Lundi 5 août : une journée comme je les aime !

Un petit déjeuner avec les frères et je suis directement parti pour l’école. Il pleut fort, il y a même de l’orage, j’enfile malheureusement (ça faisait longtemps !) mes grosses chaussures et mon manteau. Je retrouve ma classe qui est toujours toute contente de me retrouver. Ils sont en cours de math, la prof commence par des comptines pour réviser les nombres. Puis même s’ils n’ont que 6 ans elle débute avec eux les multiplications. On s’intéresse d’abords au pourquoi 3×4= c’est des paquets de 3, quatre fois et on dessine et on compte avant d’apprendre les tables. J’aime bien leur méthode : dans leur cahier, ils copieront deux exemples, et exécuterons que deux autres petites exercices. C’est simple et rapide, mais c’est vraiment la méthode de reprendre plusieurs fois en augmentant un peu la difficulté à chaque fois qui permet un niveau homogène à la classe. Si ce n’est le rythme d’écriture et l’attention, pas d’enfants avec des difficultés. Du moins pour cette classe observée.

S’en suit le cours d’anglais, de sciences sociales (les dangers du soleil encore aujourd’hui) avant la récré. Petit thé avec les professeurs, cours de sciences, d’écriture et normalement c’était un cours de musique mais il a été remplacé par encore un cours de sciences. Dommage !

Ce matin, j’ai pu commencer à filmer, d’abord discrètement pour ne pas gêner le prof que j’avais prévenu. Mais dès qu’il y en a un qui repère la caméra, ça se répand très vite. Ils sont quand même sympa de rester le plus souvent naturel parce que je leur demande. Mais je sens qu’il y en a qui ferait de bons acteurs devant la caméra. De plus, à force de rester dans la même classe, je sympathise, j’en ai plusieurs qui aiment bien me montrer leur travail et m’entendre leur dire « perfect, it’s good ! ». J’ai aussi mon ami Kato, avec qui on s’amuse bien par des clins d’œil, des sourires, des petites taquineries…

C’est l’heure du déjeuner, aujourd’hui, je mange avec les enseignants. C’est plus sympa même si le menu est plus simple, on a le même repas que les enfants : riz – haricot (c’est presque brésilien mais ce n’est pas la même façon de cuire les haricots.) Après mon repas, je veux voir comment se passe le repas pour les enfants.

Je me balade dans l’établissement, un dortoir est ouvert et vide. Une multitude de lits superposés à trois étages, avec rien qui ne traîne par terre. Toutes les affaires personnelles des enfants doivent tenir sur leur lit qui est impeccablement fait et rangé pour la plupart grâce à leur sac. Ainsi, ça découpe pas mal la place restante pour dormir, mais je comprends qu’ils n’ont pas trop le choix. Je me dis juste que je n’aimerais pas être surveillant de ce genre de dortoir, même si la discipline est rigoureuse ici.

Il y a plus de quatre dortoirs de la sorte dans l’enceinte, c’est vraiment une grosse organisation, rien à voir avec les colos que j’ai connu. Je continue ma balade, j’arrive au niveau de la cantine des élèves. Ils font la queue dehors et sont envoyés par vague de cinquante, ils prennent une assiette plastique et on les sert, puis la plupart vont manger par terre dans cette grande salle ouverte, et si tu veux manger avec une fourchette il faut que tu l’apportes. C’est sûr que ça change de ce que j’ai pu voir. Ils rendent leur assiette et vont se laver les dents puis vont en classe. Je retrouve mon ami Kato, et puis, ils sont plusieurs à vouloir en connaître plus sur moi, et beaucoup passent près de moi, avec l’intention de me poser une question mais n’osent pas vraiment.

Finalement, un s’y risque et la foule attire la foule, ça va très vite. Je demande à un s’il connaît la bataille de pouce, apparemment non, mais ça s’apprend très vite, et vu l’engouement des autres, je me retrouve avec une vingtaine de mains qui veulent tous faire contre moi. J’en enchaîne, mais plus ça va plus y en a. Obligé de mettre un frein, ce n’est pas la même ambiance qu’au Pérou. Puis, ils sont très attirés par mes cheveux, j’en surprends plusieurs à vouloir les caresser, là aussi, obligé de calmer le jeu. J’improvise un petit cours de français, ça les amuse beaucoup et moi j’adore comment ils prononcent, demain on fera un test pour voir s’ils ont bien retenu. Finalement, ils reviennent sur des questions sur moi, ils veulent connaître mon prénom, mais « Barry » ne se retient pas si facilement pour eux et je continue de leur parler de mon projet et des pays visités.

Ça sonne. Je respire, les enfants font le chapelet dans leur classe en autonomie, j’ai le temps de passer dans ma chambre déposer mon manteau. Sur le chemin, je rencontre un autre prof qui voudrait qu’on fasse une sortie ensemble pour que je connaisse un peu le pays. Je ne demande pas mieux.

Je retourne en classe, pour le cours d’arts plastiques, au début, je suis déçu du peu d’investissement du professeur, il leur apprend à faire une hutte en 6 étapes. Mais au final, il leur raconte aussi une histoire sympa, et puis j’ai le temps de faire des vrais dessins pour mes nouveaux amis en plus de filmer.

Ça sonne, les cours sont finis. Le professeur d’art m’invite à rester. Tous les lundis, ils ont « family’s hour ». Et oui, comme ici ils restent dormir trois mois, c’est un peu les professeurs leurs parents. Et l’école est divisée en six maisons (un peu comme dans Harry Potter, ou comme je l’ai rencontré en Inde) pour que les enfants s’entraident par groupe, grands et petits. Mais chaque maison est elle-même divisée en 6 familles d’une trentaine d’enfants avec un professeur référent. Et aujourd’hui, c’est le temps où le professeur-parent (comme ils le disent eux-mêmes) éduque sa famille sur des valeurs de la vie. Aujourd’hui, c’est sur comment choisir ses amis. Mais ici, on n’a pas peur de dire les choses même aux petits de six ans qui sont devant. Très vite, par exemple, il dit : « si on a de mauvais copains, ils peuvent nous faire rencontrer de mauvaises personnes qui ont de mauvaises intention comme nous kidnapper et nous trancher la tête. » C’est vraiment une différence de culture. Pareille dans les manuels de sciences sociale, sur le même sujet on peut lire « some people want have sex with you ! » Au moins, ils sont prévenus mais c’est toujours un peu simpliste et un peu cru. En tout cas, je note l’initiative des professeurs d’être de vrais éducateurs pour les enfants. Je filme ce moment si particulier.

Puis, ils ont temps libre. Beaucoup viennent autour de moi, me posent des questions, font une partie de combat de pouce qui très vite dégénère. On filme un peu ensemble, je leur explique encore mon projet (vu qu’en fait c’est jamais les mêmes qui viennent autour de moi, même si j’ai l’impression de toujours me répéter.) Je refais un cours de français et j’ai le droit à mon premier cours d’ougandais. Beaucoup de consonnes à la suite et ça ne se rattache à rien que je connais, ça va être très dur à mémoriser. Je note deux phrases, on va y aller petit à petit.

Puis, les ballons sont de sortie. On peut enfin faire du foot. Mais ils sont beaucoup à rester avec moi et beaucoup à vouloir être dans mon équipe. Mais on est surtout là pour s’amuser, alors je tape un peu dans la balle, je leur fais peur, je fais des petits rythmes et pleins de petites choses pour passer un bon moment ensemble. Je sens qu’il y en a qui sont contents que je sois là pour apporter un peu de divertissement, et quelques étincelles au fond des yeux mais beaucoup ont surtout l’air d’avoir un manque d’affection et cherchent mes mains à tout prix. La situation se comprend facilement, les professeurs auront beau essayer d’être des parents, il manquera toujours quelques choses qui déjà me permet de dire que l’internat n’est pas une solution d’éducation à envisager pour le primaire. On aurait pu se poser la question.

C’est la fin du temps libre. Moi je rentre dans mes quartiers, je pourrais presque rester avec eux pour avoir ma colo d’été. Mais on va dire que je ne suis pas assez à l’aise en anglais ! J’ai tout un cortège qui me suit jusqu’à la porte. Ça y est, les enfants m’ont accepté. Je sens que les autres jours vont être super sympas, juste le nombre me fait un peu peur.

Je rentre, une douche, une lessive, un peu d’écriture, un repas, un peu de travail et à demain.

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