Après la messe, on mange rapidement pour partir avec les frères à Masaka. Un frère me prévient que c’est à 125 km, je comprends qu’on ne mettra pas une heure mais au moins deux. Je me retrouve dans une Toyota au milieu de deux costaux noirs sur la banquette arrière. Je suis un peu serré, dur de jouer des épaules. On est parti comme ça.
Ainsi après plus d’une semaine dans ce charmant petit coin de la maison des frères, je découvre autre chose que la route de mon premier jour aéroport-Kisubi. J’observe, et je découvre. La route est jonchée de petits magasins sur de nombreux kilomètres. Ici, on fait tout devant son magasin, sa lessive, sa nourriture, sa causette. Avec les grandes annonces publicitaires, on retrouve : Orange, Total, Ariel, OMO, … Beaucoup de magasins pour les matières premières : briques, bois, fer et l’artisanat simple : ferronnerie, meubles, instruments de musique, vêtements … Avec toujours cette confiance, de laisser des articles ou des échoppes sans surveillance. Beaucoup de ventes de nourriture : ici les bananes, on les achète en cinquantaine en « grappe d’origine ». La boucherie se fait avec les mouches, et les fruits sont d’une grande diversité. Je suis surpris de voir sur une route au milieu de nulle part des petites échoppes en bois où le gars tend le bras sur la route pour montrer les gros poissons qu’il a à vendre.
Sinon, on traverse aussi des grandes étendues de nature, je découvre un paysage très vert et des grands champs de bananiers. Sur la route à certains endroits, il y a pleins de personnes qui se précipitent aux fenêtres des gens qui s’arrêtent pour leur vendre des fruits, des bouteilles, des cacahuètes … ils sont à 7-8 sur une voiture. Au moins tu as du choix et tu n’as pas besoin de sortir de ta voiture. Sur la route, si tu n’as pas de véhicule, tu utilises ces vans taxis, plus étroits que ceux du Pérou, ils s’entassent tout autant. On rencontre pas mal de travaux, mais ici, on circule en même temps qu’ils travaillent, ça soulève pas mal de poussière de cette terre rouge et on roule doucement mais ça n’a pas l’air de gêner plus que ça. Ici aussi, ils ont des moyens et des machines pour faire les routes, juste qu’ils n’ont pas fini d’aménager le réseau. Je serai surpris de voir une femme conduire un de ces gros rouleaux compresseurs. Je me suis dit que je n’en ai jamais vu en France. Avec les travaux, et les dos-d’âne qu’il y a en abondance dès qu’on traverse une ville, on ne roule pas à 120 km/h, on met plus de deux heures, et quand je commence à m’impatienter, je vois un panneau indiquant encore 77km. Je commence à me demander si ça valait le coup puisque je ne profite du paysage que par la fenêtre.
Mais j’aurai ma réponse quelques kilomètres plus loin, on s’arrête et le frère Gérald qui conduit me dit qu’on vient de franchir … l’équateur. On sort, je vois en effet la ligne et le petit monument la mettant en valeur. Je n’en crois pas mes yeux. Je n’avais pas réalisé que l’Ouganda était coupé par l’équateur et encore moins que j’irai le voir. Pour une surprise, c’est une surprise. Je mets un pied sur l’hémisphère Sud et l’hémisphère Nord. C’est bête mais tellement improbable. Je fais des photos. Rien que pour ça, ça valait le coup toute cette route. Beaucoup de magasins touristiques pour l’occasion, des anglais bien blancs comme moi, viennent aussi faire leur photo. De l’autre côté de la route, il y a un homme qui montre la fameuse loi de Coriolis, comme quoi quand l’eau s’écoule dans un évier, elle tourne dans un sens dans un hémisphère et dans l’autre sens dans l’autre hémisphère. Là, je me rappelle de mon prof de sciences de L3 qui me disait que c’était vraiment dans un cas très extrême mais que ça dépendait surtout de la forme de l’évier. Et quand je vois ce qu’il a comme genre d’évier. Je doute de la véracité de son expérience surtout au prix où il fait payer ça. Avec les frères, dès qu’on comprend qu’il faut payer, on reprendra la route. On roulera quatre heures avant de finalement arriver. Ici, la vitesse moyenne est plutôt de 60km/h (comme mon ami me l’a précisé hier) plutôt que 110km/h.
Une fois arrivés dans la ville, on ira dans un petit restaurant. Buffet mais je retrouve les mêmes plats que chez les frères. On reprend la route, on va à un enterrement d’un frère. Ainsi, je vais pouvoir découvrir comment ça se passe ici. Et en effet, c’est différent. On ne va pas dans une église mais au lieu où habite la personne. Il habite dans la campagne avec 10 minutes de piste dans un champ de bananes. Le cercueil est devant la maison, tout le monde est rassemblé, il y a beaucoup de monde, ils ont installé une sono, et des fauteuils en plastique. Je suis considéré comme un frère, donc j’ai droit à un siège à l’ombre pendant que beaucoup s’assoient sur l’herbe au soleil. Une messe normale mais en … Uganda. Ça faisait longtemps que je n’avais rien compris pendant une messe (depuis, le Japon, je crois). Mais les chants sont beaux, et ils ont l’habitude que tout le monde chante à plusieurs voix. Après la messe, ils font des remerciements, des témoignages, des lectures des lettres de condoléances de ceux qui n’ont pas pu venir mais, il n’y a pas de tristesse que se lit sur le visage des gens rassemblés. Une bénédiction et le rituel, puis on porte le cercueil pour l’enterrer dans … le jardin ou plutôt ici dans le champ de bananier. Je pose la question. Ici, il n’y a que les prêtres qui ont des cimetières pour eux, sinon, c’est dans la nature. Comme quoi, on aura toujours des surprises.
La deuxième partie a duré plus longtemps, il est déjà l’heure de rentrer. Ha ! En fait, on est à trente kilomètres de la Tanzanie. Sur le retour, même chose qu’à l’aller. On s’arrêtera juste pour prendre un goûter avec ces fameux gens qui sont sur le bord de la route. Des bananes frites chaudes et des cacahuètes cuites à l’eau. Malheureusement, trop de nuage pour avoir un coucher de soleil. Mais dès que la nuit commence à tomber, je prends peur. Rouler dans les travaux avec la poussière, on ne voit pas les voitures arriver en face. Les doublements sont à la Péruvienne, ça passe toujours mais de justesse. Quand on traverse une ville, les piétons fous qui essayent de traverser la chaussée se voient au dernier moment. Ils en ont l’habitude mais pas moi, je préfère essayer de dormir et de ne pas voir. Encore un pays où je ne suis pas prêt de prendre un véhicule. Il s’était trompé pour le temps d’aller, mais il a eu pile juste sur le l’heure du retour, il est neuf heures. Tout le monde descend !
Je vais dans ma chambre poser mes affaires puis je suppose qu’on doit se retrouver pour le repas, je vais voir dans la salle à manger. Personne, les cuisinières me disent que je peux m’installer et commencer à manger. Les autres frères qui étaient avec moi ne viendront pas, je prends le temps de discuter avec les cuisinières qui sont très sympas. On parle un peu de tout, et elles aussi veulent savoir quand est-ce que je reviens.
Je rentre, et je ne tarde pas, les 8 heures dans une journée coincé entre deux costaux à l’arrière de voiture c’est finalement crevant, mais ça valait le coup, j’ai vu l’équateur. A demain.









