Bilan Personnel

Bilan personnel du système éducatif japonais
A partir de mes observations des écoles privées du pays.

Il est préférable de le lire après « le bilan des écoles du Japon » consultable en cliquant ici. On n’y trouve notamment le rythme, la correspondance des classes et plusieurs points important.

Je rappelle que le but de ce tour du monde est de rencontrer les différences dans les écoles, la pédagogie et la façon d’enseigner, et non de comprendre tout le système éducatif en question. Pour cela, je suis bien conscient que ça exigerait beaucoup plus de temps et qu’il faudrait rencontrer plus d’écoles à travers tout le pays.

Alors, justement particularité du Japon, ce pays accueille très facilement les touristes mais dès qu’il s’agit de les faire rentrer dans leur monde quotidien (école, travail, maison …) c’est beaucoup plus difficile, j’ai dû passer par une communauté de frères catholiques d’origine française ayant ouvert des écoles au Japon, pour m’immiscer dans ce monde de l’enseignement. Donc je n’ai pas pu observer les écoles publiques du pays, mais des écoles catholiques qui respectent tout autant la pédagogie mise en place bien qu’il y ait tout de même quelques différences.

La méthode utilisée était de rester un mois dans le pays, de visiter et rester observer plusieurs écoles ; une semaine dans un collège et deux jours dans une école primaire à Shizuoka, deux jours dans une maternelle et une visite dans un autre collège de Yokohama et une semaine d’observation à Tokyo dans un établissement de la primaire au lycée mais international (cette dernière école, je ne la prendrai pas en compte dans ce rapport, la pédagogie étant trop loin de celle du système japonais). J’ai pu observer les différentes classes pendant plusieurs cours, discuter avec les enseignants, noter chaque observation dans un cahier, filmer certains éléments clefs, et, au final, faire l’analyse de toutes ces observations.

Ainsi, je peux maintenant me faire ma propre opinion à partir des éléments observés dans ce pays qui, étant le pays avec le meilleur pourcentage au BAC (95%), peut être pensé comme l’exemple à suivre. Bilan qui restera bien évidemment subjectif. Mais j’ai plaisir à vous faire partager des aspects pertinents qu’il faudrait approfondir pour voir s’ils peuvent être intéressants à reproduire.

Je ne vais retenir pour ce système que l’observation de deux éléments importants :

-          L’éducation par la tradition.
-          Le sport et les arts : l’épanouissement à l’école.

 

I – L’éducation par la tradition pour un système égalitaire en primaire.

Après avoir longtemps gardé un système similaire à la Chine, avec un travail strict et intensif demandé aux élèves, où l’éducation passait par le livre et la pression sociale de la réussite, et où il n’y avait pas le temps de jouer ou de contester, le Japon s’est ouvert depuis quelques années à un système où la nécessité d’enseigner à des étudiants capables de poser des problèmes et de les résoudre, de proposer des thèmes et de les étudier. Mais l’éducation a gardé sa tradition. Ainsi, on trouve toujours aujourd’hui un fort respect du professeur par notamment le salut, un respect de l’uniforme, l’apprentissage des tâches du quotidien et des valeurs enseignées à l’école.

 

A) Un sens de la hiérarchie

Ainsi, ils ont un sens de la hiérarchie très marqué : au début et à la fin de chaque cours les élèves s’inclinent devant leur professeur. C’est toujours un ou deux élèves qui sont responsables de ce temps rituel avec chaque nouveau professeur qui vient commencer un cours. En primaire, ils sont deux à venir devant, à demander que tout le monde se lève, fasse le silence et une fois que tout le monde est prêt, tout le monde salue le professeur en même temps. En collège, ce n’est plus qu’un seul élève qui est en charge de cette mission et ils resteront assis. Mais ce rôle change régulièrement de responsable, et ils font de même pour la fin du cours en remerciant le professeur. Une dimension qui permet de conserver et respecter l’image du professeur qui est très bien perçue dans la société.

 

B) Les uniformes

De plus, ce qui est très fort au Japon pour beaucoup d’écoles, c’est l’uniforme. Mais attention l’uniforme complet, je m’explique. Ils ont la même tenue, souvent un ensemble cravate, ou une chemise, une veste et un short (une jupe pour les filles) avec les mêmes chaussures (des fois les mêmes chaussettes) et en plus un chapeau quand ils sortent de l’école. Ils ont aussi le même sac d’école et le même sac de sport. En primaire, il est fréquent de les voir sortir de l’école avec le chapeau en feutre plutôt rond, dès fois melon. Ils ont souvent en plus un autre uniforme pour les cours et pour le sport. En collège et lycée, le costard-cravate est souvent de mise.

Bien qu’ils aient un chapeau pour venir à l’école, certaines écoles imposent une casquette pour la récréation : ils prennent leur casquette et vont jouer dehors. Beaucoup d’écoles décident que chaque classe ait une couleur unique de casquette pour représenter la classe. Ils vont souvent jouer dehors en restant avec leur classe et leur maîtresse, (ça se voit tout de suite si un élève va jouer avec d’autres classes). La casquette de couleur est vraiment là pour donner l’impression de former un groupe, une communauté.

 

C) Participation à la vie de l’ école

Les élèves prennent part à la vie de l’école et à son entretien, notamment à travers le rituel du repas et le nettoyage des salles de classe. C’est un autre point que j’ai vu et beaucoup aimé dans une école primaire sur le temps du midi. Ici, ils mangeaient dans les classes. Souvent accompagné d’un rituel pour les plus jeunes, ils disposent les tables à leur guise pour manger en trois petits groupes. Chacun sort son petit matériel pour manger : la petite nappe pour protéger la table, son gobelet, sa boîte de baguettes. Trois jours sur cinq, c’est l’école qui fournit le repas (une compagnie leur apporte chaud). Chaque enfant reçoit une boîte chaude avec du riz, une autre boîte froide avec à l’intérieur une petit salade, un poisson pané, et une compote de poire pour le jour observé. En boisson, ils ont une briquette de lait chacun. Enfin, l’enseignante qui mange avec eux, leur sert une soupe chaude d’un mijoté de viandes-légumes à la japonaise sur le riz.

Une fois tout le monde servi, ils se lèvent et font la prière qu’ils connaissent par cœur avec en plus un petit chant, puis enfin ils peuvent commencer à manger. Un repas est plutôt calme et chacun est très autonome, et mange avec bon appétit. Les petits gars peuvent même se resservir. Après que chacun ait finit, toujours en autonomie, ils débarrassent leur boîtes, replient leur nappe, passent un coup de lingette, rangent leur matériel. Suit une petite pause, puis chaque élève s’active pour contribuer au ménage de la classe, mais un ménage complet de tous les jours : ils déplacent les tables, passent le balai, un coup de lingette au sol, nettoient les brosses du tableau avec « l’aspire-brosse », la prof fait la poussière des objets en hauteur, les élèves passent un coup de lingette partout ; les tables, le tableau, les étagères, les portes, les vitres, et tous les petits coins de la classe qu’ils refont chaque jour. Mais ils nettoient aussi le couloir, les escaliers, les toilettes. Puis ils étendent les lingettes, vident les seaux d’eau, remettent les tables. Le tout sérieusement dans une bonne humeur, avec celui qui arrivera toujours à trouver quelque chose à faire. Je ne sais dans combien d’écoles ils font ça, mais je trouve ça super. Le directeur en est très fier même s’il m’avouera qu’il y a quand même du personnel qui repasse un coup le soir.

Le professeur de primaire est quasiment tout le temps avec ses élèves : pour les cours, la récréation (il anime le temps de jeux), pendant le repas et le ménage. Pas de répit pour les professeurs ici, si ce n’est quand ils finissent à 14-15h.

Par, le ménage, on peut voir un vrai apprentissage du collectif et pour certain de l’humilité. Alors on fait la même chose en France ?

 

D) Les valeurs

Enfin une éducation par les valeurs, voici ce que prône le gouvernement avec en parallèle les actions réalisées par certaines écoles :

• Savoir : favoriser une attitude permettant d’acquérir une vaste connaissance et une culture,  de chercher la vérité, de cultiver une sensibilité riche et le sens de la morale, tout en développant un corps en bonne santé.

Sur l’aspect du corps en bonne santé, les écoles mettent en place pendant l’année des courses « marathon », des compétitions sportives régulières entre écoles (de la même ville le plus souvent) et des « Taiiku » : « Journée des sports » pour faire l’expérience de plusieurs activités sportives.

• Esprit : développer les capacités des individus, tout en respectant leur valeur ; cultiver leur créativité, favoriser l’esprit d’autonomie et d’indépendance, et favoriser une attitude de valorisation du travail tout en mettant l’accent sur ​​les liens avec la carrière et la pratique la vie.

Pour l’aspect créativité, ils mettent en place des compétitions d’art, de chant et de théâtre entre écoles (les élèves de 4ème niveau – 9 ans – représentent leur école.) Pour l’aspect de la carrière, ils organisent des expériences de travail dans des magasins ou grandes surfaces : pour faire l’expérience de la vie professionnelle.

Respect : favoriser une attitude à la justice des valeurs, à la responsabilité, à l’égalité entre les hommes et les femmes, au respect mutuel et à la coopération, et de contribuer activement à la construction et au développement de la société.

Pour la coopération, ils proposent d’inviter des personnes âgées de leur région à l’école pour un déjeuner (organisation de leur venue, spectacle d’accueil…). Pour la contribution au développement de la société, ils invitent aussi des professionnels de la région (pompiers, policiers, assistants sociaux, personnel associatif, …) pour les remercier de leurs actions. Les enfants font un discours et remettent des lettres de remerciements à leurs invités.

Environnement : favoriser une attitude de respect de la vie, de prendre soin de la nature, et de contribuer à la protection de l’environnement.

Certaines écoles proposent des nettoyages réguliers des alentours (parcs, autour de l’école,…) en signe de gratitude à leur communauté.

Patriotisme et ouverture : favoriser une attitude de respect des traditions et de la culture, de l’amour du pays et des régions qui les ont nourris, ainsi que  le rapport avec les autres pays et favoriser une volonté de contribuer à la paix mondiale et au développement de la communauté internationale.

Certaines écoles ont des salles avec des tatamis, pour apprendre la cérémonie du thé et d’autres traditions.

 

E) Egalitaire ?

Finalement, beaucoup d’aspects positifs pour un système qui paraît dur de l’extérieur. C’est vrai qu’il faut dire que pour le primaire, les enfants ne sont pas malheureux et profitent bien de l’école. Le système se veut même égalitaire pour le primaire comme nous l’explique cet extrait de rapport par Harold W. Stevenson, Université du Michigan et James W. Stigler, Université de Californie à Los Angeles « Les systèmes éducatifs au Japon et aux Etats-Unis sont-ils élitistes? »

« A l’école primaire, ce même souci d’égalité se retrouve dans l’absence d’une division des classes selon des critères de niveau scolaire. Le fait d’obliger un enfant à redoubler une année, ou de le mettre dans une classe spéciale à cause de son niveau, est très rare. Des classes spéciales n’existent que pour des enfants profondément atteints; ceux qui ont des problèmes de comportement ou d’autres problèmes légers restent dans les classes normales.

De même, il n’existe pas de classes spéciales pour les enfants doués. L’existence de telles classes serait pour les éducateurs ainsi que pour les parents la marque d’un favoritisme inacceptable, une violation de la philosophie égalitaire sur laquelle est construite tout le système d’enseignement primaire au Japon.

L’enseignement est dirigé vers la classe toute entière, et il est assez rare de voir cette classe divisée en groupes plus restreints. Les maîtres emploient différentes techniques dans le cadre d’une même leçon, et ils essaient d’adapter leurs questions au niveau des élèves. A ceux qui ont un niveau plus bas, ils posent des questions plus simples; aux autres, ils posent des questions plus ardues. Si une classe est divisée en plusieurs petits groupes, les professeurs s’efforcent de rendre ces groupes hétérogènes dans la mesure du possible. Les plus faibles s’appuient sur les plus forts, qui renforcent leur savoir en aidant leurs camarades. Une aide supplémentaire peut être proposée par les professeurs pendant leur temps libre, dans des cours organisés après la fin des cours, pendant les vacances scolaires, ou bien encore dans les fameuses juku (boîtes à bachotage).

Mais la philosophie égalitaire de l’enseignement japonais ne survit pas après l’école primaire. Comme le disent les fonctionnaires japonais, les enfants ont six années d’école primaire pour montrer à quel point ils veulent travailler et apprendre. Il semble raisonnable, ajoutent-ils, que ces enfants soient ensuite classés selon leur aptitude, en prenant en compte les bénéfices qu’ils pourront tirer de telle ou telle forme d’enseignement secondaire Certains iront après à l’université; d’autres seront orientés vers une école professionnelle où ils recevront une formation adaptée à leur futur emploi.

Une fois mis sur les rails, l’élève japonais a peu de chances de changer de voie. Les enfants orientés vers les écoles professionnelles n’iront sans doute jamais à l’université. »

 

II – Le sport et les arts : l’épanouissement à l’école.

Une autre particularité de l’enseignement japonais actuellement est de dire qu’il est en « transition ». Il y a vingt ans il était encore comme celui de la Chine, maintenant, on a toujours un esprit de compétition pour les entrées dans les lycées et dans les universités, avec un travail important demandé. Mais en même temps, le système japonais se tourne de plus en plus vers l’Occident et il y a de plus en plus de sport et d’art dans les écoles.

 

A)     Le sport

J’ai rencontré des collèges et lycées qui finissaient à 15 heures pour permettre aux élèves de rejoindre leurs deux heures quotidiennes de sport dans les clubs de l’école. Et chaque établissement possède ses clubs dans les différents domaines (un gros intérêt pour le foot, le baseball et le rugby), et la compétition inter-écoles est très poussée à un niveau national et suivie par tout le pays (un peu comme aux Etats-Unis.) Une dimension du sport tellement poussée que j’ai même rencontré d’une part, des cours théoriques de sport : une heure sur trois, avec des études en classe d’un sport (les règles, les tactiques, les échauffements, l’arbitrage …) et d’autre part, j’ai rencontré une maternelle qui faisait aussi des tournois de foot inter-écoles (à plus petite échelle mais quand même) le samedi, avec tous les parents qui supportent, avec la pression des jeunes de ne pas perdre, des petits en pleurs car ils ont fait perdre leur équipe et une remise de trophée aux gagnants.

 

B)     La musique

Enfin, il y a aussi une dimension de plus en plus poussée pour la musique. J’ai rencontré deux écoles qui exigeaient que les enseignants sachent jouer du piano parce qu’ils avaient soit un clavier soit un piano justement dans chacune des classes et ils devaient jouer pour les différents moments de la journée. J’ai vu aussi des écoles qui ont investies pour du matériel pour orchestre, pour band, dans des chorales et handbells chorales (la chorale accompagnée de sons de cloches que les choristes ont dans les mains.) En primaire, ils commencent l’apprentissage du piano dès la première année à l’aide de leur mélodica personnel, (c’est un petit piano dans lequel on souffle dans un tuyau pour avoir de la musique) avec aussi une connaissance des instruments historiques du pays. En option musique au lycée, les élèves forment des groupes de musique souvent de rock. J’ai rencontré un collège qui venait de faire construire un grand auditorium (1200 places) d’un son excellent que jalouserait plus d’une ville de France (comparé à certaines salles de spectacle).

 

C)     Les arts plastiques

Il en est de même pour les arts manuels, avec choix entre la calligraphie japonaise ou les arts plastiques, et j’ai même rencontré une école qui propose le choix entre l’art 2D, l’art 3D et l’architecture. De plus, avec une grande valorisation des travaux des élèves exposés dans les couloirs de l’école, et même certains lycées participent à des expositions de regroupement des meilleurs œuvres des élèves dans une salle de la ville ouverte au grand public.

Ainsi, je retiens la culture du sport et de l’art. Malheureusement c’est une observation qui demanderait plus de temps pour savoir ce qu’elle apporte aux élèves, mais quand on regarde les résultats des enquêtes PISA (évaluation internationale des niveaux des élèves) le pays se porte actuellement très bien (5e en Math, 9e en langue maternelle en 2011), donc la dimension du sport et de l’art à l’école est un élément à prendre en compte pour une bonne pédagogie.

 

Conclusion

Inopportunément, je n’ai pas eu l’occasion d’interviewer ou de poser des questions à des élèves ou des étudiants. Ainsi, pour le bilan, je resterai simple. Pour les aspects négatifs importants, on est obligé de citer deux points :

D’une part, pour le collège-lycée, on retrouve des journées de plus de 12h de cours par jour avec parfois des cours supplémentaires ou des examens le samedi et le dimanche, un système universitaire élitiste et une éducation synonyme de compétition engendrée par d’énormes pressions à la fois parentales, sociales et du corps enseignant. Il y a même certaines écoles maternelles qui recrutent sur concours…

D’autre part, malheureusement, on trouve aussi dans ce pays une augmentation de la violence à l’école (en 2009 le Ministère de l’Education a signalé une augmentation de 37% en quatre ans) et aussi une augmentation du nombre de suicides (ces suicides ne seraient pas forcément liés au stress mais au statut de « bouc émissaire » envers un enfant, infligé par d’autres élèves de l’école). Et actuellement, l’enfant japonais a tendance à se fuir en tant que personne pour se créer un personnage (virtuel : jeux vidéos – jeux d’arcade – mangas – tenues excentriques « cosplay ».)

Il faudrait comprendre si ce phénomène est dû au système éducatif mis en place ou à un problème de société, mais là, il faut laisser la place à de vrais professionnels.

Ainsi, dans ce pays, je retiens de bonnes idées pour l’éducation des valeurs (notamment le ménage, désolé pour mes futurs élèves) et pour la place de l’art et le sport dans l’éducation. En France, on a trop tendance à les dissocier de l’école en les proposant le mercredi après-midi et le samedi dans des clubs pas du tout en lien avec l’école, et de ce fait, ils ne sont pas forcement accessibles à tous les élèves, pour différentes raisons (coût, emplois du temps, localisation …) Ainsi, peut-être que l’école de demain sera une école qui offrira la possibilité de club à l’école avec égalité des chances pour tous et lien avec la pédagogie en vue de l’épanouissement de l’enfant en même temps que de son apprentissage. Et cela pourra se faire avec les arts et le sport mais pourquoi pas aussi dans d’autres domaines comme le théâtre, la photo, la vidéo, les échecs, les jeux de société, la couture, la cuisine …

 

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