Il est minuit, c’est l’appel de l’embarquement pour le Pérou, je trouve ma place, l’avion décolle, au revoir Québec. Le service est par LAN, une autre compagnie aérienne que je ne connaissais pas encore, je ne suis pas dessus et on mange bien, même si je jongle entre l’anglais et l’espagnol avec les hôtesses, mais elles me comprennent. Rien de tel que de regarder un film en espagnol sous-titré espagnol pour se mette dans l’ambiance que j’accentue avec une révision, grâce à mon dico espagnol fraîchement acheté au Québec, des phrases types et de la conjugaison pour assurer un peu le coup même si je sens que ça va être laborieux.
J’essaye de dormir, pas un vrai sommeil mais j’ai encore une nuit dans un bus pour récupérer ;-) ! La fin du voyage se clôture par une vue magnifique sur un lever de soleil sur cette mer plate de nuage avec cette majestueuse chaîne de montagnes qui la transperce. Là encore je rêve !
Puis on plonge sous les nuages, on ne voit plus rien pendant une minute pour laisser place au paysage de la ville de Lima : Pérou te voilà ! Un atterrissage un peu plus mouvementé que d’habitude, j’ai envie de dire plus « approximatif » mais on est bien arrivé. On prend un bus qui nous fait une petite visite de l’aéroport avant de nous déposer au lieu d’arrivée. Je passe le centre d’émigration, j’ai 90 jours pour me faire plaisir même si je ne reste qu’un mois et demi. J’arrive devant le retrait des bagages, je retrouve cette appréhension, d’autant plus fort qu’il y a eu un changement, où tout le temps que tu attends, tu t’imagines comment tu pourrais faire sans tes bagages mais chaque solution ne te réjouit jamais vraiment. Et là, perdu dans mes pensées, je le vois enfin, et j’ai toujours cette petite jouissance intérieure de se dire que ça commence bien.
Je passe le contrôle de douane, un système de hasard sélectionne ceux qui doivent passer leurs bagages au scanner, je passe au travers, si ça peut éviter des complications. A peine sorti que les taxis sont en traque de clients, j’ai le profil type, j’enchaîne les « no gracias ». Comme à chaque fois, ma première mission est de trouver des sous, si je veux manger et payer le taxi. J’enchaîne les ATM, tous les même qui refusent ma carte. Je demande un service de change, il m’explique qu’il n’y a réellement que certaines banques qui prennent la MasterCard, (même si c’est écrit sur ceux que j’ai essayé), il me note les banques qu’il faut que je trouve. Une autre dame vient spontanément m’aider et m’indique le chemin qu’il faut que je fasse à l’extérieur pour trouver ces fameux ATM. Je sors de l’aéroport, il faut chaud et humide sous les nuages alors qu’il n’est même pas 8 heures du matin, et dès que je passe la grille d’entrée, je retrouve cette ambiance que j’ai tant aimée en Roumanie et en Inde : les petits vendeurs de tacos, de mets typiques du pays, de journaux … La circulation est plus mouvementée et bruyante, des bus à la volée crient leur trajet et prennent des gens en marchent, les rues sont moins propres et arrangées. Je retrouve cet esprit moins à cheval sur les principes. Je suis dépaysé mais pas trop finalement !
Un chauffeur de taxi, à défaut de m’avoir comme client, m’aidera à trouver mon ATM, caché dans un recoin, je suis content d’avoir enfin mes sous pour avancer. Cependant, je reviens à l’aéroport, je me pose et enfin, je préviens ma famille et ma tendre que je suis bien arrivé. Puis maintenant, la mission suivante est de rejoindre la station de bus « Cruz del sur », lieu au milieu de la ville où j’ai réservé mon billet pour Arequipa. Je me dirige vers le centre d’informations et en chemin, une autre personne des renseignements vient m’aider spontanément. Il m’explique ce que je dois faire pour ne pas me faire avoir par les taxis qui sont hors de prix à la sortie de l’aéroport et où trouver mon autobus.
Ainsi, je sors enfin, (en refusant toujours autant de taxis), et une fois à l’extérieur, il fait beau et chaud et je comprends que ça va être à mon tour d’être pris à la volée par un bus. Problème : il y a en un toutes les dix secondes, lequel prendre ? Mais là encore, même pas le temps de me prendre la tête qu’une personne vient m’aider spontanément, il m’indique le bus je dois prendre. Très accueillants ces péruviens et très compréhensifs pour mon espagnol même si je me débrouille pas trop mal ! Du moins, je comprends quand ils me parlent, après grâce à mon billet, j’arrive à leur demander les infos dont j’ai besoin. Ce gentil homme saute dans son bus, le mien arrive juste après. La dame crieuse de volée, me confirme que c’est bien ça. On me donne une place pour poser mes sacs, et je suis parti pour une découverte de la ville.
Grande, dynamique, circulation correcte même s’il y a pas mal de klaxons, les bus s’arrêtent très souvent par à-coup, des architectures différentes, des toits plats, des murs de vieilles grosses briques, beaucoup de couleurs, mais on retrouve toujours : Macdo, Burgerking, Pizzahutt, Siemens, Coca-Cola … personne n’y échappe surtout pas en capitale, j’ai vu un restaurant qui s’appelle « la baguette » et qui propose des crêpes et j’ai enfin retrouvé des voitures françaises : Renault, Peugeot et même Logan (à savoir que nos cousins québécois boudent vraiment les voitures françaises, j’en ai vu aucune en un mois et demi de séjour chez eux.)
Le bus, c’est plus convivial, la crieuse de trajet ramène les clients et réclame les sous. Moi je paye 4,5 soles, soit 1,30€ pour traverser la ville au lieu des 40 à 50 soles pour un chauffeur de taxi honnête, par contre je découvre aussi une autre ambiance. Un passager commence à se prendre la tête avec l’agente, je ne comprends pas, ils parlent trop vite mais quand il sort, il insulte l’agente qui s’énerve et sort du bus pour le menacer à son tour. Ça commence à dégénérer et le passager la frappe à l’en faire tomber par terre, le chauffeur du bus sort à son tour l’aider, elle se relève et vient chercher une barre qu’elle a dans le bus. Malheureusement, j’aimerai bien vous dire que c’est encore un poisson d’avril, mais c’est vraiment la réalité à laquelle j’ai assistée, ils se provoquent et s’insultent, des passagers viennent aider, la police mobile arrive, le bus s’agite, et chacun fait sa version. Les policiers disent au chauffeur qu’il peut repartir, on continue. Et oui, ça change !
Un peu plus loin, l’agente m’explique le chemin et quand je dois descendre. Je vois qu’on arrive dans la rue de ma station de bus, me voilà un peu plus rassuré, on a beau faire confiance, on est jamais sûr. Ça y est, c’est mon tour, je descends et je reconnais les lieux repérés sur internet. Un pont à traverser et j’y suis. Il est dix heures du matin, mon bus est à 16h30, j’ai 6 heures à attendre mais je ne me risque pas de visiter Lima, avec mes sacs sur le dos, je rentre récupérer mon billet et je m’installe à la cafétéria pour attendre au frais, boire un jus d’ananas et de papaye, écrire et me poser. Et quand je vais aux toilettes, j’ai un agent de sécurité qui surveille mes affaires. A l’heure du repas, devant mon menu du jour fort typique du pays, je ne suis pas dépaysé quand plusieurs français rentrent dans la cafétéria. Quand je commande mon dessert, la serveuse me demande comment on dit quelques phrases en français, je lui fais donc un petit cours. Les heures passent, j’écris, j’attends, j’achète des provisions pour le trajet.
Le bus arrive, on charge, je découvre un véhicule haut-de-gamme, siège individuel, petit oreiller, couverture, écrans, wifi, climatisation, service de repas à bord, je suis loin de ce que ma mère avais connu il y 30 ans ! A côté d’une jeune péruvienne, je ferai la première partie du voyage. On est parti pour 17 heures de bus, on sort de Lima. Comme j’avais le choix des places sur la réservation internet, je me suis mis tout devant du 2e étage. J’ai la vue sur cette ville qui a un beau dynamisme. Je suis surpris à un feu rouge, de voir deux enfants de 10-12 ans faire des galipettes et des acrobaties devant les voitures à la recherche de quelques pièces. Mais très vite la nuit tombe, on a droit à un film en espagnol sous-titré anglais.
A Iga, le bus se remplit de nouvelles personnes. A ma droite j’aurais quatre français, me voilà toujours bien dépaysé. Très vite, ils nous servent le repas, je ne sais plus ce que j’avais mis sur ma réservation, elle commence par me donner un sandwich au jambon, alors que les autres ont du poulet avec du riz. Je manifeste mon désaccord à la dame, elle me dit qu’elle revient quand elle aura finit de servir tout le monde. J’attends … et j’ai bien fait, elle revient avec un gros plat de lasagnes de légumes, et elle me laisse le sandwich. La péruvienne qui voit que j’ai bon appétit me propose même son dessert. En tout cas, je suis rassasié.
En plus, j’ai l’occasion de goûter un de leur verre de « Inca Kola ». A savoir que l’Inca Kola est un soda national de couleur jaune fluo au goût de bubble-gum, il est plus consommé au Pérou que le Coca-Cola, un vrai record dont les Péruviens ne sont pas peu fiers. Il est extrait à l’origine d’une plante que l’on peut boire encore aujourd’hui en infusion : l’hierba Luisa, sorte de verveine. Coca a fini par racheter 50 % de la société Inca Kola. Voilà pour la petite histoire, personnellement je préfère le Coca, je n’accorde que ça aux Américains. Après se faisant déjà tard, tout le monde se met en mode « dodo ». Rien d’exceptionnel, si ce n’est que c’est toujours dur de trouver la position miracle. A demain.









