Aujourd’hui c’est le jour de « open day ». Ce qui correspond au jour où l’école est ouverte aux parents pour qu’ils viennent voir les résultats et les copies de la première période de leur enfant. Ainsi, il n’y a pas d’école. Mais j’y vais pour l’heure prévue retrouver Thelma qui attend les parents dans une classe avec l’autre enseignante de 3e. Juste avant ça, pour commencer la journée, même s’il n’y a qu’une dizaine de personnes dans les bâtiments, ils gardent le rituel de l’hymne national.
Thelma est très contente que je vienne la voir, on discute. J’apprends que malgré que l’enseignement ne soit qu’en anglais à l’école, beaucoup d’enfants ne parlent que marathi à la maison, les parents n’ayant pas eu cette chance. J’apprends aussi que le nombre habituel est de deux enfants par famille. Elle m’invite après noël pour rencontrer sa sœur qui parle français. Quelques parents arrivent avec leur enfant, elle leur donne les copies, ils regardent, certains parents reprennent avec l’enfant, commentent, regardent d’un air autoritaire, d’autres regardent ça en famille avec les frères et sœurs. Puis, ils signent la feuille bilan, ils ne contestent pas, ils ne discutent pas avec l’enseignante à propos de l’enfant en classe ou quoique se soit. C’est vraiment une autre ambiance parent-professeur-élève.
Je les quitte pour mon petit-déjeuner, puis je travaille, je vais me connecter rapidement sur internet dans le bureau du directeur. Puis je retrouve père Alex pour manger. Père Brendan arrive avec une bonne nouvelle. C’est vrai que j’avais peur de m’ennuyer pendant ce week-end même si le travail commence à arriver avec le spectacle, la vidéo et les observations. Toujours est-il qu’il m’annonce qu’aujourd’hui, je sors et je vais à Bombay. Moi, qui commençais à me dire que je ne sortais pas beaucoup de mon petit village de 20 000 habitants. Il m’explique que Sandy, le jeune futur prêtre qui vient normalement les week-ends, passe me prendre à 3 heures. Et qu’on ira ensemble à Bombay, jusqu’à demain matin pour voir une pièce de théâtre préparée justement par les jeunes à la préparation à la prêtrise de son institut de formation. Je pars et je reviens avec lui, je n’ai aucune crainte à avoir concernant le voyage. Je fais mon petit sac et je travaille en attendant.
Il arrive, on part. On prend un « toctoc » pour rejoindre la gare. Que ça fait du bien de se balader à la découverte de nouveaux paysage, de retrouver l’agitation des grandes villes par lesquelles on passe, le tout les cheveux dans le vent. Deux autres passagers se rajoutent à notre expédition, c’est une pratique assez courante, on est trois à l’arrière, la dernière personne se met à côté du chauffeur même si ce n’est prévu que pour un.
On arrive à la gare, on fera l’aller sans billet, (ce n’est pas moi qui ait choisi mais mon ami). En attendant, sur le quai, je retrouve ce que j’avais déjà vu lors de mes premiers jours, les trains assez chargés (mais ce n’est pas encore l’heure de pointe) qui roulent les portes toujours ouvertes avec des gens aux portes qui en se tenant à l’intérieur du train, préfèrent sortir la moitié du corps et la tête dehors, pour avoir les cheveux dans le vent et pour profiter du paysage et de la vitesse du train. Je regarde le chemin de fer jonché de déchets, je ne retrouve pas les rats que j’avais vus la première fois dans la gare de Jaipur. Mais ça me rappelle que là-bas, il y avait des enfants qui marchaient sur la voie à la recherche de bouteilles en plastique. Les trains passaient à toute vitesse sur les autres voies, mais ils s’arrangeaient toujours pour être sur la bonne voie, heureusement. Là encore, il y en a qui marchent sur la voie, certains préfèrent la traverser plutôt que de perdre du temps en passant par les escaliers d’accès. Même le plus surprenant, pour certaines montées de train, plusieurs, n’étant pas sur le bon quai, rentrent dans le train du mauvais côté en franchissant la voie et escaladant la barrière de séparation des voies et en accédante par l’autre côté grâce aux portes ouvertes. (J’observe la même chose pour certaines descentes.)
On attend le train mais mon ami commence à comprendre quelque chose, il veut prendre un autre train, on passe par les escaliers d’accès, son pas accéléré me fait comprendre que c’est le train qu’on vient de voir rentrer en gare, on se dépêche, on arrive devant le train, celui-ci commence à avancer, mon ami saute dedans, obligé d’en faire de-même, je saute aussi dans le train en marche mais c’est bon, je suis avec lui. On s’assoit, il s’excuse de me faire subir ça, mais je lui dis que « it’s OK, it’s fun ! », il me dit que ça me fait une bonne expérience. On continue jusqu’à Bombay.
Une fois arrivés en toctoc à son lieu d’étude, il me présente son campus, qui est très très grand, avec un terrain de foot, un parc avec de grands arbres exotiques (j’aurai bien aimé y faire des photos, mais il m’a refroidit quand il m’a dit qu’il y avait des serpents !) On arrive, il me présente à tout le monde, aux personnels, à ses amis séminaristes, à certains prêtres. A chaque fois, je leur explique mon projet, ils sont toujours très étonnés. Belle surprise, j’ai la chance de rencontrer deux prêtres parlant français, qu’est ce que ça fait du bien de pouvoir échanger en français. Je crois que depuis mes dernières leçons de français sauvages aux élèves curieux je n’avais plus parlé français. J’aurais aimé rester parler plus longtemps. Mais Sandy est en train de me trouver une chambre pour ce soir, et tout le monde est occupé à la préparation de la pièce qui va avoir lieu dans quelques instants. Sandy a la clef d’une chambre, on y monte j’y dépose mes affaires, et on va directement au spectacle.
Tout le monde est très serviable avec moi, on me donne une place réservée devant, on m’apporte le livret du programme. La lumière, la sonorisation, les décors, les vidéoprojecteurs, l’investissement me montrent que ça à l’air d’être un vrai spectacle. Ils n’ont pas fait les choses à moitié. Ça commence. La pièce s’appelle « The Trial » et elle est en anglais, il me faut un peu de temps pour que je me mette dedans, mais déjà le thème est annoncé : Un groupe de juifs protégés par un prêtre catholique se font arrêter par les soldats nazis. Ils sont jetés dans une cellule avec d’autres détenus. Le jeu des acteurs est très très bon. Ils ont pas mal insisté sur l’aspect réel bien que ce soit du théâtre. Ainsi, c’est assez violent avec de vrais coups, ça reste dur à regarder à certains moments. S’en suit un débat entre les prisonniers sur l’existence de Dieu ? Les a-t-Il abandonnés ? Quelle est la nature de Dieu ? Cette discussion est évidemment très mouvementée, avec chacun sa théorie ? Il y a des passages témoignages où l’on assiste à un enlèvement d’enfants devant les parents, où l’homme voie sa femme mourir devant ses yeux par un nazi. Le réalisme est poussé jusqu’à une scène où les soldats nazis coupent réellement les cheveux du personnage sur scène. Mais ça reste une pièce de théâtre très intéressante, créé en Inde par les prêtres de ce campus. J’ai demandé à voir le texte pour une meilleur compréhension mais avec l’envie de pouvoir l’exporter dans d’autres pays tant la qualité des textes est bonne.
Après on va manger en ville avec Sandy, il me commande un plat indien à base de pâtes. C’est très bon mais très épicé (plus que d’habitude). Je découvre cette ambiance de restaurant, de la ville, du soir. Je discute avec lui de l’Inde, de différentes religions, du spectacle, de la France, de Bombay qu’il connait par cœur. Il me propose de me faire visiter pendant les vacances de noël. On va essayer d’organiser ça, ça serai super. Sur le retour, on se prend une glace (qui apaise rapidement ma bouche en feu, je fais un genre de sauna buccal). On retourne chacun dans sa chambre, avant je remercie vraiment pour tout. Je me prends une douche et au lit. A demain.









