Jeudi 27 septembre 2012

Ce matin je pars avec un arc à la main, les gens dans le tram et le métro me regardent d’un air étrange. J’arrive dans la classe, les enfants voient que j’arrive avec du matériel. Ils me demandent « c’est pourquoi ? ». Je leur réponds qu’on en aura besoin pour les expériences. Une grande joie générale, ça fait plaisir de bon matin. Ils commenceront par un texte d’anglais de révision de l’an passé. Le test est bien réussi mais je suis surpris par leur niveau. Ils sont en début de CM2, et ce test serait donné au minimum à une fin de 6e en France. Donc pour moi, ici, le niveau d’anglais à deux ans d’avance. Ensuite, Cécilia arrive, elle n’a plus de voix. Elle écrit au tableau les exercices. Elle passera le cours sans avoir besoin de leur parler. Comme quoi c’est possible. Après arrive l’heure des sciences. Et comme thème, après l’eau : le feu. On ne peut faire ça à l’intérieur à cause des détecteurs de fumées. On va dehors ce qui les rend encore plus joyeux. Je suis filmé par ma caméra (pour montrer un aperçu de ce que je peux faire dans une école pour les futurs professeurs que je rencontrerai) mais aussi par une caméra de l’école pour qu’elle garde une trace de ce genre de cours. Miranda est là pour me traduire. Le triangle du feu et les différentes façons de démarrer un feu fait toujours son effet. Je suis encore applaudi. Tous veulent essayer le firesteel, je les comprends, moi aussi. Ils essayeront tous.

On remonte dans la classe. Le cours de lecture se transformera en découverte de Paris avec des diapos de Miranda, puis en découverte de la musique française. On finira par « Alors on danse ! » Ça sonne, je les rejoins au sport. Le prof n’est toujours pas arrivé. Je fais avec eux le jeu du Lucky-Luke qu’ils connaissaient déjà très bien. Pour ce jeu, j’ai juste besoin de connaître leur prénom et les deux mots d’anglais « three lives ». La relations avec eux est assez étrange, on est très proche comme-ci on se connaissait depuis longtemps mais en même temps on ne communique qu’avec les mots. Certains me parlent en roumain comme si je comprenais et moi j’ai envie de leur parler en français. Mais il y a beaucoup de communication par le mime et les gestes. On s’amuse avec des combats de pouce, des jeux de mains, des chants, des rythmes et trois mots en anglais. Revenons à notre cours de sport, le professeur arrivera enfin, il leur fera des échauffements (talon-fesse, monté de genoux, accélération) puis un relais. Du déjà vu vous dites ? Oui, j’espère qu’ils ne font pas ça à chaque fois.

Je retrouve Diana, l’autre professeur de français qui a bien voulu que j’assiste à son cours. J’ai pu comparer le début d’apprentissage du français avec deux classes et deux professeurs différents. L’approche n’est pas la même, plus de travail avec de l’écoute en utilisant des CD et on note directement les mots nouveaux. J’aimerai bien voir ce que ça donne sur le long terme.

En cours d’anglais, j’assiste et enregistre enfin les représentations préparées par les 7e, ils sont déguisés et très drôles, biens dans leur personnage, avec aucune peur du ridicule, c’est toujours appréciable pour du théâtre.

Je retrouve Diana qui revient de chez elle pour me proposer plus de texte en français, à étudier avec ses 8e. Etant en retard, je choisis vite fait un texte sur un retour d’un an de voyage, (coïncidence, ça m’étonnerai !). On fait vite fait les photocopies et on part dans la classe. Enfin un mythe tombe ! Moi qui pensais que toutes les classes étaient sages et agréables. Elle me présente mais elle n’arrivera pas à ce qu’ils me disent bonjours comme ils le font au professeur. (Normalement ils se lèvent et disent ensemble Bonjour Monsieur !) Je leur présente mon texte et leur parle un peu de mon projet. Mais l’attention n’est pas là. Beaucoup préfèreraient qu’on parle en anglais. Ils n’arrivent pas à poser des questions et je sens que la peur du ridicule ici est plus présente. Je commence la lecture du texte. Beaucoup font semblant de suivre, jouent avec leur portable, discutent avec leur voisin. Je ne suis pas professeur, je ne réagis pas et je continue. Leur professeur ne dit rien non plus. Je leur pose des questions de compréhension (finalement un vrai rôle de professeur c’est amusant) mais je ne trouve en face de moi, qu’une élève vraiment intéressée qui répondra à toute mes questions. Même si pourtant, j’essaye d’aider les autres à trouver la réponse à mes questions. J’explique les mots inconnus. L’élève qui écoute comprend mes définitions en français et les traduit à ses camarades. Quasiment aucun ne notera le nouveau vocabulaire. Je continue la lecture en prenant soin de m’assurer de leur compréhension, l’élève attentive me dira oui à chaque fois, ainsi qu’un de ses camarades, pour ne pas me vexer et amuser ses copains. Je continue et je m’arrête sur un élève devant moi que son professeur vient de reprendre, elle lui dit que ce n’est pas poli, je lui demande de s’excuser et de se tenir calme pendant les cinq dernières minutes, ce qu’il fera. Sensation étrange. On continue, ça sonne, leur professeur leur demande s’ils veulent que je revienne, ils disent oui en chœur. Pendant la lecture, j’avais pourtant envie que d’une seule chose c’était que ça sonne. Mais ils ne l’ont pas ressenti comme ça, même si certains ont dit oui pour nous faire plaisir. Ça a pas mal cogité dans ma tête et je me dis qu’en effet ça peut être intéressant, mais par demi-groupe avec dialogue sur leur collège. Je laisse mûrir et je proposerai ça à Diana.

Je quitte l’école, je rentre au presbytère en prenant un Gogosi à la confiture d’abricot, j’ai cru être dans un autre monde tellement c’était bon. (Oui il m’en faut peu pour être heureux !)

Je retrouve père Daniel qui revient de sa journée de pêche, un seul petit poisson pour demain alors qu’il s’est levé à 5h et est resté 8h là-bas, mais le monde de la pêche est un monde que je ne connais pas. Il partira manger chez ses parents, je mangerai devant la télé en faisant un zap des 200 chaînes proposées. Je rentre dans ma chambre, je fais mes devoirs, j’écris et je me couche. A demain.

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