Je pense avoir réussi à dormir pendant 4 bonnes heures. Je me réveille avec l’agitation qui reprend. Je retrouve les enfants qui me demandent si j’ai bien dormi. Je me rendors un peu, puis je prends mon petit-déjeuner biscuit eau et j’assiste depuis mon perchoir au défilé incessant des vendeurs de train : vendeurs de fruits, de thés, de sandwichs, de petit repas locaux, de confiseries, de cacahuète, de boissons, de coloriages, de peignes qui passent et repassent en criant : les vendeurs de glace Miko sur les plages, c’est de la gnognote à côté ! Un vendeur de thé a une voix de zombie et fait peur à chaque passage, les enfants eux s’amusent à embêter les vendeurs en répétant ce qu’ils disent ou en disant qu’ils en veulent pour rigoler. Il y a aussi des handicapés et des pauvres qui passent en faisant la quête, et le plus surprenant : des femmes bien maquillées (ou des travesties, je ne sais pas ! sans doute des « hijras » groupe social indien de longue tradition, travestis qui se prostituent pour vivre me dit-on) qui passent et claquent dans les mains et les hommes doivent donner des sous pour le simple plaisir des yeux. Au final qu’est ce que j’étais content de pouvoir échapper à toutes ces demandes d’argent inaccessible sur mon refuge des hauteurs. Même si les familles voulaient m’offrir ce qu’ils achetaient. Ils ont quand même dépensé pour plus de 50 à 100 rupees par personne, puisque quand un membre de la famille ne trouvait pas ça intéressant, c’était un autre qui revenait avec.
Pour passer le temps, j’écris, sous (euh … sur) les yeux intrigués des familles. Un enfant me demande s’il peut écrire, je lui donne de quoi, mais après juste le temps qu’il m’ait écrit l’alphabet romain, ses parents qui viennent de remarquer lui demandent de me redonner directement les affaires. Les enfants sont très accessibles mais les parents restent très méfiants quand il s’agit de leur enfant. Je continue d’écrire, je mange, et là je me dis, que je ne vais pas passer toute la journée là-haut, surtout qu’il a l’air de faire beau dehors, je n’ai toujours pas pu regarder par la fenêtre le paysage. Je descends de mon nid, la famille m’invite à m’assoir à côté d’eux pour regarder par la fenêtre, le paysage est toujours aussi agréable à regarder, surtout quand on passe sur des ponts enjambant des fleuves. Je me pose, on commence à discuter avec le gars de 12 ans qui parle anglais, les parents ont toujours l’air méfiant parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on se dit. On échange nos prénoms, nos pays, nos langues, il m’apprend quelques mots en Hindi, que j’ai déjà oublié. Je passe un bon moment jusqu’à ce qu’une pauvre vienne me demander des sous, je dis que je n’ai pas de money et je remonte.
Le passage incessant reprend, il est midi, je mange, et je me repose. Pendant ma sieste, la famille avec les enfants partira. On se rapproche de Bombay, le train commence à se vider à chaque station. J’ai de la place dans le box d’à côté, je descends mes affaires. Je me pose et regarde longuement par la fenêtre en écoutant mes cours audio d’anglais avec mon Mp3 et ne prête plus attention au défilé des vendeurs.
Je vois que l’on passe à la gare de Vasai sans s’arrêter. Dommage c’est là que je dois m’arrêter, obligé de revenir dans l’autre sens. Quand je vois la distance et la route qu’il y a entre Bombay et Vasai. Je comprends qu’il est plus judicieux de prendre un train qu’un taxi. Je me renseigne avec les voyageurs restant où il le plus intéressant que je m’arrête pour aller dans l’autre sens : « Bandras, c’est le mieux ». J’attends. Le défilé des vendeurs se termine par un gars qui balaie chaque box avec son petit balai contre quelques pièces. J’arrive à Bandras. Je me charge de mes sacs. Prochaine mission Vasai.
Je descends, me dirige vers la sortie, à peine sorti et à peine en haut des escaliers qu’un chauffeur de toc-toc, m’a repéré. Je lui demande juste où est la station de trains locaux, sa réponse est « ok, monte ! » je négocie le prix, il me transporte sur 500 mètres et me fera payer 130 roupie. On ne peut pas gagner à tous les coûts. Je découvre la station, je fais la queue pour les billets, beaucoup de monde qui me regarde. Au guichet, je ne paye que 10 roupies pour la deuxième classe, ça c’est bien. Par contre, les vendeurs ont une bizarre tendance à te lancer vivement la monnaie et les tickets.
Je pose le pied sur le quai numéro 4, même pas le temps d’attendre que je me fais entraîner par une vague de gens dans le wagon arrivé. Pas mal de monde, ici on roule les portes ouvertes avec beaucoup de gens à la porte les cheveux au vent. A la station suivante, c’est encore plus de gens qui montent qui ne descendent. On commence à être serrés et mes sacs pèsent lourds sur les épaules. Avant la station suivante, je profite du léger espace pour poser mes sacs et m’asseoir dessus. Je fais bien car à la station suivante, c’est la folie. Une vague de gens qui veulent entrer alors qu’il n’y a plus de place. Mais ils forcent en s’aidant des poignées suspendues, en s’accrochant de poignées en poignées en poussant tout le monde, et ils doivent se dépêcher parce qu’il y en a derrière qui se sont mal accrochés au train qui avance et qui aimeraient bien pouvoir entrer. J’assiste à cette scène collé avec mes sacs au bon endroit. Elle doit se répéter tous les jours. Ici, c’est encore plus sport, que les métros parisiens. Plus tard on me dira que ce n’était même pas encore l’heure de pointe. Collé à un homme, il me dit quand je dois descendre, Vasai est la prochaine station. Je me prépare à la descente qui devrai être sport, je n’ai pas envie de continuer sur ce rail. Ma seule peur, c’est de laisser un sac dans le wagon, je le tiens d’une main bien ferme. Les gens devant moi descendent eux aussi à la prochaine. Le train ralenti, les gens commencent à descendre. Je les suis avec mon sac. Ça pousse un peu mais c’est bon je suis dehors à Vasai.
Prochaine mission : la maison de l’archevêque, le lieu où est mon contact trouvé il y a trois semaines. Je sors, mon intuition me dit vers l’ouest (près de la mer). Première chose je m’achète une bouteille d’eau et des bananes. Je les mange mais quand je veux jeter les peaux de bananes, un gars à côté de moi qui veut m’aider me dit de les jeter par terre, je lui montre la benne à 10 mètres, il insiste pour que je les jette par terre. Bon, je suis prêt, je vais vers un toctoc, je lui montre l’adresse, il connaît, il m’emmène. J’essaye de mémoriser la route au cas où, c’est facile, c’est tout droit puis à gauche. Il rentre dans l’allée et on arrive devant l’archevêché. Une personne à l’accueil ne parlant pas anglais, va chercher un prêtre pour m’aider. Je lui explique la situation, je suis le bienvenue même s’il n’était pas au courant. Il m’installe dans la salle d’attente, m’offre un thé en attendant l’archevêque. Je peux enfin me poser.
Le prêtre revient en me demande d’expliquer un peu plus ma situation, on a du mal à se comprendre, il appelle l’archevêque avec son portable, il me le passe. L’archevêque est très content que je sois arrivé, il me dit qu’il n’y a pas de souci, et je vais pouvoir m’installer pour deux jours. Ainsi, le prêtre me montre ma chambre, je découvre le bâtiment qui est super, ma chambre aussi, dommage que je ne reste que deux jours. Ainsi, c’est tong et sandale à volonté, je me lave les pieds et c’est partie Je me pose jusqu’à ce qu’on vienne me chercher pour rencontrer l’archevêque qui est arrivé. Il me reçoit dans son bureau, on prend le temps de parler, je lui raconte mon périple, il me confirme qu’il y a eu certains abus envers des touristes et que je n’aurais pas du payer autant, il est très content que je sois catholique, il aime beaucoup mon projet. Il aime beaucoup mon prénom, mais au final il me présente comme « Laneci » qui est beaucoup plus facile à prononcer pour eux. Il me dit que maintenant il va me trouver ce qu’il me faut, une école qui peut m’accueillir et un hébergement. Il me présente au prêtre qui m’a accueilli, ce dernier me présentera les lieux, les horaires et les habitudes.
Je retourne dans ma chambre et les retrouverai pour le repas. Je découvre les autres prêtres qui sont très contents de m’accueillir aussi. Au repas, on parlera de mon projet, de mon trajet, le fait que je sois catholique et de la nourriture indienne. On mange autour d’une table ronde, ils ont un cuisinier, les plats garde-chaleur sont sur la table, chacun se sert comme il a envie, bien-sûr on peut manger avec les mains. (Depuis le temps que j’attendais ça.) Le repas est bon, soupe de poisson, rissolé épicé de légumes et un pain-crêpe qu’on appelle chappattis. On finit sur de la papaye.
On se quitte, demain rendez-vous 7 heures pour la messe. Je rentre dans ma chambre et je me prends une bonne douche indienne. Ici, dans cette salle de bain personnelle, il n’y a pas de pomme de douche, juste un seau et un pichet. Je comprends que c’est un peu à la scoute mais ça va, il y a de l’eau chaude. Après ça et ma longue journée, je n’ai qu’une seule envie, c’est de me coucher. Le matelas est confortable, c’est un lit à rideau mais à la place c’est une moustiquaire. Je n’en vois pas, je ne la mets pas, mais pendant la nuit j’y serai obligé. A demain.









