Bilan Personnel

Bilan de l’observation du système éducatif finlandais

A partir des observations de l’école Vähä-Heikkila de Turku.

 

Voici le bilan de mes observations et mon analyse.

Il est préférable de le lire après « le résumé de l’école en Finlande » consultable en cliquant ici. On n’y trouve notamment le rythme, la correspondance des classes et plusieurs points important.

Je rappelle que le but de ce tour du monde est de rencontrer les différences dans les écoles, la pédagogie et la façon d’enseigner, et non de comprendre tout le système éducatif en question. Pour cela, je suis bien conscient que ça exigerait beaucoup plus de temps et qu’il faudrait rencontrer plus d’écoles à travers tout le pays.

La méthode utilisée était de rester un mois dans une seule école, l’école bilingue de Vähä-Heikkila, et une semaine dans le collège Topelius. J’ai pu observer les différentes classes pendant plusieurs cours et rester une semaine dans la classe de 5ème, aller à plusieurs cours de collège, et passer une matinée dans un lycée. Discuter avec les enseignants, interviewer des élèves, noter chaque observation dans un cahier, filmer certains éléments clefs, et, au final, faire l’analyse de toutes ces observations (qui n’est bien sûr pas la réalité du pays mais celle d’une seule école).

(Il me semblerait bon de rajouter ici les correspndances des classes finnoises avec les classes françaises)

Vähä-Heikkila est plutôt dans la moyenne des autres écoles du pays puisque toutes les écoles sont homogènes. La seule différence est la filière bilingue finnois-français qu’elle propose, mais elle reste quand même une école mixte qui accueille des enfants du quartier sans distinction de richesses ou de niveau intellectuel. Les enfants viennent à pied, en vélo, en bus et en voiture. Beaucoup ne sont pas à plus de 15 minutes de l’école. Cette école a beaucoup de richesses : matériel (fourniture et informatique),  confort (classes et salles d’activité), entretien, professeurs formés et titularisés, mais c’est quasiment le cas dans toutes les écoles finlandaises où le gouvernement investit beaucoup. Elle est peut-être juste en avance sur certaines écoles au niveau du matériel informatique, étant favorisée pour aider à l’apprentissage des langues. Elle montre très bien ce qu’a réussi à mettre en place la Finlande jusqu’à maintenant.

 

Ainsi, je peux maintenant me faire ma propre opinion à partir des éléments observés dans ce pays qui, étant le premier du classement PISA, est donné comme l’exemple à suivre. Bilan qui restera bien évidemment subjectif. Mais j’ai plaisir à vous faire partager des aspects pertinents qu’il faudrait approfondir pour voir s’ils peuvent être intéressants à reproduire.

Tout d’abord :

On retrouve toujours un professeur devant un tableau avec des élèves à leur pupitre, des classes pouvant accueillir jusqu’à 30 élèves. Les effectifs des classes sont entre 22 à 27 élèves. Mais les classes sont grandes.

On retrouve aussi le même fonctionnement qu’en Roumanie pour ce qui s’agit du rythme d’une journée et du suivi du professeur. Je ne reviendrai pas sur le rythme du travail proposé le matin (déjà beaucoup décrit avec la  Roumanie.) Je rajouterai juste que, mis à part que le rythme n’est pas figé de journée en journée, ce qui n’a pas l’air de perturber les enfants au niveau des repères, et qu’ils ont fait le choix dans certains établissements secondaires de faire des cours de 75 minutes au lieu de 45 minutes, ça a toujours l’air d’être compliqué à gérer pour les parents, pour venir chercher les élèves et les garder l’après-midi pendant qu’eux sont au travail.

Pour ce qui s’agit du professeur qui suit sa classe pendant plusieurs années, je constate à peu près les mêmes avantages qu’en Roumanie, si ce n’est une grosse différence au niveau de l’autorité. Mais on retrouve toujours le fait qu’au fur et mesure des années, ils (les élèves et le professeur) se connaissent très très bien. Ce qui a des effets, aussi bien sur le fonctionnement général, sur les règles, sur la prise en compte des difficultés de chacun. Certains élèves finnois m’ont parlé d’une relation presque maternelle avec leur professeur. Ils aiment bien le fait de garder la même classe d’année en année, puisqu’ils se connaissent bien et ils disent eux-mêmes qu’ils forment une famille.

 

Je ne vais retenir pour ce système que l’observation de deux éléments importants :

-          le plaisir de travailler, l’égalité des chances et l’esprit de non compétitivité pour tous.

-          la volonté de responsabiliser les élèves.

 

I – Le plaisir de travailler, l’égalité des chances et l’esprit de non compétitivité pour tous

 

L’enseignement mis en place se veut égalitaire pour que chaque enfant acquière le tronc commun. Ainsi tout est mis en place pour que tous les élèves aient un bon niveau. Ainsi, l’esprit de non-compétitivité est vraiment mis en avant pour éviter les écarts entre les « premiers » et les « derniers ».

 

A)     L’évaluation

Ainsi justement pour éviter d’avoir des premiers et des derniers, les enfants n’ont pas de notes jusqu’en 4ème, juste des appréciations ; « excellent », « très bien », « bien », « assez bien », « suffisant ». Après la 4ème, ils sont évalués avec des notes allant de 4 à 10. Les élèves ne prêtent pas trop attention aux notes ou appréciations, c’est surtout pour les parents qui doivent signer.

Ayant eu l’occasion de pouvoir passer des petits oraux individuels de français à une classe de 3ème, j’ai pu aussi expérimenter le fait d’évaluer par appréciation. C’est vrai qu’on ne part pas avec 20 points qu’on enlève ou 20 points qu’il faut essayer d’avoir. On regarde la volonté et l’investissement, le rendu global, on cerne où sont les difficultés et on pardonne facilement les petites fautes pour encourager. On se retrouve à noter très individuellement en ayant cerné les points où l’élève doit travailler tout en l’incluant dans un groupe officieux : très à l’aise, volontaire, a besoin d’aide. Tout cela se fait avec une vision très positive sur les capacités de l’enfant.

Le professeur ne veut pas stresser l’enfant avec les évaluations. En première année, l’enseignante leur donne la feuille de test pendant la dernière partie du cours sans leur avoir demandé de réviser. Elle voit avec eux chaque question en laissant le temps à l’enfant de répondre. Certain enfant n’attendent pas l’enseignant et font la page directement. Mais ils répondent comme s’ils faisaient un exercice normal. Le test est fini, l’enseignante peut savoir où ils en sont, ils ont passé un contrôle sans s’en rendre compte, ils auront juste une appréciation à montrer à leurs parents.

Pour les autres niveaux, le contrôle est annoncé au moins une semaine à l’avance avec relecture des chapitres et un dernier cours de révisions.

Si l’évaluation révèle un besoin d’aide, pour ne pas se sentir en situation d’échec, et faire que tous les enfants soient égaux dans leur apprentissage, un gros investissement au niveau national est fait pour avoir dans chaque école des professeurs spécialisés de soutien pour les élèves en difficulté. Régulièrement, ces professeurs prennent par petit groupe les élèves qui en ont besoin pendant les cours.

En plus, les enseignants aménagent les plannings pour mettre en place beaucoup de demi-groupe de classe.

Et il n’est pas rare aussi de voir deux-trois professeurs ou des personnes d’aide pour un cours.

Mais souvent, je constate en regardant leur cahier qu’ils ne font pas d’erreur et qu’ils savent tous faire le travail demandé sur la nouvelle notion. La seule différence entre les élèves, c’est le rythme. On leur laisse le temps et on passe les aider pour qu’ils y arrivent, non stressés, certains auront fini rapidement et feront des exercices supplémentaires pendant que d’autres prendront leur temps pour faire correctement ce qu’on leur demande. Ainsi Il y a une vraie attention sur le rythme de l’élève capable d’y arriver.

 

B)     Les matières artistiques

Pour épanouir les élèves, l’état a fait un gros investissement pour les cours artistiques et créatifs. En primaire, une heure de cours de musique, de technologie, de textile, deux heures de sport et d’arts plastiques. Avec en plus deux heures optionnelles parmi les matières précédentes (plus informatique) que les élèves choisissent pour toute l’année et où ils sont mélangés avec les niveaux 3ème, 4ème, 5ème et 6ème. Pendant ces matières, les élèves n’utilisent pas de cahiers. Ce qui est évalué, c’est l’investissement, le respect des règles et le travail rendu.

Pour être sûr que le cours artistique soit intéressant et maitrisé par le professeur, au cours de sa formation, l’instituteur se spécialise. Ainsi il est plus à l’aise pour enseigner une matière en particulier (musique, sport, activité manuelle, arts plastiques, anglais …) En primaire, les professeurs s’échangent des cours en fonction de leur spécialisation, il garde bien sûr les matières principales : finnois et math.

Pendant ces cours, l’enseignant veut vraiment ouvrir les élèves aux possibilités de la matière :

Par exemple pour un cours de musique il y a plus de vingt instruments et une mini scène sonorisée. Une dizaine de guitares classiques, électriques et basses, deux pianos et deux synthés, une batterie et plusieurs instruments de percussion, quatre micros et j’oublie certainement des choses. Ici, ils ne s’en tiennent pas qu’à la flûte ! Ils feront d’abord une répétition des chants travaillés avec leur professeur au piano. Puis l’enseignante apprendra à un petit groupe une petite succession de notes à la guitare. Ils iront travailler seuls dans le couloir avec les guitares. Avec le reste de la classe, chacun à son instrument, ils répètent une chanson travaillée. Ils ont tous une succession avec variation de deux trois notes à la noire. Ce n’est pas d’un grand niveau, mais la découverte de la musique et des instruments et le rendu de la chanson sont là. J’avoue avoir été bluffé par ce cours.

Même chose avec le cours de menuiserie où le professeur après leur avoir expliqué les règles de sécurité de chaque outil, les laisse œuvrer à leur ouvrage en toute confiance. Ils feront leurs travaux dans l’ordre qu’ils voudront, et ils pourront faire en plus s’ils ont de l’avance ou une fabrication inventée.  Pour le collège, j’ai aussi été surpris : ils ont une salle de travail sur bois, une salle de travail sur fer, avec pour chacun d’elles, une petite salle en plus où il y a des machines plus importantes. Et en plus une petite salle de peinture. J’ai assisté à un cours où chaque enfant devait fabriquer une louche de sauna. Ils devaient façonner le bol en cuivre, torsader la tige de fer, sculpter la poignée, percer et riveter la tige et la poignée et le plus impressionnant, ils doivent aplatir le bout de la tige en utilisant la forge. Ainsi, j’ai vu un jeune de 13 ans, allumer le chalumeau de plus de 1000°C, faire rougir sur fer, et taper dessus au marteau sur une enclume, avec vite fait la présence du professeur au début, mais après en totale autonomie.

Sur un cours de textile, en 45 minutes, ils font un sac en tissu avec la machine à coudre. Couture de renfort, couture pour relier et mettre en forme, repassage pour finition. Le tout avec les garçons qui maîtrisent la chose aussi bien que les filles. Au cours précédent, ils avaient fini de tricoter leur bonnet !

 

C)     La pédagogie

La méthode de cours souvent employée est d’abord de voir le premier point de notion en classe entière avec l’animation du logiciel qui va avec le manuel des élèves. Une fois ce point vu, les élèves font les exercices demandés à leur vitesse. Le professeur passe pour les aider ou expliquer. Dès qu’un enfant a fini sa page d’exercices, il va s’auto-corriger au cahier de correction. Ensuite, ils peuvent faire des exercices supplémentaires sur les pages suivantes violettes pour s’améliorer. A la fin du cours, le professeur donne les exercices à finir et encore d’autres exercices.

Au cours suivant, ils reprendront rapidement la correction et ils verront la suite du cours qui apporte un autre point de difficulté qui est assimilé encore avec beaucoup d’exercices différents, la même méthode est gardée jusqu’à la fin du chapitre.

Ainsi, une assimilation par pratique d’exercices avec difficulté crescendo.

Le professeur vérifie de temps en temps certains cahiers mais il accorde une grande importance à la prise en charge et à l’autonomie. Par autonomie, j’entends capacité de l’enfant de faire seul. Même si la correction est donnée collectivement à l’oral, l’enfant fait quasiment seul le suivi de la correction, le professeur ne vérifie qu’une seule fois dans le semestre que les cahiers sont bien corrigés. Pareil pour sa prise de note, sa copie des cours et des bilans.

Quand l’enseignant donne des devoirs, il leur laisse le choix de certains exercices et les incite à faire les exercices supplémentaires. En 1ère, l’enseignante remplissait pendant la semaine un petit pot en mettant une perle par enfant ayant fait les exercices supplémentaires. En quand le pot était plein, toute la classe avait le droit à une surprise.

Pendant les cours, les professeurs n’ont pas le droit de gronder et de sévir. Cela entraîne beaucoup de libertés pour les élèves, ils peuvent parler, se déplacer, il peut y avoir un peu de bazar et laisser penser qu’ils n’apprennent rien, ou qu’ils ne sont pas dans de bonnes conditions pour travailler. Mais quand les élèves sont devant une feuille de test, le niveau est là. Le niveau reste correct pour tous les élèves, il y a des très bons, mais pas de mauvaise copie. Ça se manifeste aussi par le fait qu’il n’y a quasiment pas de redoublements.

 

II – La volonté de responsabiliser les élèves.

 

A)     En classe

Il leur est demandé très souvent sur un test, à la fin d’un cours, une réunion avec les parents et les professeurs de faire leur propre évaluation de leur participation en cours. Et pour la plupart, ils restent assez honnêtes sur leur auto-évaluation.

Pour la correction et le travail en classe, comme on l’a vu dans le fonctionnement d’un cours, dès qu’un enfant a fini sa page d’exercices, il va s’auto-corriger au cahier de correction. Libre à lui de le faire sérieusement, mais il sait qu’il travaille pour lui. Ensuite, ils peuvent faire des exercices supplémentaires en fonction de l’aisance dans la matière sur les pages suivantes (violettes) pour s’améliorer, ces exercices sont soit très amusants, soit des problèmes ou des énigmes, soit des exercices avec une certain style de difficulté.

Il n’y a pas ou très peu de problème de discipline. Les professeurs savent faire comprendre aux élèves quand ils vont trop loin. Beaucoup de dialogues quand il y a un problème, avec le directeur et les parents quand il faut, mais pas de punitions.

 

B)     Dans l’école

L’école a mis en place des cours, (souvent d’art plastique,) où chaque 5e est parrain d’un 1ère année et ils travaillent à deux sur le sujet demandé. Ça aussi l’avantage de responsabiliser les 5ème qu’y en sont très demandeurs et de rassurer le 1ère année.

La cours de récréation n’a pas de barrière, juste des lignes blanches tracées sur le sol, l’école est ouverte mais aucun enfant n’aurait l’idée de partir pendant la récréation.

Le repas du midi est proposé, dès la 1ère, sous forme de self où chaque enfant se sert comme il a envie. Ainsi il est responsable de son alimentation. En plus, ça va vite, ils mangent à leur rythme et le réfectoire reste assez calme.

Dans l’école, ce sont les élèves de 6ème qui se relayent tous les jours pour assurer le service de plonge à l’école.

Ils se responsabilisent aussi quand ils ont leur matière optionnelle à choisir tous les ans dès la 3ème année.

 

C)     Au lycée

Le cursus générale du lycée dure normalement trois ans, mais plutôt que d’être lié à une notion d’année, il est organisé en un minimum de 75 cours (Obligatoire, spécialisation et cours appliqués), chacun composé de 38 leçons qui en moyenne durent 45 minutes. L’élève en début de 10ème année choisit quels cours, combien de cours et dans quel ordre il veut les avoir pendant ses trois années. S’il veut, il peut s’arranger pour les faire en 2 ans comme en 4 ans. À la fin du lycée, les étudiants ont un examen national comprenant au moins quatre tests dont le test de la langue maternelle qui est obligatoire pour tous les élèves. Cependant pour rentrer dans une université ou une école préparatoire, ils doivent passer encore un concours.

Ainsi tous ces points incitent les élèves à se responsabiliser comme me l’ont témoigné eux-mêmes des lycéens.

 

III – Les points essentiels de l’enseignement

La première mission de l’enseignant est avant tout d’éduquer l’élève devant lui, donc il ne doit pas perdre patience et sévir.

 

A)     Les apprentissages

L’apprentissage de la lecture qui est associé directement à l’écriture est rapide grâce à la langue qui est facile, et qui s’écrit comme elle se prononce.

Pour apprendre à écrire, l’enseignant montre au tableau, puis ensemble ils dessinent la lettres dans les airs, regardent une animation en boucle qui montre le trajet à suivre et enfin ils écrivent des lignes sur le cahier. L’enseignant les laisse écrire puis il viendra valoriser la lettre la mieux faite sur le cahier de l’enfant en l’entourant d’un nouveau dessin-symbole d’encouragement tous les jours.

Ils utilisent aussi la méthode de graphisme et visualisation dans l’espace pour savoir jusqu’où montent ou descendent les lettres. Le cahier comporte quatre lignes en 1ère, puis le graphisme de la page deviendra un simple cahier petit carreau dès la 2ème année jusqu’à la fin du lycée.

L’apprentissage des lettres n’est pas vu dans l’ordre de l’alphabet mais dans l’ordre de possibilité de faire des mots pour les associer avec la lecture.

Ils apprennent le script en 1ère et l’écriture attachée en 2de.

Pour les mathématiques, la découverte des nombres se fait par la notion de quantité, nombre par nombre. Dès le nombre trois, ils associent l’addition et la soustraction.

Pour les tables de multiplications, pas de miracle, encore du par-cœur.

 

B)     La formation des professeurs

La Finlande a eu la chance de mettre à plat son système éducatif dans les années 70 pour savoir ce qu’elle attendait des écoles. Ainsi beaucoup de réformes ont été faites avec notamment l’administration et l’autorité au niveau de la ville et de l’école où les directeurs recrutent leurs enseignants. Et une autre réforme importante est celle de la mise en place d’une formation très poussée de 5 ans pour devenir enseignant avec beaucoup de recherches et stages pratiques.

 

C)     La relation avec les parents

Beaucoup de parents sont très investis dans l’école. Avec la particularité, que les parents ont le droit de venir quand ils veulent, sans forcement prévenir, pour assister à un cours et pour voir le travail du professeur ou l’ambiance de la classe.

De plus, comme en France, beaucoup de parents surprotègent leur enfant et contestent l’enseignant en disant que leur progéniture n’y est pour rien. L’éducation à trois (le triangle éducatif) (enfant-parent-prof) n’est, malheureusement, pas toujours de mise.

 

IV – Synthèse

 

Pour la synthèse, les interviews faites à un groupe de 8ème francophone et un groupe de 12ème francophone permet de dégager une bonne idée générale de comment est vécu ce système. Ensuite, comme on ne peut pas faire une bonne synthèse sans émettre quelques points négatifs, pertinents et constructifs, j’en exposerai certains. Et enfin un bilan personnel qui me servira beaucoup pour plus tard mais que je suis ravi de vous faire partager.

 

 

A)     Interviews

S’Ils aiment l’école, et aiment bien leur lycée, les collégiens trouvent leur bâtiment un peu vieux et laid. Ils viennent à l’école pour étudier, pour avoir une bonne éducation, pour ne pas s’ennuyer et pour les amis. Certains donnent la dimension de vouloir, d’autre la dimension de devoir. Ils ont tous aimé avoir le même professeur pendant plusieurs années, ils pensent que pour un jeune enfant c’est important d’avoir le même enseignant pour le repère. Les collégiens aiment bien le fait de garder la même classe d’année en année, puisqu’ils se connaissent bien et ils disent eux-mêmes qu’ils forment une famille (même s’ils ont de nombreux copains à l’extérieur de l’école [grâce aux activités extrascolaires, aux quartiers, à la famille …])

Les matières préférées sont ; psychologie, histoire, langue, sport, science sociale pour les lycéens, et cuisine, musique, dessin, géographie et langue pour les collégiens. A l’inverse la matière la moins appréciée est les maths, physiques et chimie, puisque le niveau est très élevé, et la religion parce que le cours est ennuyeux pour les lycéens. Et maths et finnois pour la difficulté et pour le professeur, en collège.

Quand je leur demande combien de temps ils passent à leurs devoirs, certains passent à peine dix minutes dans le bus, d’autres une à deux heures. Mais au final ils ne considèrent pas avoir trop de devoirs. Quand je leur demande ce qu’ils font après l’école, les copains, facebook, surf sur internet, dessin, dormir, d’autres iront à des cours extrascolaires poussés (2h de gymnastique par jour, équitation, théâtre …)

Quand je leur pose la question de leur futur métier : on trouve au lycée, une avocate, une designer de mode, une traductrice, une anthropologue, une artiste de théâtre, travailler dans la pub, un metteur en scène, un designer graphique. Au collège, peu savaient vraiment : dans le théâtre, le tourisme international, l’enseignement …

Quand je leur pose la question de leur rêve : un centre équestre, faire des voyages, mais pas beaucoup de rêves au collège. Au lycée, avoir un travail qui fait voyager et gagner beaucoup d’argent, mettre en scène ses propres films, avoir une maison tranquille avec un cheval et des chiens, voyager.

Ils pensent qu’ils peuvent faire leurs études en Finlande, mais beaucoup veulent partir pour étudier, dont certains pour revenir au pays ensuite. Beaucoup veulent aller en Ecosse.

Ils ont apprécié et ont trouvé que c’était important d’avoir de la cuisine, travaux manuels et musique, même si une personne dira que c’était ennuyeux.

Ils se sont sentis bien valorisés, surtout en primaire, certains manquent de valorisation en lycée.

Ils trouvent très bon le système de non-compétitivité avec l’importance d’aider les élèves en difficulté.

La chose qu’ils ont le plus appris pendant leurs années d’étude, c’est la responsabilité avec le fait qu’ils un certain nombre de cours à passer et à avoir. La capacité d’organisation, pour savoir ce qu’il faut faire, à quel moment, les bases, et savoir ce qui est important et ce qu’il ne l’est pas.

Ils me préciseront un point sur la discipline, les élèves apprécient que le professeur n’ait pas le droit de gronder, de toucher et de menacer les élèves. Ils doivent faire preuve de patience et gérer toute situation dans le calme et le dialogue.

 

B)     Points négatif du système :

Je suis gêné par l’autorité mis en place, les professeurs prennent le temps de calmer la classe pendant 5 minutes s’il le faut, prennent le temps avec chaque élève, laissent le bruit s’élever, n’élèvent que peu la voix. J’ai l’impression qu’ils perdent beaucoup de temps. Mais on me dira que la priorité de l’école en Finlande est d’éduquer avant d’enseigner donc ça peut se comprendre.

Leur niveau en langue étrangère est bon, mais est beaucoup axé sur la compréhension écrite et orale, mais peu sur l’expression écrite et orale. C’est dommage.

Un autre aspect qui me dérange c’est la relation des parents qui surprotègent leur enfant. Mais ça, c’est dur d’y faire quelque chose.

La gestion du self est très bien et pratique, mais j’ai quand même vu que certains enfants ne se servaient presque rien et qu’ils mangeaient vraiment en deux minutes. Jusqu’où peut-on responsabiliser l’enfant ?

Un point qui m’a beaucoup amusé était d’avoir l’impression qu’ils avaient trop de récréations. A la pause de 12h, les enfants mettaient toujours beaucoup de temps pour sortir et ils auraient bien préféré rester dans la classe. Peut-être est-ce dû au fait qu’ils ont toujours pleins de couches de vêtement à remettre avant d’aller dehors ?

D’ailleurs ils leur font confiance sur la cour de récréation en leur mettant pas de barrières (même s’il y a des surveillants) mais pas pour que les enfants seuls restent dans les classes.

Enfin dernier point, la Finlande a remarqué que l’esprit de non-compétitivité l’handicape sur le marché du travail international, et elle veut essayer de faire des écoles spécialisées pour les bons éléments et ainsi quitter cette esprit d’égalité qui leur réussit tant. Mais cette phrase de l’interview que j’ai écrite telle que l’élève me l’a dite, dénote bien ce point bancal pour les bons éléments : « oui c’est bien la non-compétitivité, c’est important d’aider les élèves en difficulté. » peu de choses sont vraiment mises en place pour ceux qui sont plus doués dans certaines matières.

 

 

C)     Bilan personnel 

Système et école très riche qui m’a appris abondamment mais qu’il a fallu du temps à commencer à cerner (j’avoue qu’il doit encore y avoir beaucoup de points à découvrir) Un mois ne fût pas de trop. Si on ne s’arrête qu’un seul jour, on peut avoir l’impression que c’est comme en France.

Ainsi je retiens que ces deux éléments présentés : devenir responsable et avoir l’envie d’apprendre, découlent de la très bonne formation qu’ont les professeurs, avec par la suite des formations continues possibles. A savoir que les professeurs par la suite ne sont pas inspectés, qu’ils sont libres de faire leur cours comme ils veulent et que l’enseignant est très respecté, reconnu et apprécié dans la société. Mais les enseignants sont là par passion et non pour le salaire qui reste correct et équivalent ou légèrement plus que les professeurs français. Ainsi après cinq années de formation, avec beaucoup de recherches éducatives et de stages pratiques dans les écoles rattachées à l’institut de formation, le professeur possède vraiment de bons outils, en plus de tout le matériel éducatif à disposition, pour sa mission qui est claire depuis la mise à plat du système : « éduquer puis enseigner avec l’égalité des chances pour tous !»

Pour répondre à ceux qui se posent la question de l’évaluation PISA. Sans avoir tous les éléments de réponse, je dirais d’une part que les exercices en cours sont des exercices où il faut rechercher par soi-même la méthode à utiliser et ils ne sont pas habitués qu’à un seul type d’exercice mais à une riche variété d’exercices. C’est ce type d’exercice qu’on retrouve dans le test PISA. D’autre part, la Finlande n’a pas vraiment d’excellents élèves ou de très mauvais élèves mais une grande majorité de bons élèves. Ainsi quand on fait une moyenne sur l’ensemble du pays, l’homogénéité et l’égalité des chances font que la moyenne est très élevée avec un écart-type faible.

Après le système fonctionne avec la mentalité du pays, qui est vraiment différente de la nôtre. On ne pourrait copier leur système tel quel sans l’adapter à nos habitudes, à nos moyens, à nos élèves, aux professeurs actuels, à nos parents… Ils se sont arrêtés pour savoir ce qu’ils avaient, ce qu’ils voulaient faire et ce qu’ils pouvaient faire. Peut-être que la leçon à vraiment retenir est : et nous quand est-ce qu’on s’arrêtera pour savoir ce qu’on veut vraiment pour nos écoles françaises?

 

 

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