Samedi 10 août : En vrai professeur !

Je retourne à l’école avec mes P7, je les retrouve pour un cours de mathématiques, où ils continuent les corrections. Puis cours d’anglais, le professeur fera plus un cours de tuteur, pour affronter la série d’examens de la semaine prochaine. Et c’est déjà la récré. Je rencontre la sœur qui parle français qui m’explique qu’aujourd’hui, on ne pourra pas visiter puisqu’elle a un temps de formation avec les autres professeurs. On en profiter pour discuter et réviser son français.

Ça sonne, je retourne en classe. Leur professeur titulaire passe juste pour leur dire qu’il n’y a plus de cours ce matin à cause de la formation. Et il se tourne vers moi et me demande si je veux leur enseigner. Directement je pense à mon questionnaire sur l’école. Je lui explique et lui demande si c’est possible, pas de souci, il va me chercher des feuilles. Ainsi, j’explique aux enfants s’ils sont d’accord de participer à l’enquête des enfants du monde. Ils me répondent oui avec un grand sourire. Je prends juste cinq minutes pour aller chercher mon PC, pour leur écrire au tableau le questionnaire en question. Ils distribuent les feuilles blanches, je prends la craie, et je suis parti. La classe est relativement silencieuse. Ils ont l’habitude de travailler comme ça. Je copie les 25 questions et je remplis mon premier tableau noir d’école que les enfants copient. Il faut que je vienne en Ouganda, pour écrire mon premier tableau ! Les enfants arrivent à me relire, il faut dire que je me suis appliqué ! Ils répondent aux questions  sérieusement, j’ai hâte de lire leurs réponses.

Puis, comme ça leur demande du temps, j’ai le temps de m’occuper avec mon ordinateur, tel un vrai professeur. Le niveau d’écriture n’est pas le même mais déjà certains commencent à me rendre leur copie. Je commence à lire, et je vois que le travail a été fait très sérieusement. La discipline mise en place par l’école est vraiment bonne. Certaines réponses m’amusent : quand je leur demande « te sens tu valorisé ou dévalorisé à l’école ? » Certains me répondent oui. Et puis, je remarque que le football est l’un des rêves de ces petits gars et enfin, je ne comprends pas quand je demande « combien de temps tu mets pour venir à l’école ? », certains me répondent trois semaines. Il me faut des explications, mais comme c’est anonyme, je ne peux retrouver l’enfant, il faut que je demande aux professeurs.

Très vite, une majorité a fini, la classe s’agite et moi j’ai très envie de continuer à enseigner … tant qu’à faire. Je demande l’attention (que j’obtiens très rapidement, très disciplinés ces enfants, je rappelle que je suis devant 60 garçons de 14 ans !) je leur propose une leçon de musique. Je conquiers tout le monde. Tout le monde retourne à sa place et fait silence. Cet instant est magique. Ils ne savent pas du tout à quoi s’attendre mais ils ont tellement de désirs dans les yeux. Je leur propose d’apprendre un rythme corporel, je fais exprès de le jouer la première fois super rapidement pour montrer qu’il est dur mais qu’il est trop classe. Quand je finis, ils réagissent comme si ça va être impossible mais en même temps ils ont très envie de l’apprendre. Je les rassure, étape par étape, lentement et déjà en 5 minutes, ils ont le truc. Pour certains je trouve quand même qu’ils galèrent bien, mais le groupe ensemble ça rend trop bien. Je complique le rythme au fur et mesure pour le rendre plus sympa. Ils apprécient tellement que même les P7 de la classe d’à côté, se greffent style de rien au groupe. Je ne sais pas combien ils sont mais au final, ils gèrent vraiment bien. Moi aussi, je suis fier de moi, puisque j’ai su bien leur expliquer en anglais, et garder leur attention. La classe d’à côté doit repartir. Je propose à « mes P7 » de filmer ce qu’on vient d’apprendre. La deuxième sera parfaite.

On a encore du temps, je leur propose d’apprendre encore un deuxième rythme, le fameux « give me one » fait en Roumanie et en Inde. Là, on a besoin des tables, chacun retourne à son pupitre. Je les impressionne encore avec la démo, mais pareil, en décomposant bien, ils apprennent très vite. Pareil, on finit par une petite vidéo. Ils ont trop la classe.

Il reste cinq minutes avant d’aller manger, je leur demande maintenant que ce soit eux qui m’apprennent une chanson. Pas de souci, ils sont tous partants, c’est un peu plus bruyant, on écoute le premier qui n’aura pas peur et qui dansera en même temps. Très courageux ce jeune, au début les autres critiqueront son choix de chanson mais au final tout le monde sera à chanter avec lui. La chanson en « Uganda » est bien sympa et rythmée. Dur de réussir à en entendre une autre. Pour aujourd’hui, on s’arrêtera là, mais je crois que j’ai trouvé ma chanson. Ça sonne, je les autorise à aller manger, mais beaucoup veulent rester, dans l’espoir que je leur apprenne autre chose. Obligé de les pousser gentiment, sortis, ils me remercieront.

Je me dirige vers la salle des professeurs. Aujourd’hui, c’est un repas spécial dû à la formation. Je découvre avec plaisir la crème violette de cacahuètes qui rajoute du goût au Matooké. Et je découvre un soda d’ici à l’ananas, très frais. Le repas sera en véritable silence comparé à d’habitude. Je discute avec quelques professeurs puis ça sonne, même si c’est le samedi après midi, les enfants retournent en classe, pour faire le chapelet et pour faire l’étude personnelle gérée par eux même jusqu’à l’heure de la récré. Un professeur me dit que je peux continuer à enseigner et à faire le tour des classes si je veux. Je suis trop fatigué même si l’idée me plaît bien. Peut-être la semaine prochaine. Mais maintenant, j’y vais.

Je me pose dans ma chambre, je veux me faire une sieste mais je prends mes copies avec moi dans mon lit. Je commence à lire, et je suis agréablement surpris par les réponses, qui me permettent d’avoir une meilleure image de leur école. Je vais être obligé d’en faire un résumé que je mettrai sur mon site tellement c’est riche (60 copies quand même !) Mais voici quand même quelques perles qui m’ont bien fait sourire tout seul dans ma chambre. Quand je leur demande leur rêve plusieurs m’ont répondu, devenir prêtre et … Pape ! Donc, dans la classe il y a au moins 3 futurs papes, je pense que dans quelques années le prochain Pape sera Ougandais. Quand je leur demande « qui sont vos amis ? (famille, voisins, écoles …) » un répondra ; Lancelot BARRY. Qu’il est mignon ! Quand je demande « combien de temps vous mettez pour venir à l’école ? » un me précisera : 2h30 à 60km/h, j’ai adoré ! Un autre a rajouté une question en me mettant « mon joueur de foot préféré ? Patrice Evra. » Nos joueurs Français les font rêver. Enfin, quand je leur demande « qu’est-ce qu’ils veulent faire plus tard ? » Un a répondu « comme vous, journaliste ! » Pourquoi pas !

Sinon, je continue jusqu’au bout mon rôle de professeur et j’examine les 60 copies. J’espère ne jamais avoir une classe de 60 élèves, obligé de faire une sieste à la moitié. Mais c’est tellement intéressant, et quand je leur ai demandé d’arrêter ce matin pour commencer le cours de musiques, les derniers tenaient vraiment à finir. Alors comme ça avait de l’importance pour eux, j’accorde de l’importance pour toutes les copies. Une fois fait, je vais me prendre un petit thé pour couper mon après-midi. Et je finis la soirée en travaillant pour mes chers amis scouts à qui j’avais promis un travail. Au repas le frère Gérald m’invitera à venir avec eux demain à Masaka, ils en ont pour la journée mais il me dit qu’il y en a que pour une heure de route. Je n’ai plus que deux week-ends si je veux visiter un peu le pays, j’accepte. Je travaille tard et je me couche. A demain.

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