Bilan personnel

Bilan personnel des différences observées du système éducatif roumain

A partir des observations de l’école 49 de Bucarest

Voici le bilan mes observations et mon analyse.

Je rappelle que le but de ce tour du monde est de rencontrer des différences dans les écoles, la pédagogie et la façon d’enseigner, non de comprendre tout le système éducatif en question, pour cela, je suis conscient que ça exigerait beaucoup plus de temps et qu’il faudrait rencontrer plus d’écoles à travers tout le pays.

La méthode utilisée était de rester un mois dans une seule école : l’école 49, en observant une classe de CM2 tous les jours pendant plus de 15 jours, en allant une journée dans les autres classes, en allant à certains cours de collège, en discutant avec les enseignants, en interviewant des élèves, en partageant avec des collégiens, en notant chaque observation dans un cahier, en filmant certains éléments clefs, en ayant partagé mon analyse avec les enseignants rencontrés lors d’un dernier échange, en faisant l’analyse de toutes ces observations (qui n’est bien sûr pas la réalité du pays mais d’une seule école).

Vatra Luminoasă est plutôt dans la moyenne comme quartier de Bucarest. L’école du quartier n’est pas plus aisée que d’autres, mais il y a des écoles plus aisées au nord de la ville, dans les quartiers riches. L’école mixte accueille des enfants de ce quartier. Les enfants viennent à pied, en vélo, en bus et en voiture. Beaucoup ne sont pas à plus de 15 minutes de l’école. L’école ne représente pas forcément l’école type de la Roumanie quand on la compare avec les écoles à la périphérie de la ville ou aux écoles des campagnes. Cette école a pas mal de richesses : matériel, confort, entretien, professeurs formés et titularisés, ce qui n’est pas le cas dans toutes les écoles roumaines. Elle montre quand même ce vers quoi veut tendre la Roumanie et présente quand même beaucoup de différences.

Ainsi, je peux maintenant me faire ma propre opinion à partir des éléments observés de ce système roumain. Bilan qui restera bien évidemment subjectif. Mais j’ai plaisir à vous faire partager des aspects pertinents qu’il fraudait approfondir pour voir s’ils peuvent être intéressants à reproduire.

Tout d’abord :

On retrouve toujours un professeur devant un tableau avec des élèves à leur pupitre, des classes pouvant accueillir jusqu’à 30 élèves. Les effectifs des classes sont entre 24 à 32 élèves. Donc il y a certaines classes qui sont trop petites.

Deux éléments importants qui influent sur toutes les autres différences :

-          Le rythme de 4 heures par jour le matin pendant 5 jours.

-          Le fait qu’ils aient quatre ans le même professeur pendant leur primaire.

 

 

I – Le rythme de 4 heures par jours le matin pendant 5 jours.

Le rythme est intéressant : ici, les élèves de primaire commencent à 8h, heure qui ne pose pas de souci pour cet âge là, (si le coucher est respecté.) Peu d’élèves ont l’air fatigué par le fait de commencer à 8h. Par contre pour le secondaire, ils commencent à 12h-13h puisque ils utilisent les mêmes locaux que les primaires mais l’après-midi. Commencer à 12h-13h pour les collégiens ne pose pas de problème, ils ont le temps de respecter leur sommeil, de faire leurs devoirs le matin et des activités le soir.

Le primaire roumain a le même système de passage d’un cours à l’autre que le collège français. C’est-à-dire qu’une sonnerie retentie pour changer de matière et respecter les horaires de cours. Plus une récréation de 15 minutes entre chaque heure de cours. Ce qui donne un  rythme de 45 minutes de cours, 15 minutes de récréation pour les 4 heures de la matinée des primaires et 50 minutes de cours et 10 minutes de récréation pour les 6 heures des collégiens l’après-midi.

L’école ne s’engage pas à garder les enfants de 8h à 12h comme en France, les enfants peuvent commencer plus tard, ou finir plus tôt ou plus tard avec un simple mot de leur professeur (si réunion, absence, rattrapage …) et de toute façon ils ont toujours un jour dans la semaine où ils finissent à 13h pour avoir 21 heures de cours dans la semaine. Des libertés dans le horaires qui vont même jusqu’à organiser des sorties scolaires pendant les week-ends.

Ce rythme me semble plutôt adapté à celui des enfants, 45 minutes d’attention est le maximum qu’on peut demander à enfant assis sur une chaise. Les 15 minutes de récréation permettent de bien évacuer toute l’énergie en trop. Beaucoup mangerons pendant ces récrés, ce qui permet de redonner de l’énergie à d’autres. Dans cette école, les récréations se passent dans les grands couloirs et les classes, ce qui permet quand même de faire des cache-cache, de courir, de jouer et de crier (même si normalement ils ne sont pas censés le faire). Certains professeurs proposent des jeux pour canaliser les énergies. Beaucoup d’enfants préfèreraient aller dehors pour le bruit, l’espace et l’air. Mais  l’école en a décidé ainsi pour les primaires suite à des accidents graves qu’il y avait eus avec des buts de foot dans d’autres écoles. De plus, ils considèrent beaucoup plus dangereux de descendre et remonter les 8 classes de 25 enfants du 1e et du 2e étage, en 15 minutes toutes les heures en gérant ceux qui veulent aller aux toilettes (intérieures), ceux qui veulent manger dans la classe …

Malgré le fait qu’ils ne vont pas vraiment prendre l’air, ça a l’avantage que dès que la sonnerie retentit, les élèves sont dans leur classe à leur place en moins d’une minute. Et on pris l’habitude de se remettre directement au travail pour la nouvelle leçon.

Pendant la récréation, ils sont bien agités, ils courent, crient, mangent, jouent. Ils jouent par groupes la plupart du temps mais ils passent régulièrement d’un groupe à un autre, un groupe de fille a fait un groupe « toy story » et dessinent les personnages à chaque récré. Les garçons ont tendance à jouer à cache-cache, (et ils s’organisent très bien pour y jouer, peu de problèmes) à jouer avec leur DS ou leur portable, à manger, ou à jouer avec des petits jeux de la maison. Très peu discutent simplement entre eux. Les filles sont plus calmes, elles dessinent, lisent, discutent, font des jeux de mains, font leur devoirs, se baladent.  Il y a toujours un ou deux enfants qui restent à l’écart mais l’enseignante me dira que c’est leur tempérament d’être seul.

Quarante-cinq minutes pour un cours est une durée gérable ici grâce à leur fonctionnement de cours qui permet de voir tout le programme qui est assez lourd ici.

Les cinq jours de cours sont adaptés quand le professeur veille à garder des cours plus tranquilles pour le vendredi (arts-plastiques, musique, sport …)

Ce rythme a l’air de respecter le rythme et l’attention des enfants, quand on regarde leur comportement, leur compréhension, leur niveau, …

Même au niveau des vacances, les collégiens n’ont pas de vacances à la Toussaint, et tous les niveaux n’ont plus de vacances de février depuis 2 ans. Sans que ça pose de problème sur la fatigue des élèves.

Par contre si ce rythme à l’air bon pour les enfants, ça à l’aire beaucoup plus compliqué à gérer pour les parents. En collège, ça va puisque l’enfant est considéré comme autonome et va tout seul à l’école, à ses activités et gère ses leçons tout seul. Mais pour le primaire, beaucoup de parents font appel à l’after-school, aux grands-parents, à la famille, s’arrangent entre parents, ou bien ils ont un travail qui leur permet des souplesses dans les horaires pour passer prendre les enfants.

 

 

II – Le fait qu’ils aient quatre ans le même professeur pendant leur primaire.

a)      Présentation

Pendant les quatre années de primaire (1e à 4e), l’enfant reste normalement avec le même professeur et la même classe. Le professeur le suit pendant les quatre années. Ce qui fait beaucoup de différences avec le système français au niveau de l’autorité et de l’éducation, de l’autonomie, des redoublements, et donc sur le cours en lui-même. Je vais développer chacun de ces points.

b)      L’autorité et l’éducation.

Le vrai plus de ces 4 ans, c’est vraiment au niveau de l’autorité. Le professeur est souvent exigeant dès la première année et instaure les règles qu’ils vont avoir pendant quatre ans. Ils n’auront pas à reposer les règles chaque début année. Ce qui permet un gain de temps important et une continuité dans les règles. Le cadre est juste et clair en plus du procès verbal que doivent signer chaque année les élèves. L’enseignant veille surtout au respect. Les élèves se lèvent quand l’enseignante ou autre professeur entre dans la classe.  L’enseignant veille à ce qu’il n’y ait pas de moqueries.

Le cours de religions va permettre de continuer à poser le cadre avec 1 heure de cours de la 1e à la 8e qui rappelle les valeurs chrétiennes orthodoxes (même si l’école est publique), et l’enseignante de religion pousse les connaissances et ce cours fait partie des notes de l’année. Et aussi, le cadre est renforcé avec les cours d’éducation civique, à partir de la 3e jusqu’en 8e, où les enfants apprennent comment gérer des conflits, les relations entre les personnes, l’entraide, la coopération …

Et il y a une vraie éducation aux valeurs, à la tenue, à la posture, à la politesse, au respect envers le professeur, si ce dernier fait une erreur ou son portable sonne ou autre, les enfants ne rient pas. Quand ça sonne, les enfants attendent que l’enseignant dise qu’ils peuvent ramasser leurs affaires pour aller en récréation, et si l’enseignant prend une bonne partie de la récréation pour finir son cours, il n’y aura pas de manifestation. Quand l’enseignant leur passe une vidéo en anglais sous-titrée en roumain, il n’y a pas de contestation. Ils ont l’habitude d’entendre de l’anglais à la télé, et ils prennent sur eux pour comprendre.

Mais l’enseignant valorise les enfants en montrant leur travail devant la classe, reste très affectueux avec chacun de ses élèves, les laisse se lever, se déplacer, discuter, répondre sans lever la main à condition que ça ne perturbe pas la classe. Ainsi, il en résulte qu’ils n’ont pas besoin de d’avoir recours à des punitions. L’enseignante peut élever la voix, envers un élève ou envers l’ensemble de la classe. L’enfant qui pose souci, aura juste un dialogue ferme avec son professeur. Sur un mois, je n’ai pas vu d’incident de discipline qui ait exigé plus que cela.

Pour les collégiens, la même classe que le primaire est conservée pour encore quatre nouvelles années. Cette classe a un professeur titulaire pour ces quatre années à l’entrée du collège et normalement chaque matière est suivie aussi par le même professeur. Pour l’autorité, les élèves reçoivent une note justifiée par procès verbal sur leur comportement donné par leur professeur titulaire. De plus, l’installation des caméras dans les couloirs et les classes, permet de diminuer les comportements perturbateurs et les professeurs utilisent les vidéos comme preuve. L’élève devra justifier de ses actes devant le directeur. Mais il n’y pas de CPE (Conseiller Principal d’Education), ou d’autre surveillant, les professeurs sont garants de l’autorité dans la classe et les couloirs. Ils n’ont jamais eu besoin d’exclure un élève, si ce  n’est peut-être un ou deux par an pendant 2-3 jours.

c)      L’autonomie : capacité à faire seul son travail.

Le professeur les incite au fur et mesure à l’autonomie. En 4e, le professeur dicte beaucoup ce que doivent écrire les enfants (la langue roumaine a la chance de s’écrire comme elle se prononce). Quand le professeur écrit au tableau, c’est souvent pour un bilan bref et concis.

Au niveau des exercices, ils ont beaucoup de manuels d’exercices, 2-3 pour les maths, 3-4 pour le roumain, et ils font des pages et des pages d’exercices. Les exercices sont tous différents, les manuels sont bien conçus et adaptés au cours, les 3 manuels sont complémentaires. Les exercices sont beaucoup à compléter directement sur le manuel. Les 2 pages étudiées sont souvent prévues pour être faites en 45 minutes de cours. Le professeur enseigne la leçon, puis les élèves passent à la pratique avec des exercices.

Une leçon se déroule souvent comme suit : 2 pages étudiées pendant le cours, 2 pages à faire à la maison. Et ils corrigent le lendemain, certains exercices sont corrigés avec les élèves qui disent leur réponse à l’oral, et la classe qui valide. Très peu d’exercices sont corrigés au tableau. L’enseignante regarde certains cahiers pendant la correction. Mais c’est aux enfants de se corriger et de suivre. Les dictées sont souvent des dictées d’entraînement avec les élèves qui se corrigent eux-mêmes et se notent eux-mêmes. Le professeur ne relit qu’une fois dans le semestre leur cahier pour savoir s’ils copient ou corrigent bien. Cette méthode a pour avantage de les entraîner à faire des exercices rapidement et pas seulement sur un type d’exercice. Ils sont obligés de tous les faire même s’ils savent qu’ils ne vont pas être tous corrigés. Ils ont un bon apprentissage au travail régulier, à l’efficacité de leur devoir et à l’autonomie. Les enseignants considèrent que pour qu’un enfant rentre au collège il doit être capable de faire ses devoirs tout seul.

Cette méthode a aussi pour avantage de gagner un gain de temps très important qui est réinvesti dans la pratique d’exercice.

Quand le professeur donne les devoirs il n’y a aucune contestation sur le nombre de devoirs. Ils ont même tendance à en demander en plus. (C ’est peut-être aussi dû au respect pour leur professeur.)

Et l’élève n’a pas forcément d’agenda ou de cahier de devoir, beaucoup notent juste sur le manuel concerné. Mais les devoirs sont quasis faits à chaque fois quand même. (En règle générale, j’ai trouvé que les élèves mais aussi tous les adultes rencontrés dans cette ville avaient une bonne mémoire. Mais je ne peux pas faire de lien direct avec l’éducation reçue.)

Au niveau de la lecture, quand il y a une consigne c’est toujours en enfant qui lit pour la classe. Le professeur ne lit que rarement les consignes, et ce dès que c’est possible au niveau de leur lecture (2e). Et à chaque texte étudié, à chaque cours qui ouvre sur la littérature, leur professeur les incite toujours à lire l’œuvre en question. Et comme ils ont une grande bibliothèque de plus de dix mille ouvrages, les enfants vont souvent emprunter pendant la récréation un des livres cités pendant le cours.

Deux autres points qui vont leur donner de l’autonomie :

Dans cette école, il n’y a pas de surveillant pour relever la présence. Ici, ce sont les élèves qui s’occupent de la présence. Un binôme est déchargé de sa journée de cours pour assurer ce rôle. Ils doivent rester en autonomie à l’entrée : conseiller les parents qui passent et passer faire remplir dans chaque classe la feuille de présence pour savoir qui est absent. Et enfin, ce sont eux qui s’occupent de la sonnerie et doivent appuyer sur le bouton pour prévenir de la fin ou du début du cours. Les 4e puis plus tard dans l’année les 3e pour la gestion du matin. Les 8e puis les 7e pour la gestion de l’après midi.

Et quand les enfants arrivent dans l’école, ils vont directement dans la classe ouverte et ils attendent leur professeur. Les enfants s’installent et discutent avec leurs camarades, jouent et patientent sans qu’il y ait de problème. Ils accordent une grande confiance aux enfants (même avant les caméras de surveillance), ils les laissent se déplacer librement dans les couloirs pendant la récréation. Mais l’enseignant descendra toujours avec ses enfants en rang pour la sortie des cours.

d)      Le redoublement

Un élément très positif de ces quatre années, c’est l’absence de redoublement. Puisque le professeur connaît bien l’enfant, s’il y a une réelle difficulté dans un domaine, il va essayer de mettre tout en place pour l’améliorer et cela au cours des quatre ans. Donc l’enfant n’est pas obligé de redoubler. Le redoublement est rarement pratiqué, (utilisé une fois pour un enfant étranger qui n’avait acquis que trop peu de connaissances au cours de l’année.) Du coup le saut de classe est aussi très peu  utilisé car les parents et les élèves veulent rester avec leur enseignante et leur classe.

Les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage,  récupèrent leurs lacunes, grâce à ces quatre années où le professeur peut pendre le temps de mettre en place ce qu’il faut pour approfondir le point difficile. Je n’ai pas vu d’autre dispositif d’aide à part celui là.

 

 

III – Les points essentiels d’une pédagogie

a)      Les cours.

Les cours de 45 minutes me semblent vraiment bons. L’enseignant a un vrai souci de rendre son cours intéressant, interactif et ludique. Il apporte des images de compréhension, (des photos des auteurs), s’il a internet en classe, il projette des éléments qui vont aider à la compréhension. Il va essayer de trouver du matériel qui aidera à la compréhension. Pour exemple en 3e, ils font une course pour des exercices de maths, le premier a appuyer sur la sonnette peut aller le corriger au tableau. Bien sûr, ils ne font pas ça à tous les cours ; mais il y a toujours au moins une fois sur les 4 heures, un moment où  l’enseignant propose quelque chose qui fait plaisir aux élèves. Mais ils ont aussi de très bons manuels qui sont vraiment bien conçus et les aident vraiment dans leur cours. Ils n’ont pas besoin d’imprimer des éléments en plus. La préparation pour le professeur n’est pas trop longue pour ses cours.

La participation est bonne, et le professeur les incite à parler en les valorisant ; Ils lèvent la main pour aller au tableau même s’ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire. Les élèves sont toujours en train de lever la main pour être interrogés, même le plus turbulent ou le plus timide.

b)      Les évaluations

Pour les évaluations, les contrôles sont les mêmes qu’en France. Une feuille à compléter avec les connaissances de l’élève sur la dernière leçon vue. Souvent le professeur explique bien le contrôle pour être sûr qu’il soit bien compris. Il est réalisé en moins d’une demi-heure pour la plupart des élèves. A l’annonce d’un devoir, les élèves ne manifestent pas beaucoup d’inquiétude. Par contre, ils accordent une grande importance au résultat. S’ils n’ont pas « très bien » ou « bien », les larmes arrivent.

c)      Apprentissage de l’écriture

Ce que j’ai vraiment apprécié, c’est la façon dont les enfants apprennent l’écriture. Ils ne commencent qu’en 1e (CP) à apprendre à écrire. La maternelle ne fera que l’apprentissage des reconnaissances des lettres et des chiffres. Ils apprennent d’abords les signes de bases, le trait droit, vertical, horizontal, penché, la vague, la boucle. D’abord l’enseignante introduit le nouveau symbole avec une image qu’ils décrivent ensemble. Puis elle montre au tableau la méthode, ensuite ils prennent leur crayon et ils dessinent dans les airs ensemble plusieurs fois, après, ils le refont dans la main avec un crayon fermé, puis enfin ils commencent à faire des lignes. Deux lignes, puis on passe à autre manuel avec un petit exercice autre, puis encore deux lignes, puis on refait des lignes sur le cahier. Et ils auront encore des lignes à faire chez eux. L’enseignante est très exigeante, elle met du rouge sur les traits mal faits, elle prend la main de l’enfant s’il n’arrive pas, elle met un tampon quand elle a vu et vérifié, et les élèves montrent devant la classe quand ils ont vraiment bien fait. Ainsi ils vont de difficultés en difficultés, après seulement ils commenceront les lettres avec la même méthode mais pas dans l’ordre de l’alphabet, la A, puis le M, puis ils commencent à écrire des mots, avec ces premières lettres, le U, puis le N, … et commence à associer la lecture en même temps, ils ne dissocient pas la lecture de l’écriture. De plus sur leur manuel, le graphisme de la page est vraiment adapté avec beaucoup de repères pour chaque trait appris. Trois lignes et un quadrillage interne pour les lettres penchées. Ces repères évolueront en 2e pour juste 3 lignes, puis en 3e pour juste une ligne. La rigueur et la répétition de la première année peut faire peur mais l’écriture de chaque enfant est vraiment soignée, même au fur et mesure des années, peu de cahiers sont vraiment mal tenus en 4e et collège.

d)      L’apprentissage des mathématiques.

Les mathématiques commencent en 1e avec d’abord un rappel des notions normalement vues en maternelle ; localiser dans l‘espace, comparaison, groupe. Puis ils commencent à voir les chiffres jusqu’à dix, le zéro après le trois. Chaque chiffre est assimilé avec des quantités, puis après ils l’écrivent. Avec ces 10 premiers nombres, ils apprennent les premières additions et soustractions. Ils apprennent les nombre jusqu’à  trente, ils continuent avec des additions et soustraction puis ils découvrent les premiers problèmes. Et ils font la même chose avec les nombres jusqu’à cent. Ils apprennent à écrire les nombres en lettres, puis ils voient leurs premières figures géométriques, les unités de mesures et enfin l’heure.

e)      Les professeurs spécialisés

En primaire les cours de religion, d’anglais et de sport sont assurés chacun par un professeur spécialisé. Ils font les choses vraiment en profondeur. Ainsi leur niveau d’anglais est vraiment bon, le professeur parle tout le temps anglais dès la 3-4e année. (En plus, ils ont la chance de baigner dans un monde anglophone qui les aide beaucoup, les films et séries sont sous-titrés en roumain mais restent en version originale. Les ordinateurs, les jeux informatiques, les téléphones portables, tout reste en anglais.) J’ai eu le témoignage d’une mère qui me disait que leur enfant de 4e, à force de regarder des films, à dit à sa mère : « Mais la traduction roumaine est mauvaise, ce n’est pas ça qu’il a dit en anglais le personnage ! »

f)       L’implication des parents

Dernier point différent, l’implication des parents. Comme les parents sont en relation avec le professeur pendant 4 ans, la relation est vraiment importante. Certains professeurs donnent leur numéro de portable aux parents. C’est souvent les parents qui organisent les excursions scolaires (transports, réservations, visites …) Mais ils y a toujours des parents avec qui ça se passe moins bien, qui veulent plus pour leur enfant, ou qui sont fermés au dialogue.

 

 

IV – Synthèse

Pour la synthèse, l’interview posée à plusieurs groupe de 8e permet de dégager une bonne idée générale de comment est vécu ce système. On ne peut pas faire une bonne synthèse sans émettre quelques points négatifs pertinents et constructifs. Et enfin un bilan personnel qui me servira beaucoup pour plus tard mais que je suis ravi de vous faire partager.

a)      Interview des 8e (correspondant au 4e français.)

Beaucoup aiment l’école en particulier leur école. Ils ont tous bien aimé avoir 4 ans le même professeur et ils trouvent ça même plutôt choquant de changer tous les ans, puisque « quand on est petit, on a besoin de repère et d’affection ! » L’arrivée au collège leur a fait un peu peur mais elle a été bien accompagnée par les professeurs.

Ils m’ont partagé un manque de pratique dans certaines matières telles que la physique, la biologie, la chimie, ils ont une salle informatique mais ils trouvent ne pas l’utiliser assez. Et aussi que ça fait long pour certains de rester 8 ans dans la même école avec la même classe.

La matière préférée change souvent d’une classe à l’autre (et donc ça dépend un peu des professeurs qu’ils ont) mais ils ne rejettent pas une matière en particulier.

Ils trouvent qu’ils ont beaucoup de travail et qu’ils travaillent tout le temps. Certains disent n’y passer qu’une heure pendant que d’autres y passent 3-4 heures avec des exercices supplémentaires et des cours particuliers. Quand je leur demande ce qu’ils font avant ou après l’école, la réponse est « leurs devoirs ». Quand je fouille, ils avouent avoir heureusement d’autres activités : lecture, dessin, peinture, musique, chant, passer du temps avec les copains, sport et bien évidemment, ordinateur et facebook.

Quand je leur pose la question de ce qu’ils veulent faire plus tard, beaucoup n’y ont jamais réfléchi et quand ils répondent c’est pour être : médecins, architecte, avocat, designer, vétérinaire, chanteur, actrice et même président de la république de Roumanie, j’ai eu aussi un professeur d’astronomie à l’université d’Harvard. J’ai eu juste deux informaticiens et un professeur. Avec un forte envie générale de travailler dans les autres pays et d’y étudier puisqu’ils me disent que le lycée et l’université ne les enchantent guère en Roumanie.

Quand je leur demande s’ils ont des rêves ils me répondent souvent le métier qu’ils viennent de me citer, certain me diront quand même, faire un tour du monde, posséder un centre équestre ou découvrir une formule comme Einstein. Ainsi j’en déduis qu’ils manquent un peu d’ancrage dans l’orientation de leur futur métier même s’ils sont encore jeunes. Ils ne savent pas quelles matières ils ont besoin d’approfondir pour leur futur métier. Certains m’ont déclaré ne pas aimer les maths et la physique nécessaires pour devenir médecin.

Quand je leur demande s’ils pensent que les écoles dans les autres pays sont mieux ils me répondent unanimement que « oui ». Certains pensent à l’Allemagne, la Finlande, ou l’Angleterre.

b)      Points négatif du système :

-          Le professeur pendant 4 ans est à double tranchant, ça comporte de très bons avantages mais si le professeur n’est pas bienveillant,  les enfants peuvent accumuler des retards.

-          La compétitivité de l’anglais pour le concours d’entrée en collège pour avoir les places d’anglais renforcé. Les enfants n’en sont pas forcement conscients mais les parents leur donnent en primaire des cours particulier pour qu’ils réussissent ce concours pensant que l’élève aura une meilleur formation.

-          Le fait d’avoir les primaires et collèges dans les mêmes salles ne permet pas à chaque classe de vraiment personnaliser sa salle qui reste un peu décorée mais manque de vie.

-          Le salaire des professeurs n’encourage pas à devenir professeur et ne valorise pas du tout le travail réalisé par les professeurs actuels.

-          Le plus gros défaut est une tendance à vouloir copier le système français : en instaurant la classe zéro (une classe avant la 1e,  se voulant être notre Grande Section française ramenée dans les bâtiments de l’école primaire,) en créant une seule matière physique-chimie, et d’autres points …

c)      Bilan personnel

Un très bon primaire mis en valeur par un rythme adapté et un suivi pendant quatre ans où les élèves acquièrent vraiment une éducation des valeurs, de l’autonomie, et une capacité de travail importante. Malgré un manque de pratique, ils possèdent vraiment un bon niveau. Le tout servi par une très bonne formation des professeurs qui ont eu quatre ans d’étude et une formation continue avec les grades à passer ce qui leur permet vraiment de donner à ces enfants en quatre années de primaire et de collège, de vrais potentiels de travail. Mais ils leur manque un ancrage dans la réalité au niveau de l’orientation des jeunes, ainsi qu’un enseignement supérieur plus efficace. Ils perdent malheureusement beaucoup des potentiels formés, un jeune me déclarera être manager dans un restaurant avec son master de chimie, d’où l’envie des jeunes de partir étudier dans les autres pays grâce à leur bon niveau d’anglais.

Mais je reste très agréablement surpris par ce système qui reste pour moi une référence au niveau du primaire et je suis sûr que je m’en inspirerai plus tard.

 

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