Mercredi 16 janvier : un dernier jour à l’indienne

C’est le dernier jour avant mon départ demain matin. Aujourd’hui pas d’observation, mais je resterai la matinée dans le bureau pour boucler l’actualisation de mon site sur l’Inde, la recette pour l’école Sacré-Cœur, les jeux pour Saint-Gilles et Armand Carrel, la vidéo de Skype pour les « Nous de Bubry » et la nourriture, la musique, les contes, la récréation, la cantine et autres pour les petits curieux. Au petit-déjeuner, je parle avec père Brendan de mon avis de faire un petit speech d’au revoir déjà préparé lors de l’assemblée de demain, il me dit « pas de souci, viens me voir dans mon bureau, on verra ensemble. » Il s’occupera aussi de mon billet de train qui est en attente pour que je sache quelle place j’ai finalement.

A la récré, je vais voir les professeurs dans leur salle, là encore je suis très bien accueilli, et encore elles me proposent à manger, désolé je me répète mais toujours après deux mois je découvre encore de nouvelles choses, (on a jamais fini de découvrir l’Inde !) On parle de mon départ, mais surtout de mon retour. Des moments très simples mais très agréables.

Cinq heures sur internet et j’ai enfin fini d’actualiser mon site. Une prof voudra un petit cours de français, « merci et tu vas nous manquer » je m’amuserai ensuite avec elle pour avoir la traduction de l’alphabet marathi. Je découvre des nouveaux sons que je n’arrive pas à prononcer ou à distinguer. La prof doit arrêter là, j’oublierai de demander la fin à quelqu’un d’autre. Père Brendan me donnera les sondages que j’ai donnés aux professeurs, une vision très intéressante qui confirme mes observations.

La fin des cours, je vais voir la classe de 3B, la classe de Thelma que j’ai suivie, qui ont eu les recettes et pour les remercier une dernière fois, je leur donne à chacun une carte de vœux des enfants du Sacré-Cœur que j’avais reçues par courrier. Je ne pouvais toutes les garder pour moi, et quelle ne fut pas leur joie quand les enfants indiens ont reçu chacun la leur. Et oui, un enfant de ton âge en France te souhaite une bonne année et t’a fait un beau dessin. Une photo pour immortaliser encore ce dernier échange. On discute un peu avec Thelma, puis les enfants s’impatientent, je lui demande si je peux chanter une dernière fois avec eux. Bien sûr que oui, hystérie générale et chant de plus que bon cœur.

Ça, ça fait du bien, ça sonne, je reste à la sortie pour les voir défiler devant moi, je donne au passage à ma bougadou team, mon marque-page de remerciement à ceux qui n’en avaient pas eu, je provoque des petits bouchons dans les couloirs, parce que bien évidemment tout le monde en veut. Mais ça ne sera que la bougadou team. Mission accomplie, je retourne bureau et voir la sortie des bus une dernière fois, mais des enfants sortent des bus à la quête de mon autographe ou d’une carte de vœux que la classe 3b a eu. Obligé de me cacher pour les éviter. Quand j’explique ma situation à un professeur et au secrétaire, ils me demanderont à leur tour un autographe, d’abord un, puis l’autre boude pour de faux, la situation est vraiment amusante, je leur personnifie à chacun un autographe.

On rentre avec Père Brendan, on mange, il demande à la cuisinière que ce soir ce soit un repas spécial, puisque c’est mon dernier, je remercie l’attention.

Sieste, dernière lessive à la main de mon linge avant de partir puis à l’heure du thé, je retrouve père Brendan, on reprend ensemble mon discours, qu’il apprécie vraiment, il m’aide pour trouver de bonnes phrases en anglais et me détaille quelques prononciations. Je le recopie au propre, je sors de ma chambre et là, je commets l’erreur que j’ai réussi à éviter pendant deux mois et qu’il ne fallait pas que je fasse, je claque ma porte par inadvertance en laissant les clefs à l’intérieur. Toutes mes affaires sont à l’intérieur. Je pars demain, ça m’énerve, ça devient flou dans ma tête. Père Brendan sort à son tour, me demande ce qu’il se passe, comprend la situation et en rigole. Heureusement il me sort une poignée de clefs, on en fait deux-trois et on trouve le double. Plus un moment de complicité que de peur.

Je le rejoins pour la messe. Dernier avant une longue période chinoise. Puis, ce soir : pas de football avec les jeunes, je rejoins Sister Jannet, comme me l’a conseillé l’archevêque, il serait bien que j’offre un petit présent aux Père Brendan et Père Alex qui m’ont généreusement accueilli. Je lui demande son aide pour ce faire, deux belles chemises, pas de souci, on part en toctoc à Vasai, je vois mon dernier coucher de soleil sur la route. On va au centre commercial visité avec père Brendan les premiers jours, là j’achète. C’est amusant de faire les courses avec une sœur indienne, on regarde, on compare tout, on trouve ce qui pense être pas mal et qui devrait leur plaire et être à leur taille, et en plus qu’ils n’ont pas comme couleur mais qui correspond à ce qu’ils portent. Pas facile tout ça, puis on voit un autre rayon, on oublie les premières, on cherche la perle rare. On s’arrête enfin sur un choix qui me plaît, en tout cas, si on me les offrait je serais très content de les porter. On prend aussi du thé indien, et on part en caisse, un petit paquet cadeaux. Et on repart, Sister Jannet s’inquiète que je n’ai pas prévenu père Brendan avant de partir, on rigole en disant qu’on lui dira qu’on était à la plage et à la piscine. On rentre en bus, une sœur un peu aventurière quand on connaît les bus en Inde.

On rentre, à peine arrivé que Prasad vient me prendre pour m’emmener chez lui, il a prévu père Brendan. Je dépose mes cadeaux et monte à l’arrière de son scooter. Il roule tranquille, chante, salue toutes les personnes qu’il connaît. On arrive chez lui, il est très fier de me présenter à son frère, qui veut devenir prêtre, de me montrer sa maison sa famille. J’y retrouve sa femme que je connais, une enseignante du collège avec qui j’ai discuté plusieurs fois. Je rencontre leurs parents, la mère est vraiment contente de me voir, presque trop, elle prend mes mains, les embrasse, me caresse le visage, me fait des grands sourires. Heureusement que je ne suis plus surpris de rien. On s’assoit, ils m’offrent des morceaux de fruits, une omelette, on discute un peu, mais ce qui leur plaît c’est juste que je sois là avec eux. Je découvre leur deux petites nièces, ils seront très contents quand je leur répondrai à plusieurs reprises comment s’appelle la plus jeune : « Sachen Babou ». Puis Prasad me proposera d’aller manger des noodles, (j’ai un repas spécial qui m’attend mais c’est dur de refuser), je dis au revoir et on part, moi à l’arrière de son scooter. On s’arrête voir de la famille, il est fier de me présenter et expliquer mon projet. Les gens sont très contents de me rencontrer.

On arrive enfin au petit restaurant, le cuisinier a une cuisine ouverte, je le vois préparer ses noodles, ça fait vraiment envie. Prasad qui connait bien ce lieu, me présente encore ainsi que mon projet, me propose une soupe ou des noodles, des noodles sans hésiter. On s’installe sur la terrasse couverte de feuilles de palmier. On se pose devant les infos de la télé (un découverte aussi intéressante, la même langue est sous-titrée puisque la prononciation n’est pas la même dans les différentes régions, le sujet d’actualité est la discrimination envers les femmes, une présentation (montage et effet) très américaine, mais beaucoup d’écrit et on parle peu.) On rencontre des enfants de l’école Marathi, j’éveille beaucoup de curiosité mais l’anglais est très dur avec eux. On reste sur des échanges de regards complices. On est servi par ce même enfant qui est le fils du cuisinier. On partage l’assiette, je me régale. On repart et il me ramène au presbytère.

Je n’avais pas forcement prévu de finir ma soirée comme ça mais c’était très agréable, paisible plein de rencontres, à l’indienne quoi !

Je rentre et retrouve père Brendan et Alex pour le repas. Je leur apporte leur cadeau, père Alex fera une mine réjouie, père Brendan fera style qu’il n’en veut pas et qu’il ne fallait pas. Je savais qu’il pouvait réagir comme ça, lui qui n’aime pas les cadeaux. Ils me poseront plusieurs questions sur comment j’ai fait, avec qui. Puis on parlera de la fin de mon projet, je leur partage mon ressenti, et les remercie encore. Le repas est très bon, le plat de riz est meilleur, une salade très fraîche avec. Ça reste un repas simple mais toujours aussi bon. En allant dans nos chambres, père Brendan me remerciera inévitablement avec une tape sur l’épaule complice, et oui, finalement il apprécie.

Je rentre dans ma chambre, et maintenant, il faut que je m’y mette vraiment, il faut que je fasse mes bagages. Je ne sais par où commencer, je fais mille choses à la fois (des remerciements, des sauvegardes de donnés, du repassage …) et arrive un peu près à dégrossir la chose. Je mets mon réveil pour tenter au moins une fois pendant ces deux mois, d’aller à la messe à 6h du matin. Je me couche, à demain.

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