Résumé de l’Ouganda

Ah ! Mon cher voisin du banc de l’école du monde !

Oh ! Voilà déjà le mois de novembre ! Et je n’ai toujours pas fini ma dernière news-letter. Et oui, la vie française m’a rattrapé et j’ai un peu oublié de finir mon projet. Entre la reprise d’études pour le concours des écoles, les retrouvailles avec la famille, le retour dans les écoles qui m’ont suivi, les amis et la reprise de mes activités, c’est vrai que c’était finalement plus simple de prendre du temps à l’autre bout du monde pour écrire. Aller, quand on cherche bien, on trouve toujours du temps. Et voici enfin la dernière. C’est parti :

Pour finir cette dernière étape de mon voyage, ce dernier pays l’Ouganda, je tiens à préciser que je ne l’ai pas vraiment choisi. Au rassemblement internationale de la communauté de Lamennais (qui a des écoles un peu partout dans le monde dont Japon et Québec) l’an dernier à Ploërmel en France, je ne pouvais pas aller au Sénégal en août puisqu’ils n’ont pas d’école ce mois là, donc mon parrain de la communauté qui se chargeait de me trouver les contacts, est allé chercher dans la foule de frères de tous les pays réunis ce jour là pour l’apéro, un frère d’un pays qui pourrait m’accueillir. Et mon parrain est revenu avec un frère black et il m’a présenté à lui en disant « this boy want to go in Uganda », et le frère ougandais a fait un grand sourire et a ouvert les bras en disant « oh ! Yes ! You are welcome ! ». Ainsi, c’est comme ça que l’Ouganda s’est choisi à moi, et comme première approche c’était parfait.

C’était par un tour en A380 et une escale par Dubaï que j’étais arrivé. Après avoir pu profiter de la folie de la grandeur de l’aéroport de Dubaï et surtout profiter de la moquette pour dormir encore une nuit dans un aéroport, j’étais arrivé sans souci, avec mon sac Brack (qui avait bien passé l’ultime dernier échange,) pour ma première fois sur ce continent africain. J’avoue que je ne connaissais pas bien le pays, mais très vite j’ai appris à le connaître.

C’était le frère Gérald que j’avais rencontré un an avant qui était venu me chercher. Et avec lui, je m’appelais « Barry », plus facile à prononcer, et ça me rajoutai un surnom que je n’avais pas encore vraiment à mon arc. Direct on a pris la voiture, j’ai retrouvé le volant à droite. L’Ouganda est un pays où il fait tout le temps chaud, beaucoup moins humide qu’au Brésil. En 30 minutes de chemin, j’ai découvert du pays. Un paysage très exotique, vert et sauvage avec en même temps cette terre rouge qui marque voitures, routes et maisons. Le pays paraît assez riche, beaucoup de voitures, de routes un bon état, de grandes maisons … Ils ne vivent pas dans des cases en terre, mais on retrouve toujours ces petits bouibouis de magasins comme en Inde et au Pérou. Très vite on arriva, je vis que les écoles étaient justes à côté de la maison principale. Ça me rappelait l’Inde ! C’est très ouvert, très calme et une grande place est laissée à la nature et aux fleurs, c’est beau et reposant. Les maisons et les bâtiments ici, sont tous de briques rouges vêtus. J’ai été bien loti jusqu’au bout. Un grand lit avec une grande moustiquaire qui faisait un peu lit de princesse, un bureau et ma douche salle de bain perso.

Dès le deuxième jour, j’ai commencé à observer. Après un bref entretien avec le directeur qui était ravi de me recevoir, on a visité l’école et je me suis retrouvé au fond d’une classe. Et là encore, j’ai été très surpris. Même après 8 pays, j’arrivai encore à être surpris sur plusieurs aspects d’éducation. Déjà, j’ai appris qu’il y a plus de 1000 élèves, et qu’ils sont 80 par classe, record de l’Inde … battu. Mais ce n’est pas tout, ce ne sont que de garçons. La mixité n’est pas obligatoire. Ici aussi, ils ont l’uniforme et ils sont obligés d’avoir les cheveux courts. C’est très surprenant quand on arrive dans une classe. Pour moi, c’était très dur de les différencier. Mais le directeur m’a annoncé aussi que les enfants sont tous en internat et qu’ils restent aussi le week-end à l’école. Ils sont trois mois sans retourner à la maison chez leurs parents. Heureusement qu’il y a les vacances pour sortir un peu de l’école. Leur monde ne doit qu’être l’école. Niveau aménagement, une salle d’ordinateurs, deux classes par niveau qui vont de « P1 » à « P7 » soit du CP au CM4 et plusieurs internats pour faire dormir tout le monde. Et même une partie spéciale pour les enseignants qui eux aussi restent dormir à l’école dans des logements de fonction.

La classe est grande mais petite pour accueillir 80 enfants. Ils ont chacun une place mais ils sont bien serrés sur les tables-bancs de 5-6 enfants. Un grand tableau noir à la craie et beaucoup d’affiches colorées et faites à la main d’explication de notions de leur âge.

Mais ici, même en primaire, ce n’est pas le même maître qui leur enseigne toute la journée. Ils ont un prof par matière comme au collège chez nous. La cloche sonne et une autre enseignante arrive. Au début, j’avais l’impression qu’en CP, ils n’avaient pas de cahiers. Mais ce sont les adultes qui les emmènent en classe, tout comme les crayons. Et une fois, la leçon copiée au tableau et répétée plusieurs fois, on distribue les affaires à chacun et on copie. J’ai été surpris par leur niveau d’écriture déjà en première année, ils forment tous très bien leurs lettres. L’enseignante récupère les cahiers pour les vérifier par la suite. 80 cahiers à corriger, c’est aussi une autre réalité.

Les cours s’enchaînent ici, on travaille beaucoup. Comme ils sont en internat, les cours occupent bien les enfants, le rythme est soutenu, à savoir :

6h30 – 7h30 : 1er cour
7h30 – 8h20 : Petit-déjeuner
8h20 – 10h30 : 3 cours de 40 minutes
10h30 – 10h50 : Récréation et goûter
10h50 – 13h00 : 3 cours de 40 minutes
13h – 14h15 : repas du midi et à 14h dans les classes pour faire le chapelet en autonomie
14h15 – 15h40 : 2 cours de 40 minutes
15h40 – 18h00 : pause – récréation – sport – goûter
18h00 – 19h00 : derniers cours de la journée

Soit 6 heures par jour du lundi au vendredi et encore un autre programme pour le samedi.

J’ai beaucoup aimé l’autorité utilisée pour tenir une classe de 60 à 80 jeunes tout en restant cool. Ils arrivent la plupart à maintenir l’ordre et à avoir en même temps une bonne participation, rigoler et rester zen avec eux. Les jeunes sont très vite responsabilisés et ils comprennent rapidement l’importance des règles pour vivre ensemble. Il y a aussi tous les lundis après les cours le temps « family’s hour ». Et oui, comme ici ils restent dormir trois mois, c’est les professeurs qui deviennent un peu leurs parents si les enfants veulent recevoir une éducation. Et l’école est divisée en six maisons (un peu comme dans Harry Potter, ou comme je l’ai rencontré en Inde) pour que les enfants s’entraident par groupe, grands et petits. Mais chaque maison est elle-même divisée en 6 familles d’une trentaine d’enfants avec un professeur référent. Le « family’s hour » est le temps où le professeur-parent (comme ils le disent eux-mêmes) éduque sa famille sur des valeurs de la vie. Le jour où je suis resté observer, c’était sur comment choisir ses amis. Mais ici, on n’a pas peur de dire les choses même aux petits de six ans qui sont devant. Très vite, par exemple, il dit : « si on a de mauvais copains, ils peuvent nous faire rencontrer de mauvaises personnes qui ont de mauvaises intention comme nous kidnapper et nous tr**cher la tête. » C’est vraiment une différence de culture. Pareil dans les manuels de sciences sociales, sur le même sujet on peut lire « some people want have s*x with you ! » Au moins, ils sont prévenus mais c’est toujours un peu simpliste et un peu cru. En tout cas, j’ai vraiment apprécié l’initiative des professeurs d’être de vrais éducateurs pour les enfants. Et même en dehors, j’ai vu certains professeurs recoudre les boutons de chemises des enfants, le gardien être le cordier de l’école, les grands prendre en charge le silence dans le réfectoire … c’est une vraie communauté qui se développe où chacun a son rôle.

De mon côté, très vite une complicité s’est créée avec les enfants. Ils n’y a pas souvent de personnes de couleur blanche qui passent dans leur école et j’ai éveillé beaucoup de curiosité. Après les premières questions, auxquelles j’ai répondu à maintes reprises (je ne me rendais pas compte que ce n’était pas forcément les mêmes qui s’amassaient autour de moi), j’ai retrouvé mes classiques : batailles de pouces, tape-mains et petits jeux. Un moment que j’aimais beaucoup avec eux (qui me rappelait l’Inde), c’était le « playtime » (la grosse récré de 15h à 17h). Là, j’ai retrouvé le plaisir de partager des parties de foot (même si à 80 avec chacun qui ne cherche juste à tirer dans la balle sans chercher un partenaire complique un peu la donne). Mais aussi le basket, les projections sauvages de photos, les cours de français et d’Ugandai, les cours de musique, les cours de rythme, la visite de leur ferme par les enfants, la course-poursuite avec les chauve-souris sous le réfectoire, l’escrime avec une vingtaine de jeunes, et tous ces temps de dialogue simple. J’ai très vite compris que ces enfants (avec cette histoire d’internat) étaient en manque affectif, et que beaucoup de plus jeunes cherchaient juste à prendre ma main. J’étais content qu’ils aient compris que j’étais là simplement pour eux, et qu’ils en ont bien profité. Beaucoup d’enfants venaient me voir avec une liste de mot anglais à traduire en français. Je m’exécutais à la tâche, et les mots pouvaient paraître surprenant mais je ne voulais surtout pas stopper leur élan d’envie d’apprendre le français, mais il pouvait m’arriver d’avoir jusqu’à une trentaine de papiers avec une vingtaine de mots à traduire. Certes, en classe j’avais du temps en même temps que d’observer d’un œil, mais ça a quand même été abondant.

En plus de mes observations, un temps en classe a vraiment été super, mon premier cours en solo devant une classe de 60 P7 (CM4) en Afrique avec mon premier tableau noir rempli. Il a été suivi par d’autres cours de musique et de français dans les autres classes et sur la fin de leur période (où ils n’avaient plus beaucoup de cours) les enfants venaient me chercher pour que je vienne leur faire des cours. Voici un extrait : « Ça sonne, je retourne en classe. Leur professeur titulaire passe juste pour leur dire qu’il n’y a plus de cours ce matin à cause de la formation. Et il se tourne vers moi et me demande si je veux leur enseigner. Directement je pense à mon questionnaire sur l’école. Je lui explique et lui demande si c’est possible, pas de souci, il va me chercher des feuilles. Ainsi, j’explique aux enfants s’ils sont d’accord de participer à l’enquête des enfants du monde. Ils me répondent oui avec un grand sourire. Je prends juste cinq minutes pour aller chercher mon PC, pour leur écrire au tableau le questionnaire en question. Ils distribuent les feuilles blanches, je prends la craie, et je suis parti. La classe est relativement silencieuse. Ils ont l’habitude de travailler comme ça. Je copie les 25 questions et je remplis mon premier tableau noir d’école que les enfants copient. Il faut que je vienne en Ouganda, pour écrire mon premier tableau ! Les enfants arrivent à me relire, il faut dire que je me suis appliqué ! Ils répondent aux questions  sérieusement, j’ai hâte de lire leurs réponses. »

Juste après comme on avait du temps, j’ai continué avec un cours de musique, voici un autre extrait :

« Très vite, une majorité a fini, la classe s’agite et moi j’ai très envie de continuer à enseigner … tant qu’à faire. Je demande l’attention (que j’obtiens très rapidement, très disciplinés ces enfants, je rappelle que je suis devant 60 garçons de 14 ans !) je leur propose une leçon de musique. Je conquiers tout le monde. Tout le monde retourne à sa place et fait silence. Cet instant est magique. Ils ne savent pas du tout à quoi s’attendre mais ils ont tellement de désirs dans les yeux. Je leur propose d’apprendre un rythme corporel, je fais exprès de le jouer la première fois super rapidement pour montrer qu’il est dur mais qu’il est trop classe. Quand je finis, ils réagissent comme si ça va être impossible mais en même temps ils ont très envie de l’apprendre. Je les rassure, étape par étape, lentement et déjà en 5 minutes, ils ont le truc. Pour certains je trouve quand même qu’ils galèrent bien, mais le groupe ensemble ça rend trop bien. Je complique le rythme au fur et mesure pour le rendre plus sympa. Ils apprécient tellement que même les P7 de la classe d’à côté, se greffent style de rien au groupe. Je ne sais pas combien ils sont mais au final, ils gèrent vraiment bien. Moi aussi, je suis fier de moi, puisque j’ai su bien leur expliquer en anglais, et garder leur attention. La classe d’à côté doit repartir. Je propose à « mes P7 » de filmer ce qu’on vient d’apprendre. La deuxième sera parfaite. »

Enfin, mon projet ne serait pas mon projet si les enfants ne me demandaient pas des autographes. Alors, même si je n’ai jamais émis le mot, à chaque fois, il y a eu toujours une personne qui créé l’effet boule de neige. Et pour l’Ouganda, ça s’est finit en beauté, voici encore un extrait : « Pour la dernière demi-heure, je leur propose de leur donner à chacun un autographe. Ils ne font que de me demander depuis le début de la journée. Je leur demande de rester chacun à leur place, et je passe signer le papier qu’ils ont envie. Mais très vite ça déborde, ils changent tous de place, et ça devient rapidement le bazar. Certains me font rire car ils voudront que je signe leur livre de maths ou de sciences, je dirai quand même « non » quand un voudra sur la Bible. Certains se sont fabriqué des petites médaille en carton, et je certifie le fait qu’ils soient le meilleur joueur du foot du monde. (Ce qui me fait le plus sourire, c’est qu’ils ont douze ans, j’aime leur rêverie encore à cet âge !) D’autres me font signer des images récupérées dans les journaux de joueurs de foot. Ainsi, je signe sur Ribéry, sur Evra et sur pleins d’autres que je ne connais pas. » À savoir, que le foot français a grande dimension en Ouganda et qu’ils connaissent très bien nos joueurs.

Enfin question pays, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de visiter, j’ai vu un peu la capitale, qui est un beau bazar de trafic dans tous les sens, il n’y pas de centre historique ou de grands monuments à visiter. L’Ouganda est vraiment connu pour ses parcs zoologiques et ses grands gorilles. Mais je n’ai pas eu l’occasion d’y aller. Par contre, sur une sortie, j’ai eu la chance de rencontrer … l’équateur. « Lors d’une balade de plus de 4 heures de route, je commence à me demander si ça valait le coup puisque je ne profite du paysage que par la fenêtre. Mais j’aurai ma réponse quelques kilomètres plus loin, on s’arrête et le frère Gérald qui conduit me dit qu’on vient de franchir … l’équateur. On sort, je vois en effet la ligne et le petit monument la mettant en valeur. Je n’en crois pas mes yeux. Je n’avais pas réalisé que l’Ouganda était coupé par l’équateur et encore moins que j’irai le voir. Pour une surprise, c’est une surprise. Je mets un pied sur l’hémisphère Sud et l’hémisphère Nord. C’est bête mais tellement improbable. Je fais des photos. Rien que pour ça, ça valait le coup toute cette route. »

Voilà, le peuple ougandais est vraiment très accueillant, les professeurs et les élèves attendent tous mon retour. Alors, je ne sais pas quand je pourrais, mais c’est vrai qu’il y a encore tellement à visiter et j’ai tellement sympathisé aussi bien avec les élèves que les professeurs que même là encore ils m’ont proposé de rester enseigner. Malheureusement mon projet est ailleurs. Mais oui je reviendrai !

Vidéos prochainement sur le site : visite de l’école privée

Articles : photos de l’Ouganda, photos de la faune et la flore, photos des enfants

Articles à venir : les repas, les recettes, la chanson ougandaise …

Malgré que ce soit la dernière newsletter j’ai quand même envie de vous dire à bientôt, car sur mon site il y a encore des choses (photos, articles et vidéos qui devrai arriver) puis sutout l’arrivée de mon film final.

Alors à très bientôt pour la suite des aventures.

Nos rêves ont de l’avenir, vive l’école et vive la vie,

 

Gros bisous accompagné de Matooké, posho et Cassava

Le futur enseignant qui apprend des enfants du monde

Le fou-rêveur forever
Barry ou M. Brown (à l’Ougandaise)

 

PS : à tous ceux qui se demande comment j’ai fait pendant un an pour que tout se passe aussi bien mais chut !!! Il faut savoir qu’il est très important d’avoir un plan B pour avoir plus de chance d’avoir son plan A. Exemple le plus flagrant : avant d’arriver en Ouganda, j’ai relancé tous les quinze jours depuis déjà quatre mois le frère Gérald qui m’avait dit d’accord il y a un an sans réponse. J’attendais au moins une réponse pour être sûr qu’il y ait quelqu’un à l’aéroport. Le samedi 27 juillet, à 5 jours d’arriver en Ouganda, comme je n’avais toujours pas la réponse du frère, j’ai profité d’être aux JMJ rassemblement international à Rio pour avoir la chance de tomber sur des Ougandais, leur drapeau aidant à les reconnaître. Je leur demande s’ils connaissent les frères de Lamennais, et s’ils savent s’il y en a qui seraient venus à Rio. Oui, ils les connaissent mais non, personne n’est venu à Rio. Alors je leur explique ma situation, et à ma grande surprise, mon interlocuteur est aussi de Kampala, Kisubi, lieu où je suis censé aller. Il me dit qu’il peut me donner son numéro et que je l’appelle si j’ai un problème quand j’arrive en Ouganda. Le lendemain soir, quand j’ai regardé mes mails, j’avais une réponse du frère Gérald qui m’attend avec plaisir. Et quand j’ai regardé à quel moment j’ai reçu le mail, c’est juste dans la demi-heure où la personne venait de me donner son numéro. Dans la confiance, toujours avoir un plan B, je vous le conseille.

 

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