Jeudi 17 janvier : Que d’émotions ! Oui, je vous aime !

Je me suis couché tard, l’appréhension du départ, les chiens errants dehors n’ont pas arrêté d’aboyer, un ou deux moustiques pour couronner le tout. Un sommeil très agité, j’ai passé une très mauvaise nuit. A 6h du matin, je renonce à aller à la messe. Par contre je finis de clore mes bagages (mes habits sont secs). Puis je pars avec père Brendan pour la dernière assemblée mon discours et mon petit présent collectif de remerciement à la main.

Après cette période d’examen, tout le monde retrouve l’assemblée dehors. Là. je sens qu’ils ont préparé la chose, ça s’agite pas mal, ils installent des chaises et une table devant. Ils commencent, comme d’habitude, par l’hymne national, puis le chant catholique, la prière, et la promesse. Même çà, ça va me manquer. Puis, une enseignante prend le micro pour annoncer l’événement, elle m’appelle à prendre une chaise devant tout monde avec le Père Brendan et Sister Sabeena, l’adjointe. D’abord, un petit speech d’une élève pour parler de son ressenti de mon arrivée dans l’école jusqu’à maintenant. En parlant de mon humour, de mon spectacle de danse et de mon passage dans les classes. Un autre témoignera de la rencontre Skype faite avec la classe de France. Très touchant. Puis ils m’invitent à prendre le micro. Je fais mon speech que voici traduit :

« Chers élèves, professeurs et personnel de Holy Cross English High School, je me tiens devant vous aujourd’hui pour vous exprimer toute ma gratitude.

Je vous remercie de votre accueil, dès que je suis arrivé dans votre école. Je vous remercie pour votre sourire, votre aide, votre générosité, votre joie, votre curiosité, votre visite dans vos classes, votre personnalité, votre relation avec moi et votre conversation. Grâce à vous, j’ai pu, non pas observer une simple école, mais une magnifique communauté, un peu comme une grande famille, avec beaucoup de valeurs.

Oui, beaucoup de discipline mais avec elle, vous devenez des hommes et des femmes responsables qui construiront  le monde de demain.

Vous avez une très belle école et un bon système éducatif. Travail et discipline sont importants si vous voulez réussir votre vie, ou si comme moi, vous voulez réaliser vos rêves. Toi aussi, tu peux.

Pour moi, j’ai dû travailler dans une usine pendant un an pour financer ce projet, pour trouver les contacts et préparer mon projet. Donc si tu veux, tu peux.

Mais le plus important, est d’être aidé par les bonnes personnes. Pour moi, ma famille, mes amis, mais le meilleur, Mon Dieu : Jésus-Christ. C’est Lui, qui veut que je sois devant vous aujourd’hui. C’est lui qui me donne la chance de réaliser ce projet. C’est lui qui veut que je fasse ce projet avec vous. Je le remercie tous les jours pour la chance qu’il me donne. Sans lui, ce projet n’aurai jamais porté autant de fruits.

Ainsi, si c’est la volonté de Dieu, toi aussi tu peux réaliser de belles choses pour ce monde.

La Terre a besoin de toi, Jésus à besoin de toi,

Je reviendrai, vous serez toujours dans mon cœur.

Merci infiniment et pour le meilleur,

Le globetrotteur des écoles que vous appelez Laneci :

Lancelot »

(Ceux qui me connaissent vraiment, y verront une grosse touche d’évangélisation, ce n’est pas le but de mon projet, mais dans cette école j’en avais l’occasion. En plus de remerciements, d’une incitation à réaliser ses rêves, si je pouvais aussi donner quelques pistes qui m’ont aidé à réaliser les miens. Voilà qui est fait, je pense m’abstenir pour la Chine pour éviter des problèmes. Mais qu’est-ce que ça fait du bien !)

Après je leur offre un petit cadre qui dit la même chose mais en dessin.

Je me rassois et c’est au tour de père Brendan de parler. Il retrace comment il a vécu ma présence de son côté, très touchant, il profite de mon intervention, de ma présence, de mon témoignage pour continuer à leur parler de leur rêve. Il donne en plus quelques informations qu’il connaît de moi. Je suis très heureux sur le moment.

Puis, les primaires m’offrent une belle carte, les collégiens à leur tour, là c’est autour des gros cadeaux. Je reçois un magnifique cadre (1mx1m) que j’ouvre devant tout le monde. C’est la prof avec qui j’avais parlé dessin qui l’a fait. Un magnifique tableau indien représentant une scène de la vie indienne, les couleurs sont magnifiques, le style impeccable. Il rejoint directement mon cœur mais je pose la question du transport. Père Brendan me rassure de suite en disant qu’ils vont me l’envoyer directement chez moi, avec l’autre moyen cadeau que j’ai ouvert à l’indienne (ça veut dire que tu l’ouvres que quand tu es chez toi, donc je ne sais pas ce qu’est l’autre cadeau, 8 mois à attendre pour le savoir !) Je reçois aussi un paquet de fruits secs (cool pour le voyage) et une croix en porte-clefs, (père Brendan plaisantera encore en rajoutant « pour être prêtre !»)

Mais ce n’est pas fini, ils tiennent à me fêter mon anniversaire en avance. J’ai le plus bel anniversaire que je n’ai jamais eu (en avance) avec 500 jeunes en joie profonde et sincère devant moi. Ça fait vraiment chaud au cœur.

Et quand je crois que c’est finit, un groupe vient au micro, commence par un de mes rythmes corporels, puis chante une chanson en anglais sur le fait que je vais leur manquer. Là, je craque, que d’émotions, c’est la première fois que je verse une larme pendant mon voyage. C’est une belle grande famille que je n’ai pas envie de quitter (rien de le réécrire dans mon CV, j’en ai la larme à l’œil, c’est qu’ils ont mis le paquet. Et le fait que j’y sois resté deux mois, change vraiment la donne. Finalement, heureusement que je n’ai pas fais ça pour chaque pays, j’aurai eu trop mal au cœur.)

Ils finissent en disant en français : « merci Lancelot, tu vas nous manquer ! » Que d’émotions, Que d’émotions. On finit le temps d’assemblée (un retour un peu brutal pour eux aux consignes et rappels à l’ordre.) Ils partent pour ranger, ce qui me donne l’occasion de faire 400 poignées de mains.

Je donne mon adresse à père Brendan pour le cadre et on part prendre le petit-déjeuner. On raconte l’événement à père Alex qui nous rejoint. Mon dernier petit-déjeuner avec eux sera omelette de légumes en sandwich. Je suis toujours dans l’émotion, ce n’est pas facile. Père Brendan part pour une formation de jeune prêtre à l’archevêché, je le rejoins dans trois heures pour voir l’archevêque comme convenu. Juste avant, je lui donne les photos de ce matin que Pius a fait avec ma caméra. Je rentre dans ma chambre, je finis de boucler ma valise, de ranger et nettoyer ma chambre et d’écrire mes derniers remerciements.

Je passe voir Sister Janette, pour la remercier personnellement, elle n’a qu’une hâte : que je revienne. Je passe aussi voir Anel et la cuisinière, pour les remercier plus personnellement. Je leur donne une enveloppe, une aussi à remettre à Paulus. Anel sera gêné, je suis gêné qu’il soit gêné mais je lui dis que c’est ce que m’a conseillé l’Archevêque. Il est obligé d’accepter. Il apprécie vraiment le geste. Je le lis dans ses yeux, j’aimerai faire tellement plus pour lui. Mais, j’ai écris mon mot de remerciement en marathi, eux qui ne comprennent que peu l’anglais (après m’être fait aider pour la traduction, et avoir recopié les symboles que je découvrais mais il a réussi à me lire.)

C’est l’heure de la récré, je vais une dernière fois voir les jeunes : des poignées de mains dans tous les sens, une foule autour de moi, des « you can », et « all the best », des sourires, des dernières blagues, dernières questions, derniers moments de joies avec eux. Bien sûr certains veulent me faire promettre que je reviendrai. Allez, je leur ai dit et je l’écris comme ça, pas de raison d’oublier, je reviendrais d’ici deux ans pour les revoir avant qu’ils montent dans les classes supérieurs. Oui je leur ai promis. Ce ne sera peut-être qu’une semaine. Mais cette-fois, plus  de projet, que des repas que j’ai loupés, que des fêtes de mariages, des anniversaires, et peut-être des cours de danse ???

Après la récré, on me dit d’aller voir les primaires, que Sister Sabeena m’y attend. Ainsi, je retrouve tous les enseignants de primaire qui à leur tour me souhaitent le meilleur pour la suite, ils m’attendent pour je revienne enseigner ici, idée ma foi, fort plaisante !

Puis avec Sister Sabbena, je fais le tour des classes, un dernier au revoir collectif, ça envoie des étincelles de joie, de bonheur dans tous les sens. Certains m’ont même prévu des petits cadeaux (une barre chocolatée et des pâtisseries indiennes, que du bon !) Je sors des classes avant qu’ils commencent à avoir envie de me faire une poignée de mains et de créer un mouvement de foule.

Je retourne avec elle au bureau, Puis me dit qu’elle m’emmènera à l’archevêché, que je n’ai pas besoin de prendre un toctoc, (je ne demande pas mieux, et j’apprécie vraiment le geste.) On passe juste voir le groupe de filles qui composent une chanson, elles l’ont finie, elle est pour Sister Sabeena pour son anniversaire qui est le 22. Coïncidence… ça m’étonnerait ! On va tous les deux dans la salle de musique, les filles nous chantent cette magnifique chanson accompagnée au piano. Je n’ai pas ma caméra, je profite simplement du moment. Un moment plein d’émotion surout pour Sister Sabeena et certaines filles qui sont en larmes. C’est beau, même si je ne comprends pas tout.

On ressort, je me pose un moment pour écrire un mot de remerciement à Sister Sabeena et au professeur de musique. Dans le couloir, je croise deux professeurs qui plaisanteront en disant que mon vol est annulé. Aller je reste deux mois de plus. Et je suis professeur de français. Ils m’aideront pour le marathi.

Je donne mes mots de remerciements. Avec sister Sabeena, j’aurai droit à une bénédiction, une prière et quelques larmes d’émotions. Je passe voir père Alex pour le remercier encore une fois, il me dira que je suis toujours le bienvenu et on s’échange nos mails. Je vais chercher mes bagages, Prigale un jeune homme de ménage vient m’aider à porter mes bagages, avec lui aussi j’ai beaucoup sympathisé même si on a très peu échangé de mots. Je lui donne un mot de remerciement aussi.

Je fais le tour de ma chambre, je mets mon sac sur mon dos, Prigale prends l’autre, je quitte cette chambre qui a été pendant 2 mois un hôtel cinq étoiles pour moi. Je dis au revoir aux dernières personnes que je trouve sur ma route. Je charge mes bagages dans la voiture de Pius. Dernières poignées de mains, aux professeurs, au personnel, au revoir collectif aux jeunes sur le terrain, aux jeunes aux étages supérieurs. Puis, je monte dans la voiture.

Sister Sabeena recommande à Pius de faire très attention dans sa conduite, « il a un projet à finir ». Jusqu’au bout de l’émotion, on démarre, mon réflexe français de mettre la ceinture sera accompagné par Pius. On voyagera sans un mot avec la simple musique calme indienne en traversant le paysage de palmiers, d’arbres à lianes, de lacs, de temples, et cette route que je connais maintenant par cœur. On arrive là-bas, on retrouve père Brendan qui est devant. Je sors mes bagages, je me renseigne pour voir l’archevêque. Je le vois, il me dit à 12h30, il est 11h30. Je retrouve Pius devant, père Brendan ayant repris sa réunion avec les autres. On s’échange nos numéros de téléphones. On se dit au revoir et « all the best ». Puis il commence à partir, fait un demi tour pour sortir sa voiture et quand il repasse devant moi, il me demande encore une fois de lui dire au revoir par la fenêtre, l’œil humide tous les deux, on se resserre la main, on se quitte vraiment cette fois. Je le vois partir avec sa voiture. Sensation étrange que d’émouvoir cet homme. J’en suis plus qu’ému à mon tour. Je me prends un temps personnel, pour apaiser tout ça. Puis j’attends l’archevêque.

Il me recevra avec un peu de retard, mais on prendra le temps de faire les choses sérieusement pour ce qui me donne aussi la force d’avancer, la confession. Une belle personne, plein de saints conseils, me voilà armé pour affronter la Chine, peu catholique.

J’en profite aussi pour imprimer mes adresses pour la Chine, petit point très important que j’avais oublié de faire à l’école après toutes ces émotions. En sortant, je retrouve père Brendan qui lui s’en va, un au revoir beaucoup plus joyeux et pour le plaisir de se revoir. Je le remercie encore infiniment.

Je prends mon repas rapidement avec les prêtres, j’avoue abuser en reprenant deux fois du riz pour être sur d’être calé pour la suite du voyage. Je retrouve père Yogesh, père Louis et Père John, qui j’avais vu les premiers jours. Je leur fais un rapide bilan. Puis je dis au revoir et merci à l’archevêque, qui me dit à son tour, merci pour ce que j’ai fait dans la paroisse, et que je suis attendu maintenant. Des mots qui me touchent. En plus, il me fera aussi une bénédiction, mon renouvellement de mission. Je les quitte, encore une dernière fois très ému.

Sacs sur le dos, je trouve un toctoc pour aller à la gare qui est tout près. Maintenant, je connais, je prends un ticket première classe pour être sûr de pouvoir poser mes sacs (1 heure de trajet quand même pour aller à Bombay Centrale), je vais au quai, j’attends, je monte il y a plein de places, je pose mes sacs et je me pose. J’envoie quelque sms et je somnole jusqu’à Anthie.

Et là, à Anthie, je ne sais pas pourquoi, à moitié endormi, le train s’arrête plus longtemps, puis il repart dans l’autre sens, je comprends pas pourquoi, pas le temps de faire un changement à l’autre station, par réflexe endormi, je prends mes sacs et je fais ce qui aurai pu me coûter bien cher (une amie me dira justement un peu plus tard dans un sms de faire attention à moi, de ne pas prendre de risques inconsidérés, elle avait raison pour le coup), je saute du train en cours de marche : sans les sacs, ça l’aurait fait nickel, mais chargé de 30 kilos, avec le train qui avait déjà un peu de vitesse, ce n’est pas mon pied qui est arrivé le premier sur le quai mais ma fesse gauche, je tombe sur le côté sur le quai. Plus de peur que de mal heureusement. Moi qui étais un peu endormi, voilà mon coup de fouet qui me rappelle qu’il faut toujours rester vigilant. Deux trois personnes se seront précipités vers moi pour m’aider. Mais je leur redis plus de peur que de mal, par contre ils m’aident à prendre le bon train pour aller à Bombay Central. Sensation vraiment étrange, je remercie encore la grâce de Dieu que ça ne soit pas plus sérieux. Encore une leçon à tirer.

J’arrive enfin à Bombay Centrale, la gare n’est pas très compliquée, un renseignement et je trouve rapidement. Le train arrive, je trouve ma place que père Brendan m’a envoyée par sms, il s’est très bien occupé de ça, non je ne suis plus en attente et j’ai bien une place.

La classe AC3 n’a rien à voir avec la classe sleeper. Même si la disposition des huit places dans les box est la même. Dans cette classe, il y a une place par personne, de l’espace pour tes bagages. Cette classe est propre, on a des draps, un oreiller, une couverture et une serviette propre qu’on nous amène. Les fenêtres sont fermées, il y a la clim, on n’attend pas le bruit de l’extérieur et les klaxons du train. Il y a même des prises pour recharger son téléphone point sensible a l’arrivée du train. Je m’installe, je suis rejoint par les voyageurs qui partageront les 15 heures de trajet avec moi. Le train part, je rassure par sms les personnes qu’il faut. Je vois mon dernier coucher de soleil indien par la fenêtre, Magnifique quand on passe sur les ponts avec son reflet sur l’eau. Puis la première partie de voyage, je lis, le tout entrecoupé de repas et de nourriture puisque la AC3 comprend les repas. Les vendeurs ambulants de la classe sleeper sont remplacés par le personnel qui passe pour prendre le menu, donner des bouteilles d’eau, apporter le thé en kit, la soupe, le repas du soir, et la glace. Le tout est bien évidement très bon. C’est très appréciable. Un voyageur du box m’aidera à traduire les propositions du personnel. Puis on parlera de mon projet. Je les amuse avec mes petites habitudes indiennes attrapées au bout de deux mois.

Puis la deuxième partie est consacrée au dodo. J’avoue être fatigué, cette fois encore je suis sur la banquette du haut mais là j’ai la place, mon sac étant en bas sous les sièges. J’ai juste mon petit sac qui me prend 20 centimètres de ma banquette qui, elle, fait juste 1m80 au plus donc j’ai mes pieds qui dépassent une fois installé. Mais ça ne gène personne. Le sommeil vient rapidement, je sens que je vais passer une bonne nuit, à demain.

Ce contenu a été publié dans Inde. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.