Aujourd’hui est un jour un peu particulier puisqu’on va, les autres bénévoles et moi, rencontrer des familles et leur maison, pour mieux comprendre la réalité des personnes qui ont vraiment de l’aide de cette école. Ainsi, après un réveil rapide, un Skype familial et un petit-déjeuner sur le pouce, je pars à pied rejoindre Aurélie et les 3 autres bénévoles françaises qui viennent d’arriver et qui travaillent à Llosa avec Aurélie. Après 10 minutes de marche, je les retrouve pour qu’on puisse prendre ensemble le combi et en même temps leur montrer où se situe l’autre crèche de l’autre côté de la ville. Ainsi, je leur fais découvrir la première fois, le combi et on est parti.
Arrivés à l’école, je leur fais découvrir ma nouvelle famille, et on passe voir toutes les classes et les élèves, pour qu’elles aient droit à leur accueil. Elles n’y échappent pas non plus, une chanson, des questions et même (je suis jaloux !), dans certaines classes les enfants ont dessiné dans les airs un grand cœur et ils ont soufflé dessus pour leur envoyer. Trop mignon !
Une fois qu’elles ont pu rencontrer tout le monde, on va rencontrer les Anna-Fanny et Julie, les deux autres bénévoles françaises qui sont dans leur atelier en train de continuer leur projet défilé de mode. On discute pas mal, puis on va aider en bas. Les maternelles sont en semaine de « l’educacion inicial » (en espagnol), une autre fête se prépare. Je les laisse aider, moi, je vais un peu dans la classe de 1er année, aider mon ami Résus à faire des lignes d’écriture, mon ami Santiago à apprendre les lettres, et mon ami Esaü, qui aujourd’hui est venu me chercher pour que je l’aide, il préfère qu’on lui dicte plutôt que d’avoir à chercher où il en est rendu sur le tableau.
Puis, je suis distrait par le sport des plus grands que je filme un peu, et je suis encore distrait par le spectacle des maternelles qui commence. Je reste à ce dernier. Les enfants sont tous réunis dans la petite cour des maternelles sur des chaises laissant place au milieu. Ils ont mis des ballons et des serpentins, et de la musique. Ça commence simplement en demandant à certains enfants de venir au milieu pour faire une danse ou une chanson, certains sont timides, d’autres pas du tout. C’est « incroyable talent junior », mais tous ceux qui passent ont droit à une sucette. On finira par la chorégraphie « gan gnam style » des 5 ans. Puis comme c’est la fête, ça se transforme en mini-boum, avec musique, danse, chips, pop-corns, boissons, chenille … les enfants sont très dynamiques, tous les bénévoles sont très contents de danser avec eux. Moi, les enfants défilent dans mes bras pour danser avec eux. Je n’avais jamais pris le temps de rencontrer les maternelles de la crèche, et bien là, c’est fait, et ils sont tous supers.
C’est déjà la fin, on aide à ranger, puis on mange le repas avant de partir avec Annie la fondatrice des crèches pour aller rencontrer les familles et les maisons comme convenu. On monte dans le fourgon de l’école. Annie nous dit gentiment qu’elle n’a pas le permis mais qu’ici ce n’est pas grave. On roule, on discute sur le chemin. On s’éloigne de plus en plus de la ville et on se rend compte déjà de ce que doivent faire certaines familles pour venir jusqu’à la ville et l’école. On arrive dans un genre de village où on ne trouve que des parcelles de terrains avec des petits maisons de briques (on pourrait presque dire que c’est des maisons de jardin, à tel point qu’avant aujourd’hui, je pensais que tous ces villages que j’avais déjà rencontrés étaient des parcelles de champs avec son abri pour le matériel et que le terrain en friche était juste le fait que ce n’était pas la saison de planter.) Mais aujourd’hui, je me rends compte d’une autre réalité, toutes ces petits cabanes de briques sont des maisons et des maisons où vivent des familles.
On s’arrête chez la première maman qui nous accompagne. En guise de portail, un bout de tôle pliée, on pénètre dans le jardin qui n’est qu’un genre de désert entouré de pierre. Au fond, la maison au toit de tôle. La mère nous ouvre sa demeure : deux lits, un coin pour essayer de se cuisiner à manger, des murs de briques, un toit de tôle amélioré d’une bâche, une seule arrivée électrique branchée à une ampoule. Elle nous explique qu’elle vit ici avec ses trois enfants dont sa fille de deux ans et que son mari est parti. Elle essaye de trouver du travail au jour le jour en tant que laveuse de vêtements, soit 10 à 20 soles par jour au maximum, (c’est-à-dire 3 à 6€.) C’est elle qui a construit sa maison, mais elle prend l’eau et elle n’a pas pu la protéger contre des tremblements de terre. Elle doit aller chercher l’eau au système d’irrigation ou aller en acheter. Elle nous avoue qu’avant de connaître l’association, c’était très dur et qu’elle a déjà pensé à se jeter sous les bus qui ne s’arrêtent pas forcement pour les prendre et pour aller à la ville. (Ici, il y a pas de tabou, ils n’ont pas peur de dire les choses !)
On va voir une deuxième maison dans le même village. Cette fois ci, c’est un père qui vit seul avec ses trois enfants, il travaille en tant que couturier et gagne 20 soles par jour mais il ne peut pas aller au travail tous jours. Il nous explique aussi que c’est lui qui a construit sa maison tous les week-ends pendant deux ans, et que la chose la plus dure à vivre, c’est l’eau, le prix du transport et la santé des enfants. Il ne peut pas se permettre de payer le médecin ou l’hôpital donc il faut qu’à tout prix qu’il évite que ses enfants tombent malades. Sa maison est aussi très petite, un lit, des tables pour ranger, un téléviseur, mais pas de quoi faire chauffer, ou conserver les aliments. Le père sera un peu en larmes, un peu honteux de nous montrer sa situation, même si Annie le réconfortera et lui assurera qu’on est là pour témoigner en France et les aider. Ce n’est pas facile mais déjà on comprend la vraie réalité de certains enfants de la crèche. C’est très difficile d’imaginer ça, quand tu vois les enfants en bonne santé, joyeux et corrects à l’école.
On part à l’autre crèche qui est en ville pour rencontrer d’autres mamans et d’autres maisons. Comme la crèche est au centre ville, les mamans habitent plus près. On continue notre aventure en combi en ramenant les mamans et leurs enfants au passage. On se retrouve à 21 dans un véhicule de 15 places, j’ai le droit à un petit bonhomme sur les genoux. Dès que tu sors un peu du centre, tu te retrouves face à des routes un peu plus étroites, des côtes que tu n’imaginerais pas, des dos d’ânes tous les 100 mètres.
On arrive à la première maison, une maison sur un terrain en pente, on oublie les briques et ici, c’est juste des panneaux de bois. La mère vend des œufs dans la rue pour réussir à nourrir sa petite fille et payer l’école de son aîné. La mère veux absolument nous offrir quelque chose, on la rassure tout de suite, qu’elle en fait déjà beaucoup en nous ouvrant la porte de sa maison. On les laisse.
On continue notre découverte de la réalité, mais là, on se perd dans les petites rues, on passe trop près d’un trottoir, on emprunte un sens interdit pas indiqué et on se fait arrêter par un policier. La galère, elle n’a pas son permis et même que son visa n’est pas en règle. Mais, ça va, il sera gentil, il la laissera repartir. Je me rends compte que les mamans ne connaissent pas plus que ça la ville. Elles savent se rendre de chez eux à la crèche ou au centre ville, mais dès qu’on change de route, elles ne connaissent plus. Sur le chemin, on en profite pour en apprendre beaucoup sur l’association, et les prochains projets, c’est très intéressant.
Finalement on y arrive enfin. Là, c’est une grand-mère qui s’occupe de sa petite-fille puisque sa mère travaille dans une autre ville. La maison est plus grande, plus propre, mais pas de quoi cuisiner et d’arrivée d’eau.
L’autre famille aussi c’est une mamie qui s’occupe de sa petite-fille, puisque la grand-mère veut que sa fille continue ses études. La maison est grande mais en osier et en terre. Fait surprenant, est elle vraiment en centre ville, mais il y a des champs à certains endroit et sa maison est au milieu d’un champ avec vue sur les beaux immeubles autour. Encore une dure réalité.
Et on finit par la dernière famille, une femme avec trois enfants. Elle aussi vit dans le centre ville. Mais sa maison est loin d’être décente. Elle vie dans une pauvre chambre louée à 200 soles le mois dans l’arrière cour plein de ferronnerie entassée et très dangereuse d’un homme assez étrange qui n’a pas apprécié qu’on vienne voir ce qu’il propose à cette femme. Elle vit avec ses 5 enfants dans cette chambre très peu éclairée, souvent coupée d’électricité et d’eau. Elle gagne sa vie en chantant et vendant des chocolats dans les bus. Là, on a vraiment trouvé que c’était vraiment limite. Mais Annie qui a aussi vu ça, dit que ce n’était pas normal et qu’ils vont tout faire pour essayer d’améliorer les choses et lui trouver un autre lieu.
Ces enfants qui étaient si mignons dans le bus, et tu te rends compte que leur vie n’est pas saine. Ça nous a vraiment retourné. On achève notre rencontre de la réalité. On a pour rôle de témoigner pour aider à avoir des parrains, parce que beaucoup pensent que le Pérou est devenu un pays émergent et qu’il n’a plus besoin d’aide. Je viens de voir le contraire, et tu comprends maintenant que quand tu te ballades dans la rue, que tu vois des mères vendre des babioles avec leurs enfants à côté, que tu vois tous ces petits boulots (personnes avec une machine à écrire qui te tape des lettres pour 2 soles, cireurs de chaussures, vendeurs à vélo de théières ou encore des enfants qui passent essayer de te vendre des chocolats…) il y a encore beaucoup de familles qui sont loin d’avoir le minimum vital.
On rentre, on se remet de nos émotions. Annie nous invite à nous retrouver la semaine prochaine. Je rentre avec Aurélie, on se dit que ça ne donne pas envie d’aller au restaurant ce soir. Mais on s’organise quand même notre séjour à Cusco, Machu-picchu et Puno. Puis, je rentre chez moi en achetant le lait pour les repas mangés à l’école. Deux conserves de laits pour un repas, ça change du ticket de cantine, et ça fait marcher le commerce. Je rentre à l’appartement et je retrouve mon ami Henry, mais j’avais oublié qu’il m’avait invité à manger ce soir. Ainsi, on repart ensemble. Je fais exactement ce que je n’avais pas envie après cette journée. Je vais dans un grand Mol commercial, je mange au restaurant, et on dépense une belle somme pour manger. C’est mon contact qui m’invite, c’est aussi le plaisir de partager un bon moment et de découvrir un repas typique et très bon. On discute pas mal de la France, des scouts et de leur futur bébé. On passe quand même un super temps convivial. On rentre et je finis deux-trois petits trucs et je vais me coucher. A demain.









