Jeudi 6 décembre : Chut ! Le film a commencé

Je me lève à peine que Père Brendan vient me chercher pour prendre le thé. En moins d’une minute, je suis devant ma tasse. Je ne peux laisser transparaitre  mon plaisir de boire ce thé. Ça interpelle père Brendan, je lui demande comment ils le font, il me dit que ça dépend de celui qui le fait. Paulus, le cuisinier est vraiment très bon, et que si je veux apprendre comment faire ce thé, il me faut Paulus. En tout cas, j’apprécie vraiment le thé du matin.

Je pars pour l’école, je retrouve les élèves, la prof aura du retard et repartira avec des élèves pour un examen, une autre professeur leur donne du travail (recopier les réponses aux questions, déjà copiées des deux dernières leçons) quand la prof revient elle les laisse continuer, elle finit de remplir des documents de fin de période. Ils n’auront pas de cours avant la récréation. Elle a écrit « English » au tableau, moi j’obéis, je sors mon cahier d’anglais et j’occupe le temps en apprenant du vocabulaire. Mais j’avoue être un peu frustré d’avoir dit à l’enseignante de faire comme elle fait d’habitude. 2h30 à copier ce qu’ils ont déjà copié, certes je découvre un autre fonctionnement et donc j’apprends mais je préfère quand même quand l’enseignant donne un cours. J’ai aussi eu le temps de regarder leur manuel, mais j’étais obligé de continuer la « rébellion du silence », avec les enfants qui s’ennuient et qui se tournent vers moi. Ça a l’avantage de créer une vraie complicité.

A la récréation, je goûte les plats des professeurs toujours très bons, j’essaye de comprendre ce qu’elles disent mais leur anglais est vraiment rapide et avec leur accent, je suis perdu. Je comble le temps en regardant comment elles sont habillées. Quasis toutes le même style indien, un robe en tissu fin et coloré avec en dessous un pantalon fin large de la même couleur que le foulard qu’elles posent autour du coup. Un agencement des couleurs très beau, j’aime beaucoup leur style. Je remarque aussi qu’elles ont toutes un collier mais aussi un chapelet autour du cou.

Ça sonne, je demande enfin si je peux filmer et sortir ma caméra. Positif, là je n’ai pas perdu ma matinée. En plus, elle leur fait un cours de science, je filme, elle leur donne quelques consignes à propos de ma caméra. Les enfants, très curieux, sont très sympas et restent naturels sans trop se retourner vers moi. Le cours de sciences reflète vraiment ce que j’ai pu voir jusqu’à présent.

Puis s’enchaîne le cours de religion avec la sœur, là ce n’est pas la même autorité. Autant dire que c’est le bazar, mais elle arrive avec patience à avancer et faire ce qu’elle avait prévu. Ils finissent en chantant, et là, je me dis que ces enfants ne sont pas malheureux. Je filme.

Leur enseignante revient, ils finissent par copier des tables, et quelques chansons. Ça sonne, je filme le rituel de fin. On se quitte. J’en profite d’avoir ma camera à la main, pour filmer les bâtiments vides. Et je rejoins père Brendan. Il me dit de venir dans son bureau.

Je comprends qu’on s’était mal compris, j’attendais père Brendan pour refaire la préparation du spectacle, qui m’avait dit qu’il passerait peut-être mais que je devais faire mon cours quand même. Demain, j’ai compris, je continue les cours avec ou sans lui. Notre conversation continue pour parler de mon programme des autres semaines, une semaine avec les 1e année, une semaine de collège, on parle de leur système de notation, les matières mais aussi le comportement avec soi-même, les autres, et l’environnement, de redoublement qu’ils n’ont pas ici, l’autorité et les punitions chez eux et en France. Ici, ils ne punissent plus (avant ils pouvaient utiliser la baguette, maintenant ce n’est que le dialogue, pas de système de retenue, ou d’exclusion définitive). Il me demande comment je trouve leur système, je lui dis que je n’ai pas d’éléments suffisants pour répondre déjà maintenant, mais en tous cas, c’est sûr que j’apprends sur l’autorité, qui est très importante pour tenir des classes de 50 élèves.

On part manger, avant, on observe les élèves qui ont sport et danse dans la cour. Pour le sport, le volley et le cricket s’autogèrent très bien. Pour la danse (indienne), le niveau est très bon pour des collégiens, je ne pourrais en faire autant avec mes 30 petits (mais ce n’est pas ce qu’on me demande heureusement.) A la fin de leur danse, le jeune, mon copain, « Unmuch » avec qui j’avais sympathisé le samedi à la sortie, me retrouve et il est toujours content de me revoir, il me demande ce que je fais, si je peux venir après. On va essayer de se programmer quelque chose.

Après le repas, je rentre dans ma chambre et écrit des mails d’avance, je retrouve père Brendan pour le thé, et là il me demande si je trouve que le thé est pareil que ce matin, je lui répond que « non, j’avais remarquer qu’ils étaient différents au cours de la journée », il m’explique que celui du matin est avec du lait de « buffalo » (qui veut dire buffle, donc deux surprises, il y a des buffles en Inde, et le lait de buffle se traie et se boit) et le thé du 4 heures est fait avec du lait de vache (et sans sucre.) C’est pour ça que je préfère le thé du matin, ça va être dur d’essayer de le refaire en France s’il faut du lait de buffle.

Je pars avec lui à son bureau pour avoir internet, je réponds aux mails, aux commentaires,  je rajoute des vidéos, et je prépare mon spectacle en récupérant des musiques, je traduis ma chanson, je prends des nouvelles de ma famille, de mes amis. Ça va très vite. Le soleil est couché. Je rentre. Je prends ma douche, là encore ça frappe. Une fois fini et habillé, je vais voir : c’est le cuisinier qui m’apportait le snack. Il me donne les deux assiettes, des genres de mise en bouche avec une sauce, je rentre dans ma chambre avec les deux plats, avec le sourire d’un enfant très content d’avoir cette chance.

Je travaille jusqu’au repas qu’on mangera devant la télé, père Alex m’invite demain à voir la compétition de dance de « lézime », j’ai hâte de voir ça. En attendant, je retourne dans ma chambre, je prépare encore quelques danses pour demain, et je me couche. À demain.

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