en question. Pour cela, je suis bien conscient que ça exigerait beaucoup plus de temps et qu’il faudrait rencontrer plus d’écoles à travers tout le pays.

La méthode utilisée est toujours la même à travers les pays où je passe. Pour l’Inde, je suis resté deux mois dans une seule école, l’école Holy Cross English à Nirmal petit village de deux cent mille habitants à côté de Bombay. Cette école a la particularité d’être catholique, d’enseigner de la 1e jusqu’à la 10e, (primaire et secondaire dans la même enceinte mais avec des bâtiments distincts) mais surtout, d’être la seule dans toute la région à proposer un enseignement en anglais en première langue (ainsi, pour moi c’était plus facile pour communiquer avec les enfants et les professeurs).

J’ai pu observer les différentes classes pendant plusieurs cours et rester une semaine dans la classe de 3ème (CE2), une semaine dans la classe de 1ère (CP), assister à plusieurs cours au collège, et passer une matinée dans une maternelle. De plus, j’ai pu échanger avec les enseignants, le principal, interviewer des élèves, noter chaque observation dans un cahier, filmer certains éléments clefs, et, au final, faire l’analyse de toutes ces observations (qui n’est bien sûr que la réalité de cette école, mais qui donne une idée générale de ce qu’on peut trouver en Inde, me renseignant en même temps sur ce qui est unique à cette école ou imposé à tout le pays).

HolyCross est une école privée catholique. Les parents doivent payer s’ils veulent que leur enfant rentre dans cette école. Il s’avère que dans le pays, la majorité dit qu’on trouve un meilleur enseignement dans les écoles catholiques que dans les écoles gouvernementales gratuites et surtout que dans les écoles privées Hindouistes. C’est ce qui m’a été rapporté, mais je n’ai pas pu le vérifier. Ainsi, dans le pays il n’y a pas forcement une homogénéité des écoles. Et on peut trouver de très bonnes écoles dans des petits villages comme c’est le cas pour cette école.

De plus, pour HolyCross, leur choix d’enseigner en anglais en langue principale ne va pas contre les programmes et les consignes gouvernementaux. Ceux-ci sont les mêmes que dans les autres écoles. Ils respectent l’assemblée de tous les matins, les uniformes, les manuels donnés par l’état, et les différentes valeurs du pays compatibles avec leurs valeurs catholiques. Cette école accueille tous les enfants qui ont les moyens de la payer, mais il n’y a pas d’obligation d’être catholique puisque 50% des enfants sont d’autres confessions, (hindouiste, bouddhiste, et un peu de musulman). Les enfants viennent à pied, en vélo, en « toctoc », en bus gouvernementaux, ou avec les bus de l’école, ou sont déposés par leur parent à moto, mais très peu viennent en voiture. Beaucoup ne sont pas à plus de quinze minutes de l’école. Matériellement, cette école possède un bâtiment récent, mais des classes très rudimentaires (vingt-cinq pupitres de bois à deux places par classe, un tableau, un simple bureau pour le professeur et la ventilation au plafond contre la chaleur,) une salle informatique avec huit ordinateurs, un labo de physique-chimie, et une salle de projection avec vidéo projecteur.  Au final, avec lesvingt-trois professeurs dont huit en primaires, ils accueillent huit cents élèves.

Grâce à cette école, je peux maintenant me faire ma propre opinion à partir des éléments observés dans ce pays et avoir une idée de l’éducation reçue par environ 20% de population mondiale. Ce bilan restera bien évidemment subjectif. Mais j’ai plaisir à vous faire partager des aspects pertinents qu’il faudrait approfondir pour voir s’ils peuvent être intéressants à reproduire chez nous.

Tout d’abord :

On retrouve toujours un professeur devant un tableau avec des élèves à leurs pupitres. La grosse première différence est que les classes accueillent jusqu’à cinquante élèves, mais parfois soixante à quantre-vingts élèves dans certaines classes du secondaire. Mais les classes sont justes en superficie et parfois, les élèves sont trois sur un pupitre.

Au niveau du rythme des journées, les cours dans cette école se déroulent le matin de 7h10 à 12h20, ce qui fait 4h30 de cours chaque jour, du lundi au samedi. Le fait qu’ils aient leur après-midi libre leur permet de tenir le rythme de la semaine de six jours, mais beaucoup d’enfants paraissaient quand même fatigués. Ils n’ont qu’une récré de vingt minutes dans la matinée, qui est davantage consacrée au repas qu’au divertissement. Ayant travaillé avec eux pendant une semaine pour préparer un spectacle, j’ai observé un pic de concentration une demie-heure avant la récréation, et ensuite, j’ai senti que le rythme n’était pas adapté à leur capacité de concentration. Ils ont aussi de longs semestres sans vacances. En revanche, on va trouver les vacances de fin de semestre et les vacances de Noël à un mois intervalle !

Ici, on retrouve un professeur qui enseigne généralement au même niveau au cours des années et les élèves qui changent de professeur tous les ans. Mais au collège, comme les professeurs sont peu nombreux, au fur et mesure des années une sympathie et une complicité s’installe, j’en reparlerai par la suite.

Je ne vais retenir pour ce système que deux éléments importants :

-                     L’éducation par la discipline

-                     Des valeurs qui font aimer l’école

 

I – L’éducation par la discipline

En Inde, les trois piliers de l’éducation sont l’expansion, l’inclusion et l’excellence. L’objectif visé est d’utiliser le potentiel en ressources humaines de l’Inde à son maximum, avec équité et excellence. Le défi actuel est d’inculquer des valeurs, des compétences et des connaissances pour aider dans la tâche de construction de la nation ainsi que de former des citoyens avec une perspective globale. Ainsi, l’éducation est vraiment une priorité pour le pays et vu le nombre d’élèves, elle passe par la discipline. Mais ça n’en fait pas forcément un élément négatif, au contraire.

A)                La discipline

En France, on trouve facilement des établissements de plus de huit cents élèves, mais le premier critère important qui change radicalement en Inde est le taux d’encadrement. Avec un professeur pour cinquante élèves, sans aucun surveillant, plutôt que de les surveiller en permanence, les professeurs instaurent rapidement une discipline qui va se traduire par plusieurs points très respectés :

-                     D’abord le règlement intérieur que les parents doivent signer avant de rentrer, en acceptant toutes les règles, et n’ont ainsi plus la possibilité de contredire. On y trouve les règles de déplacement en ligne et en silence dans les couloirs, le comportement attendu de l’élève en classe, les risques encourus (une convocation avec le directeur, au maximum une expulsion temporaire (mais pas de retenue, ou d’expulsion définitive). Dans ce règlement, on trouve aussi les règles concernant l’uniforme (il doit être complet : chaussures et ruban compris pour les filles, sous peine d’être renvoyées à la maison) et la tenue des cheveux (qui doit être courts pour les garçons sous peine d’être coupés à l’école par le professeur.)

-                     Tous les matins, les élèves comment la journée par l’Assemblée. C’est un temps de vingt minutes, la plupart du temps en ligne à l’extérieur, où ils chantent tous ensemble l’hymne national, font la prière du jour, disent la promesse à la patrie avec la main à l’horizontale sur le cœur (professeurs compris) et écoutent les consignes et les rappels à l’ordre. A première vue, ça peut paraître très impressionnant, un peu militaire et endoctrinant. Mais c’est une vraie force pour tenir la discipline : d’une part, il y a un vrai respect de l’hymne National, débout droit, immobile, il, est chanté avec respect. Si l’on entend le chant et que l’on se dirige vers l’assemblée, on est obligé de s’arrêter et de le chanter de sa place. Ainsi pendant ces deux minutes, tous s’arrêtent, élèves et professeurs. Les élèves eux-mêmes ne plaisantent pas avec ça, ils ont un vrai respect pour ce chant. Pour la promesse à la patrie, on sent qu’ils sont fiers d’appartenir au même groupe, à un même corps, ou au moins à cette même école. Quand on leur pose la question de savoir s’ils aiment leur pays, la réponse est bien évidemment oui.

-                     Il en est de même du rôle de l’uniforme. Lorsque j’ai posé la question au directeur, c’est pour faire un groupe uni, oublier les différences imposées par la société, se mettre à l’écart pour se concentrer sur l’enseignement.

-                     Beaucoup d’écoles comme celle-ci, fonctionnent aussi avec un système de maisons au sein des élèves. Ceux-ci sont regroupés en quatre équipes comprenant tous les niveaux, avec pour objectif de s’entraider, de faire groupe, de réaliser des missions ensemble et d’éviter de laisser des éléments seuls. C’est une organisation qui impose un capitaine et des responsables par maison.

-                     Une fois par semaine, en plus des cours de sport, juste après l’assemblée à l’extérieur, ils font 30 minutes de M.P.T., qui correspond à des séries de mouvements d’échauffement ou de gymnastique que tous les élèves font synchroniquement au rythme du sifflet du professeur responsable. Les autres professeurs sont dans les rangs pour s’assurer des bons mouvements. Tous connaissent les séries par cœur.

-                     En classe, même s’il n’y a normalement plus de punitions corporelles, on en trouve encore un peu. Mais elles ne sont pas violentes, traumatisantes et souvent bien justifiées même si elles ne devraient plus exister. Bien souvent, les professeurs menacent d’aller voir le directeur qui est très respecté. Les enfants turbulents sont punis en devant rester assis en tailleur, soit devant le tableau, soit dans le couloir.

-                     Mais, bien que les élèves soient cinquante par classe, les cours se déroulent bien, dans une bonne ambiance de travail. En fonction des professeurs, certains arrivent à plaisanter avec eux, à les faire participer, à autoriser les déplacements dans la classe, à s’absenter. Même la religieuse, avec son cours de catéchèse, arrive à mener son cours jusqu’au bout avec un « bazar » gérable.

-                     Pour assurer la discipline dans la classe, il y a toujours par classe un ou deux responsables de classe volontaires, qui reçoivent une formation et qui veillent au sérieux de ses camarades. Ce rôle est souvent respecté mais délicat à tenir. Pendant les intercours et les absences des professeurs, ces élèves sont responsables de la classe.

-                     Enfin, quand je demande au directeur si toute cette discipline n’est pas un peu trop sévère, il me répond que le premier rôle de l’école en Inde c’est d’éduquer et de former les élèves puisque beaucoup de leurs parents n’ont pas eu forcement la chance d’avoir la même éducation.

 

B)     L’éducation

On trouve donc beaucoup de discipline, mais pour chaque élément, on peut trouver un élément positif et y voir une éducation aux valeurs. En plus du patriotisme enseigné, il y a un profond respect inculqué aux élèves. Il se manifeste sous plusieurs formes :

-                     Un respect des règles, au point que si le professeur demande « qui sont ceux qui n’ont pas l’uniforme complet aujourd’hui ?» Ils vont d’eux même directement voir le directeur, sans que l’enseignant ait besoin de vérifier chaque élève.

-                     Pour rentrer dans la classe, l’élève doit tendre le bras dans la classe et attendre que le professeur acquiesce, mais j’ai vu des élèves attendre pendant quatre à cinq minutes que le professeur les remarque.

-                     Quand un élève récite ou lit un texte à la classe, s’il y a une interruption à la porte, ou si le professeur parle à un autre élève, ou que les élèves rigolent pour autre chose, le lecteur continue de lire tant que le professeur ne l’a pas autorisé à arrêter.

-                     Le respect des règles est aussi appliqué par les adultes. Par exemple, si exceptionnellement, il n’y a que les professeurs dans les bâtiments à l’heure de l’Assemblée, ils chantent quand même l’hymne national.

-                     Il y a un grand respect des règles qui s’applique aussi envers les professeurs et le directeur. Mais ce respect n’empêche pas une complicité de se créer entre eux. Au collège, les élèves qui fur à mesure des années connaissent bien les professeurs, sympathisent avec eux, et à certains moments (retour de récréation, sport, fin des cours, fête d’école …) il est possible de les voir rigoler, se taper dans les mains, de se raconter des blagues …

-                     Cette complicité est à double tranchant, puisque quand il est nécessaire de punir, (de déplacer ou d’envoyer chez le directeur), ou justement de justifier ses actes devant ce dernier, une bonne partie des élèves a tendance à négocier, à parlementer, à essayer d’échapper à son dû. J’ai trouvé ce phénomène très surprenant, surtout le fait que les professeurs et le directeur acceptent cette négociation avec les élèves. Mais j’ai aussi compris quand j’ai vu le directeur faire la même chose avec un agent de police pour sa moto saisie que cela doit faire partie de la culture indienne.

-                     C’est vrai qu’il y a pas mal de moments où les enseignants jouent avec l’autorité, par exemple, en arrivant dans une classe, d’un ton autoritaire demander ce qui ce passe puis juste après plaisanter. Mais en règle générale, l’autorité est mieux installée au collège qu’en primaire et permet plus de choses pendant les cours.

 

La discipline est donc surtout là pour faire groupe, et accepter les règles pour que tout le groupe fonctionne ensemble. La première valeur qui va passer par cette discipline est le respect mais cette école apporte encore beaucoup d’autres valeurs très éduquantes.

 

II – Des valeurs qui font aimer l’école

 

Les indiens définissent l’éducation comme un rôle d’acculturation. Elle affine les sensibilités et les perceptions qui contribuent à la cohésion nationale, à un esprit scientifique et à un esprit critique, favorisant ainsi les objectifs du socialisme, sachant que laïcité et démocratie sont inscrites dans la Constitution indienne. Mais en plus de ces valeurs j’ai surtout observé :

A)     Des valeurs : la responsabilité et l’autonomie de l’élève

On vient de le voir, les élèves ont pas mal de responsabilités ; responsable de classe (« monitor »), responsable de maison (« captain »), gestion de l’ordre à la sortie des élèves du primaire, chanter l’hymne national au micro, surveiller les récréations des plus jeunes, surveiller pendant l’absence du professeur, apporter le matériel du professeur à son bureau… J’ai même vu un petit groupe de dix enfants d’une classe qui travaillaient seuls, assis dans le couloir. Ils révisaient pour le contrôle du lendemain. C’était une élève qui gérait les révisions, elle les faisait répéter, réécrire, elle a géré ça pendant plus d’une heure. Dans chaque classe, certains élèves ont le rôle notamment de faire respecter le silence dans la classe. Ils le font à cœur joie, et ils passent dans les rangs, interpellent, dénoncent au professeur et se permettent de lever le ton sur leurs camarades (surtout en primaire). Ils gèrent aussi la gestion des flux aux toilettes, pour qu’il n’y ait pas tout le monde en même temps. Et ils gèrent ça très bien, même en CE2. J’ai même été surpris, par des élèves qui ont expliqué à un parent le problème d’un élève alors que l’enseignante n’a pas pu le faire,… et ils n’ont pas peur de dire les choses !

Pour tous ces rôles, ce sont les élèves qui se proposent volontairement en début d’année et qui reçoivent une formation pour les mener pendant toute l’année.

En plus de leur proposer de se responsabiliser, l’école les incite à l’autonomie. Très vite, les professeurs peuvent leur faire confiance pour les récréations. Le système avec les plus grands qui surveillent les plus jeunes marche très bien, et au moindre problème, ils savent quoi faire. Dès le CP, on voit des petits bonhommes ramener les sous et les papiers officiels à la maitresse et ils gèrent ça très bien. Mais ça va aussi avec le tempérament indien, très vite les enfants se prennent en main pour aller jouer tout seul avec leurs copains dehors, s’acheter des friandises, découvrir le monde avec quelques risques mesurés, les parents étant très occupé à travailler.

 

B)     Une école : quelle pédagogie ?

La première leçon est souvent très orale, le professeur parle, lit le manuel, explique en regardant pas mal d’exemples et les enfants écoutent, mais ne notent rien. En plus, au primaire, le professeur (ou de temps en temps un élève) les fait répéter, phrase par phrase, pour relire et retenir la leçon. La deuxième leçon est bien souvent de la copie des réponses de quelques exercices types proposés par le manuel que le professeur met au tableau. Très peu de copie de cours, très peu de photocopies. Les cours de maths sont souvent prévus pour se succéder en rajoutant une petite difficulté à chaque leçon.

Les cours de sciences démarrent souvent par un texte de présentation et d’informations nouvelles, lu et expliqué par le professeur. Ensuite, avant les exercices, il y a toujours dans le manuel des expériences simples à essayer si possible en classe pour comprendre certaines notions (malheureusement, c’est rarement fait, mais ils expliquent l’idée et réfléchissent au résultat). Les éditeurs de manuels ont fait un vrai effort pour essayer de mettre en place l’interrogation et la réflexion personnelle pour essayer de répondre par soi-même, (malheureusement encore, c’est souvent le professeur qui donne directement la bonne pensée.) Dans certains manuels, à la fin des exercices, on peut trouver une activité proposée à faire pour approfondir mais les élèves me diront qu’ils ne la font jamais. Dans d’autres manuels, l’effort est fait sur le travail sur l’expression libre, mais encore une fois, la pensée est souvent dirigée par le professeur qui met sa réponse.

Comme on vient de le voir, le système indien a un vrai atout avec ses manuels qui sont bien pensés, mais malheureusement, pour l’instant ils ne sont pas utilisés jusqu’au bout à cause d’une formation des professeurs non adaptée aux outils actuels. Les manuels expliquent clairement au début qu’ils sont aussi prévus pour éduquer aux valeurs en plus de la matière principale. Par exemple, le cours d’anglais est aussi un cours d’éducation civique. Les éditeurs, gérés par l’état, expliquent les valeurs enseignées à travers les textes choisis de toutes sortes (histoire, conte, poème, théâtre, mais aussi énigme, explication de jeux, activité manuelle et expérience scientifique). Ainsi, on parle de bon sens, d’empathie, de résolution de problème, de prise une décision, de développement de la pensée créative et critique… C’est la première foisque je rencontre des manuels où tout cela est aussi bien mis en avant.

De plus, j’ai rencontré des professeurs qui appuyent sur cette démarche d’éducation pendant leurs cours. Par exemple, sur un exercice des antonymes en anglais, sur « rich – poor » une enseignante donnera un point de vue moral, de même pour « easy – difficult », quand c’est difficile, il faut essayer et persévérer pour réussir …

Cet enseignement de valeurs est accentué par les histoires choisies le matin à l’assemblée qui mettent toujours en avant une valeur, ainsi que par les phrases écrites au dessus des tableaux pour encourager les élèves ; dans chaque classe est écrite une phrase différente. Par exemple : «  un gagnant est celui qui fixe son objectif, s’engage à l’atteindre, puis le poursuit avec toutes ses capacités »

Enfin, ces valeurs font partie de l’évaluation finale du semestre. Les professeurs observent et notent les connaissances de vie de l’élève : sa réflexion, sa relation sociale et sa gestion des émotions. Mais aussi son attitude envers : les professeurs, les camarades de classe, le programme scolaire, l’environnement, les valeurs de l’école et la propreté de l’école.

Cependant concernant les évaluations, leur système éducatif est prévu pour qu’il n’y ait pas de redoublement ainsi les manuels ne sont pas d’une extrême difficulté même s’ils proposent beaucoup de connaissances. Un petit fait surprenant est que beaucoup d’élèves m’ont affirmé ne pas aimer les maths non pas parce que c’est très difficile, mais justement parce que c’est trop facile et donc ennuyeux.

 

C)     Aimer : des valeurs vers l’école

Quand je demande aux élèves, s’ils aiment venir à l’école, la réponse est directement oui. Quand je demande aux élèves s’ils aiment cette école et s’y sentent valorisés, il en est de même. Il est vrai que pendant les deux mois où je suis resté dans cette école, je n’ai pas l’impression qu’il y avait beaucoup de groupes ou d’élèves exclus. J’avais vraiment l’impression d’être à la rencontre d’une belle grande famille. Les élèves le disent eux-mêmes « c’est comme une seconde maison pour nous ». Les professeurs le disent aussi, ils ont l’impression de vraiment être à l’écoute de leurs élèves et j’ai vraiment remarqué qu’ils étaient soucieux de chacun d’entre eux malgré le nombre.

Quand je demande ce qu’ils apprennent le plus, ils me répondent la discipline et la compétition mais quand je demande ce qu’il faut changer, ils ne me répondent rien, tout est très bien.

Quand je demande ce qu’ils veulent en plus, ils demandent juste des cours de yoga ou de sanscrit, des activités qui ne sont pas encore proposées après l’école comme la danse, la « lézime » (danse locale), la chorale, la fanfare, le karaté, le grimper de corde… (J’ai même rencontré un groupe de filles, qui ont demandé spontanément d’écrire une chanson après les classes avec le professeur de musique qui a très vite accepté.)

Il y a aussi une belle dimension avec les événements d’année (kermesse, concours de déguisements, spectacles des parents …) où ils essayent vraiment de faire union ensemble.

Malgré des classes nombreuses, des conditions matérielles difficiles, un manque de pratique pour les sciences ou l’informatique, ces élèves aiment leur école et si le niveau est peut-être différent, les élèves sortent pour la plupart (du moins ceux que j’ai rencontrés) responsables, respectueux et armés d’esprit critique.

 

III – Les points essentiels de l’enseignement

A)     Les apprentissages

L’apprentissage de la lecture dans cette école se fait en anglais. Ici, le plus gros de l’apprentissage se fait en classe de « Senior » (la Grande Section en France.) Cette classe est non obligatoire. Pour apprendre à écrire, les enseignants leur apprennent d’abord les traits dont ils vont avoir besoin. Les enfants font des lignes de « - ; I » puis avec, ils commencent à écrire les capitales : « I ; L ; E ; F ; H ». Ils continuent avec les « / : \ » pour écrire les « Z ; Y ; X ». Puis avec « W » puis les « ÈÈ ; ÇÇ ; les vagues, et les cercles », ainsi ils apprennent tout l’alphabet. Ils font déjà de la copie et donc ils écrivent.

Pour les maths, en « senior » toujours, ils apprennent les nombres jusqu’à 100, en chiffres et en lettres, leurs premières additions et soustractions, et fait un peu surprenant, il faut qu’ils connaissent à la fin de l’année déjà la table de x1 et en CP, ils continuent à apprendre par cœur toutes les autres.

 

B)     La formation des professeurs

Le professeur n’a besoin que d’une année de formation après le bac pour être professeur de primaire, et de deux années de formation pour être professeur de collège. Un professeur de collège est capable d’enseigner dans toutes les matières. Quand je leur demande si leur formation est adaptée à leur besoin, la réponse est plutôt oui, même si maintenant ils aimeraient avoir plus de connaissances pour les nouveaux moyens technologiques.

C)     La relation avec les parents

Les parents viennent et restent rarement à l’école, ne contestent jamais les décisions, rencontrent les enseignants pendant les « open days » mais très peu autrement.

 

IV – Synthèse

Pour la synthèse, je commencerai par émettre quelques points négatifs, pertinents et constructifs. Sur la fin des bilans, je proposerai des interviews qui permettront de dégager la dernière idée de mon bilan personnel (qui me servira beaucoup pour plus tard) que je suis ravi de vous faire partager.

 

A)     Points négatifs :

Mis à part le nombre et les conditions matérielles avec lesquelles ils sont contraints de faire, voici certains points qui font quand même réfléchir :

-          Bien que le châtiment corporel dans les écoles soit interdit depuis quelques années en Inde, c’est encore très ancré pour certains professeurs, qui, bien que la canne soit interdite, utilisent les mains ou les règles. Dans cette école, je n’ai heureusement rien vu de bien traumatisant. Le recours au châtiment corporel était même plutôt justifié même si ça n’excuse pas l’acte. Mais il faut savoir qu’environ 65% des enfants seraient battus à l’école en Inde, selon le rapport d’une étude publiée par l’organisation britannique Plan International.

-          Un autre point très important même si ce n’est pas vraiment le cas pour cette école, est que l’Inde souffre d’un gros problème d’absentéisme dans les niveaux supérieurs. Selon l’Unesco en 2009, le taux de scolarisation en école pré-primaire serait de 47%, en école primaire de 87%, (au moins 26 millions d’enfants sont non scolarisés), et en école secondaire de 56% (soit 1 enfant sur 2 dans le secondaire). En enseignement supérieur ce taux est de 10%.

-          Un point important qui est lié, est que peu de moyens sont mis en place pour aider l’élève à s’orienter vers un métier. L’objectif est d’abord de finir les années pour aller jusqu’au bac.

-          Malgré toutes les valeurs enseignées dans cette école, il est surprenant de constater chez ces enfants une envie de voir l’autre puni, de rapporter, de se moquer, de vouloir être le premier à emmener son camarade chez le directeur. Ainsi peut-être qu’il manque la compassion dans leurs valeurs. Et mêmes s’ils sont une belle famille, on ne va pas trouver des enfants supers amis, ils s’apprécient tous avec quelques préférences, mais il n’y a pas de groupe. De ce fait, ça ne les ennuie pas d’emmener leur copain se faire punir.

-          La pédagogie du groupe : Plus le nombre en important et plus le professeur est obligé de l’utiliser. Ainsi l’enseignant ne demande pas à chaque élève s’il a compris, mais il le demande à l’ensemble du groupe. Il est flagrant que certains ne suivent pas. En plus quand la pédagogie utilisée est principalement la répétition orale, quand il faut répéter, certains marmonnent ou ne disent quasiment rien. Quand le professeur pose des questions à la classe, on entend une réponse en chœur mais ce n’est qu’une partie des élèves qui répondra. C’est surtout vrai avec la question « oui ou non ?» : quel élève aura le courage de dire « non » pour demander une nouvelle explication et ainsi faire croire qu’il est le seul à ne pas avoir compris parmi un groupe de cinquante ? Ainsi, en plus du rythme qui n’est pas des plus adaptés, les élèves qui se déconcentrent vite ne rentrent pas dans cette pédagogie et peuvent ne pas suivre tout un cours, parfois sans que le professeur s’en aperçoive. Le plus flagrant est quand un élève arrive en retard et que directement il répète avec tout le monde, sans même savoir de quoi parle le cours.

 

B)     Bilan

Les élèves m’ont pourtant confirmé qu’ils n’étaient pas stressés pour venir à l’école, ni même à aucun autre moment d’ailleurs. Ils m’ont dit qu’ils aiment l’école, et qu’ils y viennent pour réussir leur vie. Ici, leur rêve est de devenir ingénieur, star, danseur ou docteur.

Globalement, je suis très agréablement surpris par ce système. Je suis sûrement tombé sur une école qui se rapproche le plus de ce que vers quoi veut tendre le système indien. Bien évidement, il y a encore beaucoup de problèmes qui ont souvent pour origine la volonté que tous les enfants aillent à l’école et qui engendre une masse d’élèves difficile à gérer, phénomène que nous aussi nous avons connu. De ce fait, il faut trouver les enseignants et les locaux nécessaires qui n’a pas la même réalité vu l’ampleur du pays. Mais par la volonté de leur système pour les années à venir, je suis rassuré puisque l’Inde éduque quand même une bonne partie de la population mondiale, et il risque de devenir une puissance importante dans quelques années.

 

Indira Ghandi (1917-1984) : « l’éducation est une force libératrice, et aujourd’hui elle est aussi une force de démocratisation, faisant tomber les barrières de castes et de classes, lissant les inégalités imposées par la naissance et les circonstances de la vie ».

Laisser un commentaire